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France - Enquête sur la relation possible entre l'aluminium et la maladie d'Alzheimer 1/3


Lundi 22 mars. Alors que nous célébrons aujourd’hui la douzième Journée Mondiale de l’Eau, un livre intitulé « Requiem en eau trouble », paru en février dernier dans la collection « Polar Santé », relance l’hypothèse selon laquelle il pourrait exister une relation entre le taux d’aluminium contenu dans l’eau du robinet et le développement de la maladie d’Alzheimer.

Chronologie des faits :

Il semblerait que ce débat soit apparu le 14 octobre 1998 dans un article de France-Soir lorsque les résultats de l’étude Paquid (Quid Sur Les Personnes Agées) menée par l’unité 330 de l’INSERM ont été annoncés. Cette enquête, qui a durée de 1988 à 1998, avait été réalisée sous la direction du Professeur J.F. Dartigues et de Madame P. Barberger-Gateau. Elle avait pour objectif de « décrire l'évolution du fonctionnement cérébral après 65 ans, le nombre de démences séniles et en particulier de maladie d'Alzheimer ainsi que leurs déterminants et leur évolution en terme de dépendance et d'entrée en institution ». Elle fût menée sur 4 134 personnes âgées de 65 ans et plus, vivant à domicile ou en institution tirées au sort, dans les départements de la Gironde et de la Dordogne. Ce premier département avait été choisi car la distribution d'âge de la population était proche de celle de la France, quant à la Dordogne il s’agissait du département dont l'âge moyen de la population était le plus élevé de France. Ainsi « le très bon taux de participation (70%) avait permis l'extrapolation des résultats à la France entière ». Cette étude concluait que les habitants dont l’eau du robinet possède un taux de 100 microgrammes d’aluminium par litre couraient deux fois plus de risque de développer la maladie d’Alzheimer ». Le ministère de la Santé de l’époque avait semble-t-il demandé à ce que les résultats soient vérifiés…

Le débat est relancé quelques temps plus tard, en juillet 2000, lorsque cette même étude est publiée par l’ « American Journal of Epidemiology ». Un article du 16 août 2000 du Canard Enchaîné « A l'eau, à l'eau, il y a de l'alu dans les tuyaux » rédigé par Louis Colvert, cite l’étude et le taux de 100 microgrammes par litre, en ajoutant : « pas très rassurant si l'on sait que les normes européennes tolèrent dans l'eau potable jusqu'à 200 microgrammes par litre... Et que ce seuil est lui-même allègrement dépassé ». Le journaliste du Canard souligne par ailleurs que « dans un rapport sur la qualité des eaux d'alimentation daté d'octobre 1998, la Direction générale de la santé (DGS) notait que 90 unités de distribution d'eau avaient enregistré des dépassements, dont la moitié avoisinaient les 600 microgrammes par litre. Et de façon chronique ! ».

Cependant des enquêtes contradictoires ont depuis été réalisées, comme une des plus récentes, celle du Sénat, datant de novembre 2003, qui conclut : « des études ont été conduites aux Etats-Unis, puis en France, sur ce sujet. Sans résultat irréfragable. En premier lieu, les études sont controversées. L'étude française dite ALAMA- (Aluminium- Alzheimer), est un volet d'une étude plus globale menée par l'INSERM dite « cohorte paquid » -ndlr : il s’agit de l’étude mentionnée ci-dessus- visant à étudier le vieillissement cérébral après 65 ans. La conduite de l'étude s'est heurtée à de nombreuses difficultés (double démarchage à domicile d'un psychologue, puis d'un neurologue, refus des familles de prélever des tissus dans le cerveau des défunts, faible nombre de communes -4- distribuant des eaux chargées à plus de 100 ug/l, faible nombre de cas de démence -17- identifiés....). L'étude a donc souffert d'une très faible puissance statistique. Les conclusions sur de si faibles échantillons peuvent être discutables », souligne le rapport en ajoutant « en second lieu, les résultats sont contradictoires. Les premières études américaines en 1989, suggérant un risque en relation avec l'aluminium de l'eau de boisson, ont été infirmées quelques années plus tard. L'étude française conclut que « les sujets vivant dans les communes distribuant une eau supérieure à 100 ug/l auraient deux fois plus de risques de développer la maladie, (mais une eau riche en silice réduit voire annule le risque) et toutes les personnes exposées à l'aluminium ne développent pas la maladie ; (...) la prédisposition génétique paraît plus importante que les facteurs environnementaux et, un seul facteur environnemental tel que la présence d'aluminium dans l'eau n'est pas une explication suffisante ». Le rapport rappelle enfin « que l'eau de boisson ne constitue que 5 % de l'apport d'aluminium quotidien alors que 95 % sont issus de l'alimentation.

Suite dans l'édition de demain :
Du traitement des eaux par l'aluminium
France - Enquête sur la relation possible entre l'aluminium et la maladie d'Alzheimer 1/3


Publié le Lundi 22 Mars 2004 dans la rubrique Santé | Lu 1660 fois