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France – La canicule jette le gouvernement dans la tourmente


Les toutes dernières estimations des FNG sont alarmantes : environ 10 400 personnes seraient décédées des suites de la canicule en cette première quinzaine d’août. Alors que les températures ont retrouvé leur niveau normal, une polémique éclate. Et si le gouvernement avait tardé à réagir ? Et si l’on avait pu éviter l’hécatombe ? Et s’il y avait eu dysfonctionnement dans les rouages de l’administration de la santé ? Tout laisse à penser désormais qu’après les premières alertes lancées les 7 et 8 août, les autorités n’auraient pris conscience de la surmortalité due à la chaleur qu’entre le 11 et le 12 août. Le 11 août, un plan de mobilisation était lancé, mais en Île-de-France seulement. Le « plan blanc » a, pour sa part, été actionné le 13 au soir, toujours en Île-de-France, puis étendu à la France entière le 14 août. Mais de fait, au 14 août, la vague de chaleur touchait à sa fin et le pire n'avait pu être évité.

Pour François Hollande, le chef du Parti Socialiste, le gouvernement a fait preuve d’un « défaut d’anticipation ». Invité sur TFI le 19 août, il estimait que « les services météorologiques ayant annoncé dés le 1er août que la canicule allait durer, le gouvernement pouvait éviter un tel défaut de vigilance ». M. Hollande a par ailleurs ajouté que « les premières alertes des urgentistes avaient été lancées vers le 7 et le 8 août » ; or ce n’est que le 14 août que le « plan blanc » a été déclaré. François Hollande s’insurge de cette distance, insupportable, qui s’est établi entre les victimes, « la France d’en bas », et le sommet de l’Etat, qui « n’est jamais apparu aussi lointain ». Le chef de file du PS a demandé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire à la rentrée. Les Verts demandent quant à eux la démission du ministre de la Santé, Jean-François Mattei.

Celui-ci, soutenu par l’ensemble du gouvernement, affirme qu’il n’y aurait eu aucun dysfonctionnement. « Je n’ai aucun reproche et aucun regret, car nous avons véritablement agi comme il fallait le faire, le plus vite possible ». Certains, à droite, dont le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, accusent les 35 heures d’être responsables de ces difficultés de fonctionnement des hôpitaux. Mais selon monsieur Raffarin, la véritable question est celle de notre système d’alerte. « Je veux être sûr que l’on a été alertés dans les meilleures conditions » a-t-il déclaré au Figaro. Jean-François Mattei reprend ce discours et va jusqu’à accuser publiquement la direction générale de la santé, qui n’aurait pas fourni « les informations et les alertes » nécessaires et qui aurait déclaré que « la situation était maîtrisée » alors qu’on décidait la mise en place du « plan blanc » le 11 août.

Face à ses accusations, le directeur général de la santé, le Pr. Lucien Abenhaïm, a démissionné, afin que l’on puisse « expliquer sereinement l’action des services ». A droite, cette démission a été parfaitement acceptée. A gauche, elle suscite la colère. Selon Julien Dray, porte parole du PS, cette démission montre « qu’il y a bien eu des dysfonctionnements » mais ne doit pas « masquer la recherche de la vérité ». Yves Contassot, porte-parole des Verts, estime quant à lui que M. Abenhaïm n’est qu’un bouc émissaire, et que Jean-François Mattei, « en bon élève de Jacques Chirac, s’octroie l’impunité, l’absence de responsabilité et l’absence de culpabilité ».


Publié le Mercredi 20 Août 2003 dans la rubrique Divers | Lu 489 fois