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France - Forum OCDE, prévention accrue et politiques sociales pour réduire les dépenses de santé


La gestion des dépenses de santé dans une société vieillissante a été le thème principal de la conférence sur la santé et le vieillissement qui s’est tenue pendant le forum de l’OCDE à Paris, mercredi 12 mai.

Françoise Forette, co-présidente de l’Alliance pour la santé et l’avenir et présidente du Centre de longévité internationale, a rappelé la nécessité d’agir face aux dépenses de santé qui ne cessent d’augmenter dans les pays riches. « La longévité ne compromet pas l’économie », a-t-elle insisté, à condition de conserver la santé. Les efforts doivent donc se concentrer sur une meilleure gestion des soins mais aussi et surtout sur la prévention des maladies liées à l’âge. Un meilleur suivi du système cardio-vasculaire tout au long de la vie permettrait par exemple de réduire de moitié les cas de démences tels que la maladie d’Alzheimer. Et cela sous-entend une meilleure éducation face aux risques et une meilleure prise en compte des facteurs d’environnement (accès aux soins, prévention médicale).

Il existe, selon elle, « une corrélation entre le revenu per capita et l’espérance de vie ». On constate qu’une longévité élevée favorise la productivité, l’accès à l’éducation, les investissements sur le long terme et la transition démographique. « L’espérance de vie moyenne est donc un indice significatif de la croissance d’un pays », à condition que les plus de 50 ans participent au cycle économique, ce qui n’est pas le cas en France où les deux tiers des personnes de plus de 55 ans ne travaillent plus.
Les écarts de longévité entre les pays riches et les pays en voie de développement reflètent les disparités économiques. A titre d’exemple l’espérance de vie à la naissance est de 80 ans au Japon, alors qu’elle n’est que de 36 ans au Zimbabwe. Ces disparités sont perceptibles au sein même de l’Union Européenne : il y a six ans de différence d’espérance de vie entre l’Ouest et le Centre et dix ans entre l’Ouest et l’Est.

A l’allongement de la vie vient s’ajouter la baisse du taux de fécondité, perceptible dans tous les pays et notamment au Mexique où il est passé de 7 enfants par femme dans les années 70 à 2 aujourd’hui. Le ministre mexicain de la Santé, Julio Frenk, ne considère pas le vieillissement comme un problème en soi mais préconise « d’institutionnaliser l’aspect social de ce phénomène global. »

Pour un pays comme le Mexique, et pour tous ceux qui vont se retrouver tôt ou tard confrontés au vieillissement de leur population, il convient de pouvoir profiter de l’expérience des pays riches, d’autant plus que chez eux, le processus est accéléré : « Ce que le Royaume-Uni a connu en cent ans, le Mexique l’a connu en quinze ans. », constate le ministre. La situation y est particulièrement complexe en raison des inégalités sociales et d’un taux important de travail non déclaré.

L’intervention de l’Etat et l’instauration d’une politique sociale est primordiale pour instaurer une couverture sociale universelle et faire face à un phénomène démographique qui, selon M. Frenk, « reflète le progrès de notre société mais suppose une prise en charge adéquate de la vieillesse. »

« Seule la coopération entre le secteur privé, les organisations non gouvernementales et le gouvernement peut créer un système de soins accessible à tous et de qualité et par là même répondre aux besoins de la vieillesse », selon Henry McKinnell, président et Directeur Général du groupe pharmaceutique Pfizer.

« Si on parvenait à stopper le cancer et les maladies cardiovasculaires, la société américaine gagnerait 1 000 milliards de dollars », annonce-t-il comme pour démontrer que le coût des dépenses de santé pourrait être réduit. Il rejoint ainsi Mme Forette dans sa conception économique en affirmant que « dans notre société, la santé crée des richesses. » D’une part, la recherche pharmaceutique et l’innovation médicale entraîne des coûts importants mais d’autre part, elles permettent de réduire les dépenses liées aux soins des personnes âgées.

Et ces coûts, relatifs aux invalidités et aux soins donnés en fin de vie, ne cessent d’augmenter, comme l’a fait remarqué Karen Poutasi, du ministère de la Santé de Nouvelle-Zélande. « Bien qu’ayant une population relativement jeune, la Nouvelle-Zélande tente d’anticiper. C’est maintenant qu’il faut agir », souligne Mme Poutasi. 12% de la population a plus de 65 ans, ils représenteront 25% dans 20 ans.

« La santé est intrinsèquement liée à l’économie, elle n’en est pas moins un but en soi », rappelle Mme Forette. Maintenir les personnes âgées en bonne santé, leur permettre de rester chez elles le plus longtemps possible, mettre en place un service communautaire pour des soins de proximité et les soutenir dans leur vie familiale et dans leur vie de citoyen (comme en Nouvelle-Zélande) contribue à la diminution des dépenses de santé et améliore le niveau général des soins.

Toutefois, la prévention reste bien le leitmotiv de cette conférence. C’est par une bonne hygiène de vie et des traitements adéquats que l’on peut espérer bénéficier d’une vieillesse au mieux de sa forme et comme le déclare M. McKinnell : « que peut-on rêver de mieux que de finir ses jours en bonne santé ? »

Delphine Dujardin © Senioractu.com 2004
France - Forum OCDE, prévention accrue et politiques sociales pour réduire les dépenses de santé


Publié le Jeudi 13 Mai 2004 dans la rubrique Santé | Lu 23163 fois