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Emploi senior

France – L’augmentation des quinqua-chômeurs fait « flamber » le salaire de référence des Assedic

L'augmentation du nombre des "quinqua-chômeurs" depuis quatre ans change le portrait-robot du chômeur nouveau. Il est donc maintenant un quinqua de plus en plus qualifié qui fait flamber de 308 euros le "salaire" de référence mensuel des Assedic. Montant de l’addition : 3,4 milliards d’euros en 2003 !



France – L’augmentation des quinqua-chômeurs fait « flamber » le salaire de référence des Assedic
Bonne nouvelle pour les seniors : la hausse du chômage enregistrée fin février n’affecterait pas les plus de cinquante ans. Mauvaise nouvelle : selon certains experts, cette étrange absence de cheveux gris dans la marée montante des sans-travail s’explique par un simple phénomène de vases communicants.

Le nombre de "dispensés de recherche d’emploi", les fameux DRE, qui sont plus de quatre cent mille actuellement, aurait augmenté de 15 %. Et comme ces demandeurs de cinquante-cinq ans sont aussitôt rayés des listes de l’Anpe, cela réduit d’autant le quota des quinquas dans les chiffres présentés à l’opinion. CQFD…

Autre nouvelle qui fait désordre pour le gouvernement : l’Insee indique que la barre des 10 % de chômeurs en France n’aurait pas été franchie en janvier 2005, mais en octobre 2003. Soit seize mois plus tôt, portant aujourd’hui le nombre de sans-emploi, toutes catégories confondues, à 2,8 millions selon Le Monde. Et à 2, 9 millions selon chomiste.com.

Si on ajoute à l’addition une hausse de 7 % des Rmistes, nombreux chez les plus âgés, on voit que les seniors sont plus que jamais dans l’œil du cyclone, au cœur du tsunami sur l’emploi. C’est si vrai que l’Unedic s’en inquiète dans une étude restée jusqu’ici fort peu médiatisée. Et pour cause…

L’explosion du salaire de base

France – L’augmentation des quinqua-chômeurs fait « flamber » le salaire de référence des Assedic
Selon l’organisme payeur des Assedic, l’augmentation des demandeurs d’emploi indemnisés de plus de quarante-cinq ans explique en grande partie "l'explosion" depuis quatre ans du "salaire" de référence du chômeur moyen qui plonge les comptes de l’assurance-chômage, déjà pas très roses, dans le rouge profond.

De 1995 à 2000, ce "salaire" suivait sagement la tendance de l’économie, à 2,3 % de hausse annuelle. Puis il s’est mis à disjoncter grave, affichant 5,4 % d’augmentation par an, un écart qui représente 308 euros sur quatre ans, portant l’allocation moyenne versée par les Assedic à 1 633 euros en décembre 2003.

C’est la direction des études et statistiques qui a levé ce gros lièvre. Appelée à chercher dans les chiffres les raisons du déficit de l’Unedic qui s’établit à 4,4 milliards d’euros en 2004, elle s’est vite aperçue que la hausse, pourtant considérable, du nombre des allocataires pour cause de licenciements n’expliquait pas tout.

Le montant moyen de l’indemnisation avait également progressé à un rythme soutenu, et bien plus important que le salaire des actifs. On attribua tout d’abord le phénomène à la diminution galopante des chômeurs ayant exercé une activité à temps partiel qu’il fallait de nouveau indemniser à cent pour cent... Mais vérifications faites, le compte n’y était toujours pas.

Portrait-robot du chômeur, un quinqua de plus en plus qualifié qui fait flamber le ''salaire'' Assedic

En fait, le déficit grandissant de l’Unedic est dû à une "déformation structurelle de la population" des indemnisés.

D’abord en matière d’âge. Sur quatre ans, la part des moins de vingt-cinq ans diminue et celle des plus de cinquante-cinq ans ne cesse d’augmenter. Ce n’est pas un "scoop". On le savait déjà. Mais l’analyse du "stock" des allocataires opérée par le service statistique le prouve cette fois de façon indubitable. Apportant de l’eau au moulin de tous ceux qui déplorent ce phénomène typiquement français.

Cette "déformation structurelle" s’applique également au niveau de qualification des salariés licenciés. Il ne cesse de s’élever. La proportion des cadres et des employés qualifiés a fortement progressé sur les listes Assedic depuis 1999, alors que celle des professions intermédiaires et des ouvriers diminuait. Ce qui provoque "mécaniquement" une hausse du salaire de référence.

La part des cadres passe en quatre ans de 4,3 % à 7,7 % de la population indemnisée. Cette augmentation pourrait s’expliquer par le fait que les "dégraissages" interviennent de plus en plus tôt. Pour "rajeunir" l’entreprise - souci obsessionnel de la plupart des sociétés françaises -, on se débarrasse désormais non seulement des quinquas mais aussi des quadras, le phénomène est connu...

Arrivée massive des employés qualifiés

Passés quarante-cinq ans, les salariés d’encadrement auxquels on claque la porte de leur boîte en pleine gloire sont de plus en plus nombreux et ont de plus en plus de mal à retrouver une situation. Autant de "gros" salaires qui finissent en indemnisations sur les comptes de l’Unedic. Et ne vont pas précisément dans le sens du retour à l’emploi des seniors claironné par le gouvernement.

Cet accroissement du chômage des cadres se conjugue avec une entrée massive en indemnisation des plus de quarante-cinq ans chez les employés qualifiés. Leur population passe de 24 à 32 %, avec 7 % de hausse sur les trois dernières années. Leur poids dans la masse salariale atteint maintenant près de 8 %, celle des cadres 6,5 %, tandis que les professions intermédiaires reculent de 6,5 % et les ouvriers de 5,8 %. Or, l’indemnisation d’un ouvrier représente en moyenne seulement 60 % de celle d’un cadre.

Conclusion, le français moyen privé de travail prend du galon et des cheveux gris. Mieux loti avant d’être licencié que son semblable des années quatre-vingt-dix, il coûte aussi beaucoup plus cher à l’Unedic.

Le salaire des actifs stagne tandis que celui des demandeurs d’emploi indemnisés grimpe en flèche. Le service statistique de l’Unedic estime le surcoût à 3 377 millions d’euros en effet cumulé, soit 3,4 milliards à la fin 2003. Un chiffre qui explique plus des trois-quarts du déficit grandissant des Assedic.

La perversion du système est telle qu’on va bientôt reprocher à ces nouveaux chômeurs d’être trop vieux et trop bien payés. Et qu’on va trouver le moyen de rogner leurs indemnités tout en les rayant des listes de l’Anpe passé cinquante-cinq ans !

L’étude rappelle tout de même dans sa conclusion une évidence qui crève les yeux : si on en est arrivé à une telle situation, c’est parce que le monde de l’entreprise a multiplié depuis quatre ans licenciements, plans sociaux et délocalisations. Officiellement pour maintenir sa compétitivité, mais en réalité pour accroître les bénéfices de ses actionnaires.

Gérard Ducret pour Seniorplanet.fr

Article repris avec l'aimable autorisation de notre site partenaire Seniorplanet.fr

Mercredi 4 Mai 2005
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