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France – Un établissement maintient ses salariés seniors dans l’emploi grâce à l’aide d’ergonomes


Un établissement industriel de la région aquitaine est confronté aux difficultés de reclassement de salariés âgés en restriction d'aptitude. Aidée d'ergonomes, cette société a affûté une nouvelle stratégie pour maintenir ses seniors dans leur emploi.

Fabricant du matériel d'armement, l'entreprise est considérée comme « établissement à risques ». Ses activités pouvant être dangereuses pour les salariés et leur environnement, elle est « classée Seveso ». Elle compte environ 300 salariés.

Le DRH et le médecin du travail se préoccupent depuis longtemps de l'augmentation des restrictions d'aptitude. D'après leurs observations, celles-ci toucheraient davantage les salariés âgés (la moyenne d'âge est supérieure à 50 ans) et seraient liées à la pénibilité du travail qui consiste à manipuler des charges lourdes ou contenant des produits toxiques. Pour faire face à cette augmentation et réorienter la politique de reclassement de l'entreprise, ils ont sollicité l'ARACT Aquitaine.

Première phase de l'intervention : une analyse globale de la situation de l'entreprise qui permet d’identifier les freins à l’origine de certaines difficultés. Ainsi, on s’aperçoit que les projets d'entreprise sont menés indépendamment les uns des autres et sans la participation des opérateurs et de l'encadrement de proximité, ni la prise en compte du travail réalisé.
Les consignes de sécurité se font uniquement au travers de modes opératoires. Les savoir-faire de compensation et de prudence (collectifs et individuels), que les salariés les plus âgés connaissent bien, ne sont pas formalisés.

Les compétences mises en oeuvre par les opérateurs pour allier sécurité, productivité et qualité ne sont ainsi pas reconnues. Quid alors des évolutions professionnelles, des définitions de métiers ?

Enfin, l'entreprise envisage les causes des restrictions d'aptitude simplement en termes de manipulations de charges. Les problèmes d'exposition à des produits toxiques, par contact ou émanations, sont, eux, traités de manière individuelle (équipement de protection), avec des procédures de sécurité à suivre. Aucun de ces dangers potentiels n'est abordé en amont des projets.

La deuxième phase de l’intervention consiste pour l’ARACT Aquitaine à orienter l'entreprise vers une approche globale de la question du vieillissement et des restrictions d’aptitude. Objectif : sortir de la mise en place de solutions ponctuelles, tel le reclassement, ou cloisonnées, comme l'embauche de jeunes. Elle préconise également une démarche ergonomique centrée sur les apports de l’analyse de l’activité de travail du personnel dans la transformation ou la conception des situations de travail.

L'entreprise décide donc de s'appuyer sur une situation concrète pour tester ces nouvelles orientations. Elle choisit la conduite d’un projet de conception d'un nouvel équipement et sollicite des ergonomes.

Ceux-ci envisagent tout d'abord la structuration du projet et de ses instances en intégrant l’objectif d’une véritable participation des différents acteurs de l’entreprise alors que la structuration antérieure des projets ne favorisait pas la prise en compte des différentes logiques. Les ergonomes-consultants proposent ici de mettre en place une structure spécifique comprenant un comité de pilotage ayant une fonction décisionnelle, un groupe projet et des sous-groupes d’opérateurs.
Cette structuration du projet permet de clarifier le rôle de chacun des acteurs et de faire en sorte que les différentes logiques de l'entreprise soient prises en compte (financière, technique, process, gestion des ressources humaines et des relations sociales, santé, sécurité, CHSCT).

Les ergonomes travaillent ensuite à la caractérisation des postes et des risques. Pour chaque poste de travail, les tâches présentant des risques font l'objet d'une analyse approfondie afin d'évaluer si des personnes en restriction d'aptitude pourraient les réaliser. Ces analyses sont ensuite présentées dans les différentes instances pour valider le déroulement des tâches et leurs conditions de réalisation existantes et futures.

L'analyse des situations de travail a permis d'établir une corrélation entre les questions relatives aux manutentions et manipulations de charges et celles relatives à l'exposition au produit. Elle a mis en évidence le fait que les opérateurs « âgés » mettaient en œuvre lors de ces opérations de véritables savoir-faire de prudence.

D'autres savoir-faire, tant individuels que collectifs, ont été mis à jour. Leur identification a montré combien ils permettaient d'assurer une production de qualité. Il s'agit là de savoir-faire collectifs qui doivent être mis en œuvre non seulement par les opérateurs mais aussi par l'encadrement de proximité.

L’intervention ergonomique a volontairement pris parti d'élargir le périmètre de l'intervention Associée à une démarche participative, ils ont contribué à donner une visibilité plus grande des problèmes concernant l’organisation du travail et la gestion du personnel.

Finalement, l’entreprise a réussi à maintenir en poste 45 salariés présentant des restrictions d'aptitude et à mener une politique de prévention des risques de restriction pour tous les autres en travaillant à la fois sur les compétences, la sécurité et la performance.

France – Un établissement maintient ses salariés seniors dans l’emploi grâce à l’aide d’ergonomes


Publié le Jeudi 18 Novembre 2004 dans la rubrique Emploi | Lu 2292 fois