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Senior Actu

France - Entretien avec Mme Hoffman-Rispal, adjointe au maire de Paris pour les personnes âgées

La ville de Paris a édité son guide « l’été des seniors » pour la deuxième année consécutive. La rédaction de Senioractu.com profite de cet évènement ponctuel pour faire un point complet de la politique de la ville à destination de ses 400 000 personnes âgées dans un entretien exclusif avec Mme Hoffman-Rispal.


Nous en sommes à la deuxième édition de ‘l’été des seniors’. Pouvez-vous nous dire quel a été le bilan de l’année dernière et si nous pouvons considérer que ce guide va devenir récurrent ?

Les activités proposées l'été aux seniors ne sont pas une nouveauté. Elles ont toujours été annoncées dans un guide mais nous avons, depuis 3 ans, souhaité les développer et proposer un panel d'activités encore plus varié. Depuis que ces initiatives existent, elles rencontrent un véritable succès : les seniors parisiens attendent toujours avec impatience la sortie du guide qui leur est spécifiquement dédié. Bien entendu, les activités de l'été et le guide ont vocation à être pérennes. Le maire de Paris et moi-même souhaitons donner aux 417.000 seniors de la capitale la possibilité de passer l’été à Paris sans s’ennuyer et leur permettre de redécouvrir leur ville sous un angle convivial.

Quelles sont les principales différences par rapport à l’année dernière ?

France - Entretien avec Mme Hoffman-Rispal, adjointe au maire de Paris pour les personnes âgées
La nouveauté marquante de cette année est l'intégration des seniors au programme de "Paris Plage" où ils y pratiquent du taï-chi, du beach volley et de la pétanque. J’y étais très attachée car il est pour moi fondamental d’intégrer les seniors à ces grands rendez-vous de la capitale que sont "Paris plage" ou "la Nuit Blanche". "L'Université Permanente de Paris" (UPP) présente cette année un programme plus varié et plus complet. Enfin, des randonnées pédestres sont organisées par le Centre d'Action Sociale où les seniors sillonnent la ville à partir de différents thèmes.

Quel est le budget d’un tel programme ? La Mairie utilise-t-elle uniquement des intervenants municipaux ou s’associe-t-elle également au secteur privé ?

Le budget des activités proposées durant l’été s'inscrit dans le budget global des activités culturelles et de loisirs proposés tout au long de l'année. Il représente un coût de 3,335 millions d'euros pour la collectivité parisienne. Pour ces activités, La mairie s'appuie essentiellement sur des intervenants municipaux mais a également des partenariats avec des associations.

Comment réagissent les seniors face à ces programmes ? N'avez-vous pas peur en quelque sorte de les 'ghettoïser' ?

Les seniors que j'ai rencontré se disent plutôt satisfaits de la diversité du programme. Donc non, nous n'avons pas du tout peur de les ghettoïser, bien au contraire. Les activités sportives ont lieu dans les piscines et stades municipaux ou dans le cadre de "Paris Plage" ; les conférences dans des universités parisiennes ; les places de spectacles et les visites au musée qui sont offertes leur permettent d’aller dans les théâtres parisiens et dans les lieux culturels de la capitale en même temps que les autres générations. Par ailleurs, j’ai initié en arrivant une nouvelle pratique : donner la possibilité aux grands-parents qui le souhaitent de bénéficier d’une invitation au spectacle ou au musée pour leurs petits-enfants. D’autre part, les initiations à la pratique de l'informatique et d’internet que nous avons lancées sont aussi un moyen pour les seniors d’avoir accès à des outils qui leur permettent d’entretenir des relations avec les plus jeunes.

AAvez-vous une idée de l’âge moyen des personnes profitant des activités proposées dans le cadre de la politique dédiée aux personnes âgées?

C’est très variable. Je dirai que les plus jeunes (60-70 ans) sont plus réceptifs aux activités sportives et aux activités innovantes du type internet. Les plus âgés (70-90 ans) apprécient peut être davantage les thés dansants sur la Seine, les conférences de l’Université permanente et les places de spectacle. Mais pour ce qui concerne les conférences, elles sont suivies par une tranche d’âge très large puisque certains auditeurs ont 55 ans et d’autres 95 !

