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France - Interview avec Jean-Yves Ruaux de Seniorscopie.com


Le rédacteur en chef de la lettre d'information hebdomadaire professionnelle de "Notre Temps", le magazine qui organise chaque année le Salon des Seniors, fait un point sur l’emploi et les quinquagénaires en France.
France - Interview avec Jean-Yves Ruaux de Seniorscopie.com

Comment résumeriez-vous la situation de l'emploi en France des plus de 50 ans ?

Nous avons en France le taux d'emploi le plus faible des plus de 55 ans d'Europe, hormis la Belgique. En gros, un tiers des personnes, seulement, travaillent encore à cet âge-là. C'est nettement en dessous des attentes de la Communauté Économique Européenne pour 2010. Elle prescrit, en effet, que plus de la moitié des gens de 55 ans et + devraient être au travail. La France est, de toute façon, très nettement en dessous des pays du nord de l'Europe qui, eux, satisfont déjà les exigences européennes. Environ deux personnes sur trois y travaillent déjà au-delà de 55 ans. Donc, la situation de l'emploi des plus de 50 ans en France n'est pas extraordinaire. Ce n'est pas dans cette tranche d'âge que le taux de chômage est le plus élevé. Mais quand on est au chômage de longue durée, avec l’âge, les périodes d’attente s'allongent le plus. Les employeurs suspectent les gens de plus de 50 ans de n'être pas à jour en matière de technologies, d'avoir des connaissances un peu périmées et de ne pas avoir assuré leur employabilité. Il faudra attendre quatre ou cinq ans pour que les choses changent. Elles vont changer, non pas en raison de l’émergence d’un esprit philanthropique des entreprises, mais du fait que les gestionnaires de ressources humaines disposeront de beaucoup moins de choix pour recruter.

Qu'est-ce qui joue contre l'emploi des seniors en France ?

Il y a deux choses qui jouent contre l'emploi des seniors. D'abord, c'est le niveau de rémunération puisqu'une partie de la rémunération en France est liée à l'ancienneté. Les seniors sont donc, souvent, plus chers que les autres. Ils sont, par ailleurs, victimes des a priori consistant à dire que les gens au-delà de 50 ans ont plus de mal à s'habituer aux changements. Ceci est vrai pour les cas où l'employeur a maintenu les gens dans des postes d'exécution, de routine, pendant très longtemps. Exemple : quelqu'un qui a travaillé sur une chaîne de fabrication de matériel électroménager, ou sur une chaîne de montage de pneus pendant trente ans, sans avoir bénéficié de formation, sans avoir changé d'emploi ou été aidé à maintenir son employabilité. Quand cette personne arrive à 50 ans, et qu'elle se retrouve licencié, il est évident qu'elle n'a pas les mêmes qualités d’adaptation qu’un individu du même âge ayant un bac + 5, qui, certes est au chômage, mais a fait Sciences Po ou une école de commerce… Cette personne-là a de toute façon appris à apprendre et à se remettre sur ses pieds, même si elle ne retrouve pas forcément l'équivalent du poste qu'elle avait avant de perdre son emploi.

Quels moyens les seniors utilisent-ils pour trouver un emploi, à part l'ANPE ? Internet ? Les agences d'intérim ?

Oui. Il y a des agences d'intérim qui se sont mises sur ce secteur-là. Je sais que Manpower fait des choses. Adecco a une très forte réflexion sur le maintien de l'employabilité des seniors et même un laboratoire de recherche appliquées sur le sujet. Il existe même des agences spécialisées. Quincadres s'est positionnée sur les missions de cadres seniors et dirigeants de plus de 50 ans. La difficulté est un peu moindre sur ce créneau. Lorsque des gens très qualifiés ont déjà occupé des postes de cadres dirigeants, la barrière de l’âge fait moins sentir son effet.

Quelle est généralement l'attitude en France des entreprises à l'égard des seniors et de la gestion de la pyramide d'âge ?

Je vous renvoie à l'étude de la Cegos du 23 mars dernier. Elle montre qu'entre 2003 et 2004 la prise de conscience des entreprises a progressé lorsqu'il s'agit de savoir qu'il allait falloir réemployer les seniors. La proportion d’entreprises ayant pris conscience du sujet est passée de 47% à 58%. Mais, parallèlement, moins de 10% des entreprises ont pris des mesures pour favoriser l’emploi senior. Moins d'un quart déclarent qu'elles vont réemployer des seniors. Je ne compte pas sur une forte volonté dans ce domaine. Je compte surtout sur une pression du marché et de la démographie. Ils obligeront l’entreprise à changer d’attitude. Mais elle n’aura pas nécessairement su se préparer à gérer la nouvelle donne.


Publié le Vendredi 2 Avril 2004 dans la rubrique Emploi | Lu 1710 fois