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Senior Actu

France – Les Lauréats « intergénération » des Prix de la Fraternité 2004

Les premiers Prix de la Fraternité 2004 ont été remis le 30 mars dernier dans l’enceinte du Sénat, en présence de Christian Poncelet président du Sénat, de Catherine Vautrin secrétaire d'Etat aux Personnes âgées, de Jean-Louis Sanchez président de la Grande cause nationale de la Fraternité et de Mme Raffarin.


Les quatre prix de la catégorie « intergénération » ont été remis par Mme Vautrin aux candidats suivants : Cuisinez l'âge ; L'Anniversaire de Chloé ; Le Jardin de nos rêves et le Soutien scolaire dans le cadre d'un foyer logement (voir détails dans les encadrés ci-dessous).

Signalons aussi un prix « coup de cœur » de la part de la secrétaire d’Etat aux Personnes âgées pour le Prix Chronos lancé par la Fondation nationale de gérontologie et qui fête cette année ses dix ans. L’objectif de cette action est de sensibiliser le jeune public aux questions de la vieillesse, de la mort et des relations entre les âges à travers la lecture d’ouvrages (contes illustrés, romans). Les résultas sont présentés chaque année lors du salon du livre.

Les Prix « intergénération » sont le résultat du concours national organisé par le secrétariat d'Etat aux Personnes âgées et le Journal de l'Action Sociale, en partenariat avec les revues Notre Temps et Okapi, et le site Internet agevillage.com. Ces récompenses visent à valoriser les actions créatrices de liens entre des publics de différentes générations.

Le jury a choisi de privilégier les actions qui, par la simplicité de leur démarche, pouvaient facilement être développées dans d’autres contextes, celles qui permettaient aux différents publics concernés d’en tirer de réels bénéfices et enfin celles qui avaient généré une dynamique permettant de nouveaux développements.

Ci-dessous, la description des Lauréats :
Mme Gaussens recevant le ''Prix coup de coeur'' des mains de Mme Vautrin

Cuisinez l'âge

Dans le village de Rosières (Haute-Loire), un rendez-vous cuisine ouvre les enfants du “Pays Imaginaire” et les résidents de “La Roseraie” au don réciproque. Dans la liberté et le respect.

Un cercle pour faire le visage, deux ronds pour les yeux et un trait rouge en guise de sourire, en forme de U, de tiret, ou tombant jusqu’au menton. Au moyen de smiles, enfants et personnes âgées remplissent une grille d’évaluation et disent s’ils ont envie de recommencer l’activité “Cuisinez l’âge”.

Cet atelier a lieu un mercredi par mois pour sept enfants de 3 à 5 ans du multi accueil associatif “Le Pays Imaginaire” et cinq personnes de 70 à 100 ans de la résidence “La Roseraie”, tous habitant dans le village de Rosières. Cette année, le thème retenu est la cuisine, un sujet de la vie quotidienne avec lequel tout le monde est à l’aise. Et puis, la cuisine permet d’aborder toutes sortes de notions: écrire, lire, compter, mesurer, peser, identifier les risques et dangers domestiques, respecter les conditions d’hygiène… Sans oublier la découverte des aliments, de saveurs inconnues ou de plats étrangers. Apprendre la complémentarité des âges.

À Rosières, petits et grands s’occupent en fait de tout, de la préparation à la cuisson,
en passant par les courses effectuées en binôme. Tout commence par le choix d’une recette fait par un résident, la liste et l’achat des denrées. Ensuite, le met est réalisé au “Pays Imaginaire” avant d’être cuit et dégusté à “La Roseraie”. Cette alternance permet de se sentir un peu plus chez soi dans les deux lieux ; et il n’est pas rare de voir d’autres jours les
personnes âgées s’installer spontanément sur les bancs de l’aire de jeux ou les enfants
venir saluer leurs voisins de la résidence. Une véritable complicité, la volonté et le
plaisir de la rencontre grandissent ainsi au cours de l’année. Elles sont le ferment
d’une alliance des âges, entre forces et limites. Au savoir transmis par les personnes
âgées, les enfants offrent l’agilité et la vivacité de leurs gestes.