Certaines des activités de 'L’été des seniors' pourraient-elles être poursuivies tout au long de l’année ? La ville de Paris a-t-elle de nouveaux projets pour les seniors à la rentrée ?

Mme Danièle Hoffman-Rispal
Des activités telles que les conférences de l'UPP, les randonnées urbaines, les stages d'informatique et l'initiation à Internet ont également lieu tout au long de l'année. A la rentrée, nous lancerons des accès libres à internet pour les seniors ayant suivi les stages de formation. Par ailleurs, à l’occasion de la "semaine bleue", semaine nationale des retraités et des personnes âgées qui a lieu du 20 au 26 octobre, de nombreuses animations à caractère intergénérationnel seront organisées dans l’ensemble des arrondissements parisiens. Et le 23 octobre 2003, de 14h à 20h, nous organiserons dans les salons de l’Hôtel de Ville les premières rencontres parisiennes de la retraite active. Des stands associatifs proposant des activités bénévoles, sportives et culturelles, des conférences sur la préparation à la retraite, sur les bons réflexes à avoir pour prévenir les ennuis de santé liés au vieillissement et des animations (initiation à internet, à la gym douce…) permettront à tous les seniors parisiens d’organiser au mieux leur retraite.

Travaillez-vous sur l’intergénérationnel ? Avez-vous des programmes spécifiques ?

Oui, nous travaillons sur l'intergénérationnel. Je crois en effet qu'il est fondamental pour le maintien du lien social de développer les relations entre les générations. Ainsi, nous avons mis en place un accès à des spectacles gratuits pour les petits enfants des retraités. Nous souhaitons également, lorsque cela est possible, intégrer une crèche ou une halte-garderie dans un établissement accueillant des personnes âgées. A l'occasion de la "Semaine Bleue" 2002, nous avons lancé des jumelages entre des écoles ou centres de loisirs et des clubs ou résidences pour personnes âgées. Lors de l'année scolaire 2003-2004, la Ville de Paris s'associera à la FNG (ndlr : Fondation Nationale de Gérontologie) autour du prix Chronos. A partir d'une sélection d'ouvrages dont les thèmes portent sur la vieillesse, les enfants liront et éliront leur livre préféré. Cette opération permet de sensibiliser les enfants à la problématique de la vieillesse et à travers eux, leurs parents tout en développant le goût de la lecture des plus jeunes. Or, la FNG a constaté que les enfants qui participaient au Prix Chronos étaient souvent désireux de rencontrer des personnes âgées. C’est pourquoi, nous ouvrirons systématiquement nos structures dédiées aux personnes âgées (clubs et résidences) aux enfants des écoles participant au Prix Chronos. La Ville de Paris soutient également le parrainage de jeunes en difficulté d'insertion par de jeunes retraités qui les accueillent dans les missions locales.. Ces retraités issus du monde de l'entreprise ont un rôle clé à jouer auprès de ces jeunes, concernant le monde de l'entreprise, ses codes ou encore sur le déroulement de l'entretien d'embauche. Ils les accompagnent ainsi efficacement dans leur recherche d'emploi.

De manière plus générale quelle importance la municipalité accorde-t-elle aux seniors à Paris ?

J’aurai envie de vous faire ici une seule réponse et elle serait budgétaire : le budget consacré aux personnes âgées à Paris représente 400 millions d’euros soit près de 7 % du budget de la Ville. J’ajouterai également que je suis la première adjointe au maire de Paris en charge des personnes âgées. Sous la précédente municipalité, les dossiers relevant des personnes âgées étaient sous la responsabilité de l’adjointe aux affaires sociales. Donc, je crois pouvoir dire que oui, la nouvelle municipalité accorde une place importante aux seniors, celle que chaque parisien est en droit d’exiger !

Quelle latitude donnez-vous aux mairies d’arrondissement pour l’organisation d’activités dédiées aux seniors ?

