Sommaire
Senior Actu

France - Un guide des bonnes pratiques intergénérationnelles vient de sortir


Catherine Vautrin, secrétaire d’Etat aux Personnes âgées s’est rendue mercredi 12 janvier dernier, en compagnie de Patrick Devedjian, ministre délégué à l’Industrie et adjoint au maire d’Antony (92), dans les locaux de l’association « l’Outil en Main », centre d’initiation de jeunes enfants et d’adolescents aux métiers artisanaux par des professionnels retraités afin d’y recevoir le guide « Des générations en action ».

Ce nouveau guide des bonnes pratiques des actions intergénérationnelles a été conçu par Accordages, association qui vient de fêter ses cinq ans d’existence et qui a pour but de « développer, valoriser et diffuser les actions intergénérationnelles ». Elle a été missionnée l’année dernière par le secrétariat d’Etat aux personnes âgées « pour rassembler les outils et actions nécessaires à la bonne conduite d’actions intergénérationnelles ».

Et de préciser que « ce guide présenté en trois grandes parties s’adresse à tous les acteurs intervenant de manière directe ou indirecte dans les domaines de l’intergénération : décideurs nationaux, partenaires sociaux, élus et cadres territoriaux, professionnels de l’action sanitaire, sociale et culturelle, responsables, animateurs et bénévoles des associations, enseignants, etc. Il présente les enjeux de l’intergénération et onze initiatives intergénérationnelles « réussies » et donne un ensemble de conseils et d’orientations à destination des porteurs de projets ». Une édition est en cours de finalisation avec la Documentation Française pour avril prochain précise Mohammed Malki président de l’association.
© Jean-Philippe Tarot

© Jean-Philippe Tarot
« L’outil en main » est une association dont l’objectif est l’initiation des jeunes aux métiers du patrimoine par des artisans à la retraite. Pour 140 euros par an et par enfant, ils sont initiés à plusieurs disciplines comme la taille de pierre, la mosaïque, le moulage, l’architecture, le jardinage, le vitrail, l’équipement électrique, la métallerie-ferronnerie, la cuisine, la décoration d’intérieur, le travail du bois ou encore celui du verre.

A l’origine, cette idée est née à Troyes en 1984. Depuis d’autres associations du même genre ont été crées. Il en existe actuellement une trentaine reparties dans toute la France. « C’est devenu une sorte de franchise maintenant, il faudrait mettre en place désormais une charte de fonctionnement » précise Mohammed Malki. Pour sa part, L’Outil en main d’Antony a été créée en 2002. Un deuxième atelier fonctionne dans les Hauts-de-Seine à Boulogne-Billancourt.

Lorsque l’on entre dans les locaux de l’association, prêtés par la mairie, on est surpris par l’atmosphère studieuse qui s’en dégage. Des « apprentis compagnons » en blouse blanche écoutent sagement les remarques de leurs aînés et appliquent leurs conseils à la lettre. Application, rigueur, respect, mais aussi sourires, rires et détente. Dans ce concept, les jeunes participants sont conviés à développer leur dextérité manuelle, à apprendre les gestes justes, à porter un autre regard sur ces métiers « manuels » et peut-être, à se découvrir un talent pour l’une ou l’autre des professions proposées.

Selon M. Devedjian, « il existe une distinction absurde entre le travail manuel et intellectuel. « Le travail manuel EST un travail intellectuel » insiste-t-il. « Si nous voulons que nos enfants aient plus tard des plombiers, des électriciens, etc. » il faut dès maintenant sensibiliser les jeunes générations au travail manuel et arrêter de véhiculer cette image négative que peuvent avoir ces métiers.

© Jean-Philippe Tarot
Tout au long de l’année, les enfants passent successivement par chacun des ateliers présents au sein de l’association. Ils apprennent les techniques de chaque métier, en utilisant les outils appropriés, dans de vraies conditions d’atelier. A la fin de l’année, une exposition réunit l’ensemble des objets réalisés et chaque artisan en herbe reçoit un « certificat d’initiation aux métiers du patrimoine ».

Marcel Aupeix, compagnon du devoir tailleur de pierre, apprend à Thomas, son jeune apprenti, comment réaliser une moulure hélicoïdale. Il s’agit dans un premier temps de réaliser le tracé sur papier : problème de géométrie. Puis, vient la phase pratique qui permet de mettre en œuvre cette géométrie qui reste bien trop souvent à l’école, une pure abstraction. Ici au contraire, les enfants ont la possibilité de réaliser concrètement à quoi servent les mathématiques.

Pour ce qui est des outils : que du matériel de professionnels. M. Aupeix est venu avec ses anciens marteaux, ciseaux et autres instruments. Quant aux matériaux, le système D est de rigueur. De la « récup » mais aussi les anciens collègues qui offrent des temps en temps quelques pièces à travailler.

Un peu plus loin, un petit groupe, après avoir construit des petites maisons en bois pour les oiseaux, s’apprêtent à les recouvrir de mosaïque. Tout au fond, l’atelier cuisine dégage une bonne odeur de gâteau fait maison, quand au jardin, il est fermé pour le moment en attendant le printemps.

© Jean-Philippe Tarot
Mme Vautrin s’est dit « particulièrement intéressée par ce qu’elle avait vu » mais aussi « préoccupée par cet énorme gâchis » qui existe actuellement en France, « cette perte de compétence pour notre pays, compétences qui sont pourtant reconnues dans le monde entier » mais qui risquent de disparaître sans transmission du savoir-faire, du « know-how » aux générations futures. Au Japon, d’ailleurs, certaines grandes entreprises, filment leurs salariés pendant qu’ils travaillent afin de conserver la trace visuel d’un tour de main, d’une manipulation, d’une technique…

Et la secrétaire d’Etat d’ajouter « je découvre aujourd’hui une approche complètement différente. Vous proposez à nos jeunes une découverte extrêmement concrète [de vos métiers], vous leur donnez la possibilité de comprendre comment les objets sont fabriquées ».

Cette association est « un lien entre les petits d’un côté et ceux que l’on appelle, au sens latin du terme, les seniors, les plus âgés. Ceux qui grâce à leur expérience acquise au cours de leur vie, ont pu mûrir et perfectionner leurs compétences » ajoute Mme Vautrin.

© Jean-Philippe Tarot
« Les personnes âgées ne cherchent qu’une chose, rencontrer les autres générations. Il faut développer ces initiatives qui permettent à l’ensemble de nos concitoyens de se retrouver. Au delà de cette expérience, il est important que nous puissions, dans notre pays, continuer à avancer sur ce lien entre les générations. Il faut faire connaître ces initiatives mais aussi les multiplier, c’est pour cela que nous avons décidé de mettre en place ce guide des bonnes pratiques intergénérationnelles » conclut Mme Vautrin.

Pour finir, laissons la parole au directeur de l’association, Jean-François Maugeais ancien maitre artisan en métallerie ferronnerie, citant Confucius : « choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie ».


Publié le Mardi 18 Janvier 2005 dans la rubrique Société | Lu 6694 fois