Fondé sur la liberté de chacun et le respect mutuel, l’atelier apprend la complémentarité.
Cette prise en compte de la personne s’exprime jusque dans le questionnaire donné à la fin de la séance. L’animatrice note, elle aussi, sur une feuille d’évaluation ses remarques pour réajuster le déroulement. Une organisation bien rodée qui pourrait initier d’autres projets dans le département.

Contact : Claudia Gudfin et Carole Perbet,
04 71 57 90 08

L'Anniversaire de Chloé

Au Centre social du Chemillois (Maine-et-Loire), l’Amicale des retraités a monté une pièce de théâtre sur les relations familiales pour mieux s'écouter et se comprendre à quatre générations. Trois coups frappés au plancher. Le rideau de velours rouge s’ouvre sur une scène de famille. Sur le plateau : côté jardin, la salle à manger ; côté cour, une voiture de
profil. C’est le moment du dessert. Autour de la table, quatre générations fêtent “l’Anniversaire de Chloé”, la petite dernière.

Au Centre social du Chemillois, dans le Maine-et-Loire, l’Amicale des retraités a imaginé une saynète mettant en scène une situation de la vie quotidienne pour se mettre à l’écoute des jeunes parents et tenter de mieux les comprendre. Écrit par des retraités, joué par les
habitants, le scénario aborde des thèmes variés comme le partage des tâches ménagères
au sein du couple, le travail des femmes, l’éducation des enfants, ou la place des nouvelles technologies dans les foyers. Autant de sujets où les divergences de vues peuvent être l’objet de malentendus ou de maladresses entre grandsparents, parents et enfants. De la discussion qui alimente la fin du repas, à la voiture où chacun laisse libre cours à ses commentaires, les acteurs mettent en lumière les conflits et ouvrent le débat.

Dialoguer pour mieux se comprendre. Représentée devant cent cinquante personnes
dans deux communes du territoire lors d’assemblées générales de Familles rurales, la pièce de théâtre a été suivie d’échanges en petits groupes mélangeant les générations. Cette expérience a également contribué à valoriser l'image de retraités créatifs et ouverts. Ce sont eux qui ont porté le projet, cherché un metteur en scène, trouvé les acteurs, pensé au décor et finalement, mobilisé la population. Intégrés dans la troupe, des jeunes parents nouvellement arrivés, se sont ainsi sentis accueillis. Le regard que se portent les uns et les autres change et ouvre la voie à une manière de se parler plus respectueuse des différences.

Aujourd’hui, l’aventure n’est pas terminée. Les retraités sont maintenant sollicités
pour des animations le mercredi. Tandis qu’en coulisses, les acteurs ont gardé des liens et une troupe de théâtre est en train de naître. Ils ont décidément le mot de la fin : “On ne voit pas les choses pareil, mais on s’aime bien !”

Contact : Thérèse Verger, 02 41 30 50 55

Le Jardin de nos rêves

À Marseille, dans le jardin des petits frères des Pauvres, personnes âgées et enfants de l’école du Petit Bosquet réalisent leurs rêves verts. Un carré d’herbe et de culture où chacun a sa place. La scène se passe dans le douzième arrondissement de Marseille à la Bastide Le
Manier, une maison qui appartient à l’association les petits frères des Pauvres. Sous des arbres, jeunes et moins jeunes posent debout, installés sur une chaise, en fauteuil roulant, accroupis ou assis par terre.

Casquettes vissées sur la tête, pelles, bêches, arrosoirs pour tous accessoires. Une photographie de groupe en guise de souvenir à la fin de l’année. Ici, un lundi par mois de 12 heures à 16 h 30, dix retraités entre 70 et 92 ans du Centre gérontologique départemental et environ vingt-huit enfants d’une classe de CM1 de l’école primaire du Petit Bosquet, se retrouvent pour donner vie au “Jardin de (leurs) rêves”. Avec l’aide de l’enseignant, quelques parents d’élèves, et huit bénévoles de l’association.

