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Senior Actu

France – Depuis 25 ans, des seniors bénévoles aident les entreprises en difficultés

Depuis un quart de siècle, l’association EGEE (Entente des Générations pour l’Emploi et l’Entreprise) constituée par des seniors bénévoles qui sont pour la plupart d’anciens cadres dirigeants, s’inscrit dans une perspective de « bénévolat économique à finalité sociale ». En clair, ses 2.500 conseillers oeuvrent pour « la sauvegarde et le développement de l’emploi » en venant en aide et en accompagnant les PME/PMI, les créateurs d’entreprise, les pouvoirs publics, les jeunes et les chômeurs, etc.


Comme le souligne d’entrée de jeu Bernard Souny président d’EGEE, la retraite n’est pas toujours une période facile. Au départ tout se passe bien : on classe ses papiers, on repeint ses volets, on s’occupe du jardin… Puis, au bout de quelques mois, l’envie de travailler, d’exercer une activité prend le dessus. « C’est important de se trouver alors de nouveaux pôles d’intérêt pour ne pas se replier sur soi-même » indique M. Souny.

C’est ainsi que depuis 1979, EGEE met en place, au fil des ans, un réseau d’entraide entre retraités et dirigeants de PME, artisans, associations, élus locaux, jeunes, chômeurs, etc. Lancée au départ dans la région PACA, l’association s’est rapidement étendue à l’ensemble de la France, puis sur les DOM et maintenant vers l’étranger.

Concrètement, l’intervention des conseillers est facturée par un montant symbolique qui permet à l’association de couvrir ses frais de structure et de fonctionnement. En revanche, les conseillers sont totalement bénévoles et se voient uniquement rembourser de leurs frais de mission. Toutefois, EGEE propose aussi des sessions gratuites d'accueil et d'orientation aux porteurs de projet dans les Maisons de l'emploi, les Espaces commerce et artisanat, les Chambres de commerce ou encore l'Anvar.

« Il est impératif que nous nous tenions informés sur ce qui se passe dans le monde, je lis les journaux tous les matins » précise M. Souny, mais il est aussi indispensable que nos conseillers continuent de se former, de manière à ne pas être en déphasage avec le monde de l’entreprise. Ainsi, l’association comptabilise chaque année, 12.000 jours de formation interne qui permettent aux bénévoles de rester à niveau.

Actuellement EGEE dispose de 2.500 conseillers, anciens cadres issus d’horizon très divers, qui apportent leurs expertises respectives dans différents domaines. Forts de leur expérience passée à des postes à haute responsabilité, ils émettent des diagnostics et des préconisations pour aider les chefs d’entreprise dans leurs missions quotidiennes et ce, quelque soit le domaine d’activité, de la logistique à la comptabilité, du textile au bois, de l’agro-alimentaire à l’assurance… « Il est très rare que nous ne puissions pas répondre à une demande. Si nous n’avons pas le conseiller adéquat sur place, il existe généralement dans l’une de nos délégations », précise l’un des responsables de cette organisation.

Toutefois, EGEE s’est fixé une ligne de conduite claire dès sa création : ne jamais concurrencer le secteur marchand (cabinets d’expert-comptable, d’avocats, etc…). L’action se limite donc aux PME n’ayant pas les moyens financiers nécessaires pour s’offrir les services de ces sociétés de conseils. De plus, nos experts seniors ne sont pas là pour se substituer aux chefs d’entreprise. « Ils ont un effet miroir. Lorsqu’une personne expose l’un de ses problèmes, cela lui permet dans le même temps d’y voir plus clair » indique Bernard Souny.

Même si en 25 ans d’existence, EGEE a su convaincre pouvoirs publics et partenaires de renom pour apporter ses connaissances et ses conseils, M. Souny déplore le peu de prise en compte de leur action par ces mêmes pouvoirs publics. Il évoque « une écoute sympathique » et souligne que contrairement aux Pays-Bas ou à l’Allemagne, où l’apport des ces experts seniors est pleinement pris en compte, ce n’est pas le cas en France. Il prend pour exemple, le cas du Programma Uitzending Managers (PUM), l’équivalent de l’EGEE aux Pays-Bas, qui est hébergé sur deux étages, dans le siège du « Medef Hollandais ».

Rappelons que ce type d’organisations existe dans la plupart des pays de l’Union Européenne. Elles se sont d’ailleurs regroupées il y a quatre ans, à la demande de Bruxelles, sous le nom de The Confederation of European Senior Expert Services (CESES)

En ce qui concerne la France, on peut citer deux autres associations qui oeuvrent dans le même esprit que l’EGEE. ECTI, qui intervient principalement sur des problèmes techniques en Amérique du sud et dans l’Asie du sud-est et Agir qui est plus tournée vers l’humanitaire et travaille principalement avec l’Afrique.

L’EGEE est par ailleurs conscient du choc démographique que va connaître notre société dans les dix prochaines années. En effet, compte tenu du phénomène du « papy-boom », ce sont 500.000 entrepreneurs qui vont prendre leurs retraites dans les années à venir. D’où l’implication de l’association dans la transmission d’entreprise, mais elle envisage aussi depuis peu, d’intervenir en amont auprès des DRH, de manière à préparer la sortie des pré-retraités du monde du travail et d'organiser leur transition vers la retraite.

Enfin, à l’occasion de ses 25 ans, l’EGEE a décidé de procéder à un sondage interne visant à connaître un peu mieux ses conseillers. Sur 2 936 questionnaires anonymes envoyés, 1736 ont été retournés. Globalement, ces experts seniors se lancent dans l’aventure « pour se rendre utile » (26%) ; pour utiliser leurs compétences (21%) et par besoin d’action (17%). Presque 88% d’entre eux se disent très satisfaits ou satisfaits de leur activité. Et M. Souny de conclure « pour des seniors, quelle magnifique opportunité de rester ainsi témoins actifs d’une société dans laquelle, ils ont, bien sûr, encore toute leur place ! »

L’association en quelques chiffres : un réseau national de 2.500 conseillers qui représentent 43.000 jours d’activités et 27.000 jours de missions par an et un budget de presque deux millions d'euros. L’EGEE est présente dans toute la France par le biais de ses 23 délégations régionales et ses 96 délégations départementales. Même s’il n’y a pas réellement d’âge limite, on estime que le « taux de longévité » d’un conseiller est en moyenne de six ans. Le turnover des bénévoles s’élève à 15/20% par an, ce qui permet un brassage et un renouvellement des équipes réguliers.

Les femmes sont encore très peu représentées, puisque l’association ne compte qu’une trentaine de conseillères, principalement dans le domaine de la communication. Toutefois, on peut imaginer que l’arrivée à l’âge de la retraite des nombreuses « baby-boomeuses » à partir de 2007 devrait faire évoluer cette situation. Ce sera juste un peu difficile pour les premières, qui devront alors, intégrer une structure résolument masculine.

EGEE (Entente des Générations pour l’Emploi et l’Entreprise)
15 avenue de Ségur
75007 Paris
tél : 01 47 05 57 71
fax : 01 47 05 67 16
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Bernard Souny © Jean Philippe Tarot


Publié le Jeudi 3 Mars 2005 dans la rubrique Emploi | Lu 4790 fois