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France - Un récent rapport du HCI met en avant les difficultés des migrants âgés

Selon un avis remis la semaine dernière par le Haut conseil à l’Intégration (HCI) au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, des mesures devraient être prises en faveur des travailleurs migrants âgés, en vu de leur permettre de finir leur vie décemment des deux côtés de la Méditerranée. Reconnaissance tardive d'un phénomène qui n'est pas nouveau.


De très nombreux immigrés arrivés en France dans les années 60/70, principalement en provenance du Maghreb, atteignent maintenant l’âge de la retraite. Pendant longtemps, cette main d’œuvre bon marché a travaillé dans l’industrie automobile, dans le bâtiment, dans la sidérurgie, dans les travaux publics ou encore dans les mines. Parmi eux, certains ont vécu presque toute leur vie dans des foyers ou des hôtels meublés, seuls, « célibatairisés », loin de leur famille restée dans leur pays d’origine. Au départ envisagée comme temporaire, cette immigration s’est installée et a fini par vivre en France.

De nombreux « chibanis » (ce qui signifie « anciens » en arabe) ont déjà dépassé l’âge de la retraite et leur nombre va s'intensifier compte tenu du vieillissement de la population immigrée qui va s’amplifier dans les années à venir. La Caisse nationale d’assurance-vieillesse (Cnav) estime que le nombre d’immigrés âgés de 45 à 70 ans s’élève actuellement à 690.000 personnes. Or, cette population se retrouve confrontée « à des difficultés particulières qui s'ajoutent au désarroi de devoir choisir entre la famille restée au pays et la vie communautaire qu'ils se sont créée en France » indique une récente dépêche de l’AFP.

Après avoir travaillé toute leur vie pour des salaires de base, leur retraite est souvent peu élevée, ainsi, un bon nombre d’entre eux est bénéficiaire du minimum vieillesse (moins de 600 euros par mois). Cependant, afin de pouvoir toucher cette allocation, ces retraités sont obligés de résider en France un minimum de six mois par an. Il leur est donc impossible de retourner définitivement dans leur pays, « occasionnant à la communauté nationale des frais d'hébergement importants » note le HCI. Il propose donc que cette durée soit toujours de six mois dans l'année, mais non continue.

Le logement est un autre obstacle au retour au pays, indique l’AFP. En effet, le fait de ne pas habiter un logement ou un foyer pendant plus de quatre mois entraîne la cessation de l’aide personnalisé au logement (APL). Le HCI demande l'assouplissement de cette règle ou de permettre, par exemple, un roulement des chambres dans les foyers. Comme l’indiquait Michel Pelissier, président de la Sonacotra (organisme de logements des immigrés) au quotidien Le Monde en septembre dernier, « nous nous sommes trompés. Ils ne sont pas tout à fait chez eux ici mais pas non plus au bled. Le seul endroit où ils se sentent à l'aise, c'est le foyer. Ils se sont installés dans une migration alternée. »

L’accès aux soins en France est une autre des raisons qui les empêche de partir s’installer « chez eux ». En effet, la carte de séjour « retraité », destinée aux immigrés retournés vivre dans leur pays, ne leur permet de bénéficier de prestations maladies, qu’en cas de « soins immédiats ». Or, ces retraités, compte tenu des conditions de vie et de travail qu’ils ont connu tout au long de leur existence, sont beaucoup plus fragiles que le reste de la population. Ainsi, les travailleurs maghrébins souffrent dès l’âge de 55 ans de pathologies que l’on ne rencontre que chez les Français de vingt ans plus âgés, indique le HCI. Ce dernier demande donc à ce que ces personnes âgées issues de l’immigration puissent conserver « leurs droits aux soins » et certains membres du Haut conseil estiment même « qu'ils devraient bénéficier de la Sécurité sociale pour des soins effectués dans leur pays ».

Enfin, le HCI demandent aux maires d’informer les chibanis sur leur droits relatifs à l’aide à domicile et de leur en faciliter l’accès. Par ailleurs, il juge que certains foyers sont dans un état d’abandon « alarmant » et « parfois livrés à des groupes fondamentalistes, voire de type mafieux ».

Rappelons qu'environ 90.000 Maghrébins de plus de 65 ans vivaient en France en 2002 (63 000 Algériens, 20 000 Marocains et 7 000 Tunisiens), selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS). En dix ans, le nombre de Marocains a triplé et celui des Algériens a plus que doublé.

« Aujourd’hui, ils sont plusieurs dizaines de milliers d’hommes de plus de 60 ans qui ne peuvent plus retourner chez eux et vont devoir vieillir ici. Strictement rien n’a été pensé pour eux. Ils vivent toujours dans des foyers. Ils ont des droits à la retraite, mais ne savent pas forcément où s’adresser. Ils ont des sacs entiers de paperasserie et ne savent pas quoi en faire. Avant, c’était simple : travail, foyer, travail, foyer. La vieillesse leur est tombée dessus à l’improviste. Ils vont chez le médecin et disent : « je suis malade de la retraite », traduction littérale de l’arabe. Ils vivent cette période de leur vie comme une maladie » témoignait déjà la réalisatrice Yamina Benguigui lors de la sortie de son film « Mémoires d’Immigrés » en 1997…

« On les a laissés de côté parce qu'ils ne faisaient pas de bruit. Il est temps de reconnaître officiellement qu'ils ont contribué à l'économie française en leur donnant des conditions de vieillir dignement », indiquait en septembre 2004 au quotidien Le Monde, Myriam Salah-Eddine, membre du HCI.

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Affiche du film ''Mémoires d'immigrés'' de Yamina Benguigui


Publié le Lundi 21 Mars 2005 dans la rubrique Social | Lu 6691 fois