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France – Exposition « Sun City » : un certain regard sur l’Amérique des seniors


La galerie Kamel Mennour accueille du 21 mai au 20 juin 2004 l’exposition du photographe Peter Granser baptisée « Sun City ». Présentée en Arles et à Paris, il s’agit de sa première exposition ayant exclusivement trait à la vieillesse.

Les photos ont été prises entre le 22 novembre 2002 et le 11 janvier 2003 dans la ville de Sun City, bâtie dans le désert d’Arizona au début des années 60, à quelques kilomètres de Phoenix et réservée aux personnes fortunées de plus de 55 ans.
©Peter Granser

©Peter Granser
Portrait acerbe et cru d’une Amérique vieillissante et superficielle, la photographie met ici à nu la vieillesse dans ce qu’elle a de plus difficilement acceptable.

Les habitants sont présentés dans des situations en apparence anodines (chez le coiffeur, dans leur jardin, avec leur animal familier), autant de manières de mettre en exergue la futilité de leur existence trop bien réglée. Impression renforcée par l’omniprésence d’objets kitsch.

La rigueur et l’organisation de l’espace trouvent leur reflet dans le choix de couleurs très pâles, toujours en accord avec les personnages : les habitants font partis de la ville, ils sont la ville, et cette osmose en devient presque malsaine.

Fasciné par l’esprit communautaire poussé à l’extrême, le photographe ironise sur la tendance qu’à l’Amérique à protéger ses communautés du monde extérieur. Symbole que l’on retrouve par exemple avec la photographie du petit arbre soigneusement protégé par un grillage, isolé de tout.

©Peter Granser
La jeunesse, reflet de ce qui n’est plus, est totalement bannie de Sun City. Le chic mortuaire d’une cité sans âme transpire de chaque cliché, bien que la mort et la maladie ne soient que suggérées (présence d’un fauteuil roulant, de cannes ou vue sur le cimetière pour animaux).

Mais par cette absence de fard, par cette présentation ultra-réaliste qui confère la vision déprimante d’une vieillesse dorée, le photographe laisse paraître une certaine sympathie envers ses sujets. Cette réalité n’est au final que celle imposée par une société qui refuse la fatalité de la vieillesse.

Une chose est sûre, l’exposition ne laisse personne indifférent. Horrifiés par cette Amérique de la superficialité et par le reflet que ces photos leur renvoient de leur propre vérité, les visiteurs ne tarissent pas d’éloges sur un photographe qui a su montrer un des nombreux visages des États-Unis.



Publié le Vendredi 11 Juin 2004 dans la rubrique Culture | Lu 1938 fois