Née il y a cinq ans pour rapprocher deux âges différents en créant un potager, l’activité
propose aujourd’hui à chacun de participer, quels que soient son envie et son imaginaire, à l’aménagement du terrain. L’important est de s’approprier le lieu, de la culture des fruits et légumes aux allées fleuries ou bien encore l’herbe où se reposer. De le rêver et de le façonner.

Un coin de verdure pour tous. Le temps passé ensemble commence toujours par un repas, un moment privilégié pour faire connaissance, échanger des idées ou aborder d’autres sujets. Puis, répartis en six groupes, enfants et personnes âgées accomplissent les gestes du
jardinier. Sur un carnet, ils notent leurs impressions au fil des saisons : la date, l’air frais du jour, la taille de l’abricotier rouge planté dans l’après-midi… Certains y font aussi des dessins. Une gazette en reprend des morceaux choisis tandis que des activités complémentaires au travail de la terre sont proposées, comme la construction d’un arbre généalogique de chaque personne âgée. Ces interventions, adaptées au rythme de chacun,
sont le fruit d’un partenariat entre les animateurs des petits frères des Pauvres et du Petit Bosquet, qui régulièrement se voient et discutent de l’évolution du groupe. Une attention à l’autre jusqu’au “temps des cerises” marqué par une soirée festive.

Contact : Nathalie Gaurin, 04 91 18 55 55, fraternite.marseille@petitsfreres.asso.fr

Soutien scolaire dans le cadre d'un foyer logement

Dans le Tarn, des retraités formés font du soutien scolaire auprès d’enfants de classes primaires. Une action de l’association Pass-âges, dont la vocation est l’intergénération.
Après la classe, les enfants sont amenés par un enseignant à la résidence Foch, un foyer logement situé à trois minutes de l’école des Bausses à Mazamet (Tarn).

Cela se passe le mardi ou le jeudi à 16 heures. Ils sont dix-sept élèves de CP, CE1 et CM2, de nationalités diverses et avec des difficultés souvent liées à l’apprentissage de la lecture, à bénéficier une fois dans la semaine d’un soutien scolaire. Au bout d’une heure de travail, leurs parents viennent les chercher. Trois générations se côtoient ainsi régulièrement, grâce à la coordination de l’association Pass-âges.

Encadré par onze retraités de Castres, Mazamet et la vallée du Thoré, le soutien scolaire est né d’un souhait commun entre les professeurs des écoles, leur direction et les personnes âgées. Il a été rendu possible grâce à une formation des bénévoles en début d’année, financée par le Fonds de développement de la vie associative et assurée par une enseignante.

Un enseignement pour tous. Un lien permanent avec l’école permet de parler des problèmes rencontrés pendant les séances qui se déroulent à partir des documents scolaires des élèves, de livres empruntés à la médiathèque de la ville et parfois de jeux de société. Cette année, la formule utilise aussi l’informatique, afin de diversifier les supports. Une petite révolution dans la résidence où un ordinateur est maintenant à la disposition des personnes qui ont suivi un “cours” sur les nouvelles technologies, au collège de Bonnecombe. Avec pour professeurs, des élèves volontaires de 4e et 3e ! Cette inversion des rôles a facilité les échanges avec les adolescents, ainsi rejoints dans leur mode de communication et leur lieu de vie. Un aide éducateur et l’animatrice de l’association étaient également présents pour initier au traitement de texte, la fabrication de cartes ou l’envoi de mails. À la fin de l’année, le bilan des actions menées par l’association Pass-âges est plus que positif : effectifs en hausse, progrès des élèves, satisfaction des parents. En montrant leur capacité d'apprentissage et leur désir de s’adapter à l’évolution de la société, les personnes âgées se libèrent de l’étiquette de “repli” qu’on leur colle trop souvent.

Contact : Anne-Marie Azam, 05 63 61 73 73


Publié le Mercredi 6 Avril 2005 dans la rubrique Intergénération | Lu 2927 fois