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France - Un livre fait le point sur la vie des 1er retraités ayant bénéficié de la retraite à 60 ans


L’Institut national d’études démographiques (Ined) vient de sortir un passionnant ouvrage intitulé « La retraite quinze après », rédigé par Christiane Delbès, chercheuse à la Fondation nationale de gérontologie et Joëlle Gaymu de l’Ined.

L’augmentation de l’espérance de vie compte, sans conteste, parmi les progrès majeurs de ce siècle ; non seulement un nombre croissant d’individus accèdent à l’âge de la retraite mais ils en profitent plus longtemps. Si, en 1980, lorsque germa le projet d’enquête « Passage de la vie active à la retraite », de nombreux travaux de qualité avaient dépeint cette période d’après travail, la transition de la vie professionnelle vers les rivages de l’inactivité restait une terra incognita du moins en France à l’échelle nationale. Par son approche longitudinale, cette étude avait permis d’observer les trajectoires individuelles de retraite des salariés nés en 1922, génération emblématique car faisant partie des toutes premières à avoir bénéficié de la retraite à 60 ans. Elle montrait que cette rupture dans les parcours de vie était généralement bien vécue.

Quinze ans ont passé depuis. Cet ouvrage nous entraîne désormais dans l’univers des septuagénaires, par comparaison avec ce qu’ils étaient lors de leur cessation d’activité. En 1997, en effet, 80 % de la population survivante – soit 940 personnes – ont été interrogées une nouvelle fois. Après une description de leurs caractéristiques sociodémographiques (famille, ressources, logement, santé), leurs modes de vie (sociabilités familiale et amicale, activités de loisirs) et leur monde intérieur (perception de soi, de la retraite, sentiment d’ennui, de solitude) sont analysés en détail. Une typologie des modes de vie à la retraite clôt l’ouvrage.

Durant les 15 années qui ont suivi la cessation d’activité professionnelle, nombre d’événements ont jalonné la vie des enquêtés.

Bonheurs pour certains que d’avoir vu naître des petits voire arrière-petits enfants, de s’être fait de nouveaux amis ou encore d’avoir connu une amélioration de leur état de santé, de leurs revenus, de leur perception et du vécu de cette étape de la vie.

Beaucoup plus nombreux sont ceux qui ont connu une fragilisation de leur environnement liée à la disparition de proches, la dégradation de la santé, la diminution des revenus ou l’évanescence des relations familiales… ; autant d’épreuves susceptibles d’entacher le moral des gens. Et, de fait, 15 ans après avoir pris leur retraite, les enquêtés sont, par exemple, plus nombreux à n’y voir que des inconvénients.

La détérioration de l’état de santé y est pour beaucoup car, c’est indiscutable, avec une moindre forme physique l’humeur se fait plus morose : les tendances dépressives, le sentiment d’ennui ou de solitude deviennent plus prégnants, la perception de la retraite plus négative. Mais, c’est peut-être vis-à-vis des loisirs que la mauvaise santé imprime le plus nettement sa marque. Dans ce cas, les enquêtés en ont moins et ils ont très fortement réduit leur participation.

Nombre de retraités ont également vu leur vie changer, et parfois du tout au tout, suite à la perte de leur conjoint. C’est sur le moral que les répercussions du veuvage sont les plus manifestes et le mal être est d’autant plus accusé que la disparition du conjoint est récente. Toutefois, on constate une intensification des contacts avec la famille et les amis : tout le cercle des proches se resserre autour du nouveau veuf pour l’aider à passer ce cap.

Dans toute étude sur les populations âgées, le sexe apparaît comme un facteur discriminant : plus souvent veuves, en mauvaise santé, avec des revenus modestes…, les femmes sont généralement pénalisées. Cette enquête auprès des retraités de 75 ans corrobore, bien évidemment, ce quotidien féminin plus difficile. Si globalement, durant la période étudiée, l’état de santé des hommes et des femmes a suivi le même chemin, l’isolement s’est plus accentué et les ressources plus détériorées chez elles. Nulle surprise donc à constater que dans nombre de domaines de la vie de tous les jours, le handicap des femmes s’est alourdi.

Résultat désormais banal, le capital culturel et économique accumulé durant la vie professionnelle influe sur la vie d’après travail et cette étude confirme ce résultat. Si à 75 ans, par rapport aux cadres, les ouvriers rencontrent plus souvent leur famille, ils restent en marge de la quasi-totalité des loisirs. De plus, même s’ils sont moins nombreux à ne trouver aucun avantage à la retraite, ils disent plus fréquemment ne pas savoir quoi faire, se sentent plus souvent seuls et souffrent plus souvent de signes dépressifs.

Au terme de ce parcours dans la vie d’après retraite et malgré le constat d’une baisse de l’activité et d’un recentrage sur le foyer, aujourd’hui, à 75 ans, la grande majorité des enquêtés sont heureux de leur vie de retraités et ne sont encore qu’aux portes de la vieillesse. Étape, hélas, souvent déjà franchie par ceux qui sont affligés d’une mauvaise santé ou qui ont perdu leur conjoint, ces événements accélérant le repli sur soi.

Si l’on raisonne sur la population privilégiée des enquêtés en bonne santé et mariés, l’avance en âge a beaucoup moins de prise voire est sans effet.

Ces réflexions portent à penser qu’à la condition près du maintien du niveau de vie des retraités, avec la poursuite probable de l’amélioration de l’état de santé à âge donné, la plus grande survie des couples, l’arrivée à la retraite de générations plus instruites, mieux intégrées encore dans l’univers des loisirs, demain, l’effet dépressif de l’âge s’observera plus tardivement dans la vie, prolongeant encore cette période heureuse du début de la retraite.

« La retraite quinze après »
Christiane Delbès et Joêlle Gaymu
préface de Claudine Attias-Donfut
ISBN 2-7332-0154-9

Collections les cahiers de l'Ined
Cahier n°154, Paris, Ined, 2004, 224 pages

22 euros TTC France


Publié le Lundi 13 Décembre 2004 dans la rubrique Retraite | Lu 1625 fois