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Senior Actu

France - Entretien avec Françoise Forette de la FNG


Comment vieillir en bonne santé ?

Différents facteurs permettent de vieillir en bonne santé. Il faut souligner tout d'abord que les facteurs socio-économiques qui expliquent les différences nord-sud, ont aussi une incidence au sein même de nos sociétés. Selon la classe sociale à laquelle on appartient, on ne vieillit pas de la même façon et on ne meurt pas au même âge. Les liens familiaux ont également leur importance. Être entouré et soutenu par sa famille, cela compte. Il faut aussi avoir une image positive du vieillissement. Souvent, on assimile le vieillissement à une sorte de régression, physique, mentale et sociale. J'ai été récemment très choquée par un reportage télévisuel sur les manifestations de l'éducation nationale. On y entendait une enfant dire " je ne veux pas que ma maîtresse soit une mémé ". Ce genre de propos est révélateur de l'idée que l'on se fait de la vieillesse dans nos sociétés occidentales. Il y existe un certain racisme anti-âge que l'on doit combattre. Pour promouvoir le " bien vieillir ", on doit savoir donner un rôle social aux seniors et leur permettre d'être responsable de leur destin. Il faut donc favoriser le droit au travail après 60 ans pour les personnes qui le souhaitent.
D'une manière générale, le bon vieillissement dépend de l'hygiène de vie depuis l'enfance : bien manger, bien dormir, faire du sport, être serein…

Quelles sont aujourd'hui les principales maladies qui touchent les seniors ?

La plupart du temps, ils sont confrontés à des maladies cardio-vasculaires, cérébro-vasculaires, à l'ostéoporose -une fragilisation des os- et donc à des fractures, à l'incontinence, au cancer, à des troubles neurosensoriels et de plus en plus à des cas de démence, en particulier à la maladie d'Alzheimer. Celle-ci pourrait concerner plus d'un million de français d'ici 20 ans.

Quels progrès peut-on faire dans leur prévention et dans leur prise en charge ?

Beaucoup de progrès restent à faire dans leur prévention. Par exemple, l'hypertension artérielle -HTA- est un facteur de risque insuffisamment pris en charge dans notre pays. On sait que le traitement de l'HTA réduit de 30 à 40% le risque d'accident vasculaire cérébral et de 25 à 30% celui de maladies cardiaques. Pourtant en France, 50% des cas ne sont pas diagnostiqués, 50% des HTA diagnostiquées ne sont pas traitées et 50% des traitements sont insuffisants.

Vous êtes particulièrement attachée à la recherche sur l'Alzhiemer. Où en sont les recherches ? Peut-on espérer l'arrivée prochaine d'un vaccin ?

Avec l'allongement de la vie, les cas d'Alzheimer sont de plus en plus nombreux. Les facteurs de risques sont multiples. Il y a bien sûr l'âge, mais aussi le sexe -les femmes sont les plus touchées-, le niveau d'éducation -plus on a été à l'école, moins on a de chances de développer la maladie-, les facteurs génétiques, les déficits cognitifs légers et enfin les facteurs vasculaires.
On a fait beaucoup de progrès dans la prévention de cette maladie et on peut espérer un vaccin d'ici à quelques années. Les œstrogènes, les anti-inflammatoires, les antiradicalaires -comme la vitamine E- et les statines qui abaissent le cholestérol sont des pistes de prévention mais qui doivent être confirmées par des études en cours. Deux études ont apporté de grandes avancées. L'étude Syst-Eur a démontré que le traitement de l'HTA réduit de 50% le risque de démence et en particulier de maladie d'Alzheimer. L'étude Progress a quant à elle démontré que le traitement de l'HTA réduit de 36% le risque de démence lié à une récidive d'accident vasculaire cérébral. Ces études montrent que la prévention est possible et efficace.

Ne peut-on aller plus loin et agir sur les mécanismes mêmes de la maladie d'Alzheimer ?

Deux approches sont actuellement testées. Elles sont basées sur l'hypothèse de l'amyloïde : c'est la production anormale de la protéine amyloïde qui est à l'origine de la maladie d'Alzheimer. En se déposant dans le cerveau, l'amyloïde enclenche le processus de création des lésions cérébrales. La première étude teste l'efficacité d'inhibiteurs des enzymes qui transforment le précurseur normal en protéine anormale neurotoxique. La seconde approche étudie la possibilité d'un vaccin par la protéine amyloïde grâce à des tests sur des souris trans-géniques. Cette immunisation provoquerait une réaction immunitaire massive qui empêcherait la formation des lésions. Les résultats sont spectaculaires sur les souris. Malheureusement les tests sur les humains que nous avons conduit de façon simultanée à l'échelon mondial ont été interrompus à cause d'effets secondaires graves, mais il s'agit néanmoins d'une piste très prometteuse.

Comment peut-on influencer l'ensemble des facteurs du vieillissement ?

Les clés d'une longévité chaleureuse et en bonne santé sont diverses.
Il faut développer la recherche mais aussi l'information de la population et la formation des médecins sur les moyens de préventions. Il faudrait aussi réduire les inégalités entre les classes sociales et créer une prestation autonomie équitable, c'est-à-dire calculée en fonction du handicap et non de l'âge.

Vous parliez tout à l'heure d'un certain racisme anti-âge. Comment l'expliquez-vous ?

Notre société s'est construite sur l'idée " soixante huitarde " que ce sont les jeunes qui apportent dynamisme, productivité, création, etc. Cette idée est très ancrée dans les mentalités. Cela nous oppose aux pays en développement où on respecte davantage la vieillesse. Les échanges intergénérationnels y sont plus forts et les jeunes profitent beaucoup plus du savoir transmis par les seniors. Aujourd'hui que les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses, les mentalités doivent évoluer.

Justement, les seniors étant de plus en plus nombreux, ne pensez-vous pas que cette tendance va s'inverser ?

C'est une éventualité. Il est vrai que dans l'avenir, les jeunes seront en quelques sortes " au service des seniors ", les seniors auront le pouvoir. Il se peut qu'il en découle un certain mépris pour les jeunes. Mais j'espère vraiment que l'on arrivera à trouver un équilibre entre ces deux extrêmes. Le développement social, économique et culturel de notre société ne peut se faire sans échanges inter générations. Il faut admettre que dans une entreprise, une institution, il puisse y avoir des jeunes et des moins jeunes. Il s'agit de donner sa place à toutes les générations qui vivent ensemble dans ce pays.


Publié le Jeudi 15 Mai 2003 dans la rubrique Divers | Lu 1607 fois