Depuis que Bertrand Delanoë a pris des mesures en faveur de la décentralisation, les maires d’arrondissement ont des enveloppes budgétaires leur permettant d’organiser à leur niveau des manifestions culturelles. Aussi, s’ils le souhaitent, ils peuvent financer des opérations pour les seniors. D’une manière plus générale, j’essaie de les associer le plus systématiquement possible aux projets que nous mettons en œuvre.


Peut-on dire que Paris est une ville « vieillissante » ?

Oui, mais la tendance s’inverse, de nouveaux retraités étant tentés de quitter notre ville pour la province. C’est aussi pour éviter ces départs que je suis très attentive aux activités qui sont proposées par la ville aux seniors, que nous avons trois projets de résidence-retraite en cours, que nous travaillons sur l’adaptabilité des logements sociaux, etc.

Combien de personnes travaillent-elles sur le sujet des seniors à la mairie de Paris ?

On compte pour le seul secteur "personnes âgées", plus de 4 000 fonctionnaires mais également 3 000 salariés du secteur associatif qui réalisent chaque année plus de 3,3 millions d’heures de soutien à domicile.

Dans le traitement des activités, faites-vous une différence avec les seniors (tout justes retraités) et les personnes âgées ? Ne pouvant pas leur proposer les mêmes activités, avez-vous des projets bien spécifiques pour ces deux catégories ?

Bien sûr que nous faisons une différence ! C’est pour cela notamment que j’ai souhaité une réorganisation des clubs pour personnes âgées gérés par la ville qui est actuellement en cours. Elle devrait aboutir à la création de 15 nouveaux clubs spécifiquement dédiés aux jeunes retraités. C’est dans ces clubs qu’auront lieu les stages d’informatique, les stages de langue et les accès libre à internet. Je souhaite également que soient organisées des permanences associatives pour permettre aux retraités qui le souhaitent de s’investir dans des missions bénévoles. Les clubs de proximité qui proposent goûters et rencontres d’amitié seront, bien entendu maintenus, justement pour répondre aux souhait des plus âgés. Je suis également attentive aux animations proposées dans les résidences. Nous travaillons aussi à la mise en place d’activités culturelles au domicile en partenariat avec les associations de soutien à domicile.

Travaillez-vous avec des consultants seniors pour l’élaboration de vos projets ?

Pas au niveau des activités que nous proposons. Mais nous avons travaillé avec un cabinet spécialisé pour le projet social que nous avons lancé dans les résidences. Ce cabinet a commencé son travail par une écoute attentive des personnels, des résidents et de leurs familles. Cette approche novatrice de dialogue et de confrontation s’achèvera en septembre prochain. Elle devrait déboucher sur des préconisations qui devraient permettre une amélioration dans la qualité du service rendu.

Ces personnes âgées qui vivent à Paris depuis des années, certaines probablement depuis la fin de la deuxième guerre mondiale sont un peu la mémoire vivante de la capitale ? Elles ont vu la ville changer, évoluer… Comment transmettre ce patrimoin

C’est justement pour que les personnes âgées puissent transmettre cette part de notre mémoire collective qu’elles portent toutes en elles que j’ai voulu que se développent les liens entre les générations. Grâce aux jumelages que nous avons mis en œuvre, les personnes âgées apprennent beaucoup aux enfants. Dans plusieurs arrondissements, des visites ont permis aux seniors de raconter aux jeunes comment était leur quartier quand ils étaient enfants, à leur dire à quoi ressemblait l’école il y a 60 ans… Par ailleurs dans le cadre des manifestations organisées en l’honneur de la journée internationale de la femme par la Mairie, nous avons fait appel à un collecteur de mémoire qui à fait s’exprimer publiquement des parisiennes âgées sur l’évolution du rôle et du statut de la femme au cours du 20ème siècle. Ces paroles doivent d’ailleurs prochainement être publiées par la Mairie et transmises dans les écoles et les collèges. Le 8 mars 2004, j’aimerais organiser des débats entre femmes âgées et jeunes filles autour du thème de la place de la femme.

Propos recueillis par Jean-Philippe Tarot


Publié le Lundi 18 Août 2003 dans la rubrique Social | Lu 1771 fois