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France – Canicule : la gestion a été défaillante


« Le drame de la canicule : une gestion déficiente révélatrice d’une crise structurelle » : tel est le titre du rapport, présenté officiellement le mercredi 3 mars lors d’une conférence de presse, de la commission d’enquête parlementaire sur les conséquences de la vague de chaleur qui a fait, en août dernier, près de 15 000 victimes en France.

Le rapport, adopté le 25 février à la suite de six mois d’auditions, et dont les conclusions ont déjà été largement dévoilées par la presse la semaine dernière, met en évidence une responsabilité collective, dont de graves anomalies dans le domaine de la veille et de l’alerte, le cloisonnement entre le sanitaire et le social, les dysfonctionnements du ministère de la Santé, mais aussi le regard que la société porte sur les personnes âgées. La commission, présidée par Claude Evin (PS), a également énuméré 52 propositions pour éviter qu’un tel phénomène se reproduise.

Car, selon le rapport, l’été 2003, caractérisé par des températures très élevées et une longueur exceptionnelle de la canicule, est susceptible de se reproduire à cause du réchauffement climatique. La canicule de l’année dernière a, en tout cas, entraîné 14 947 décès entre le 1er et le 18 août (selon les dernières estimations de l’INSERM). En dressant le profil des victimes, la commission a établi que le grand âge, l’état de santé et de dépendance avaient joué un rôle aggravant. La surmortalité a surtout frappé les personnes âgées de plus de 75 ans, notamment les femmes.

Le phénomène dramatique de l’été dernier est surtout urbain, avec une forte concentration sur les régions Île-de-France et la Bourgogne, a précisé le rapporteur de la commission François d’Aubert (UMP). Quant à la localisation des décès, 42% ont eu lieu dans les hôpitaux, 35% à domicile, et 19% dans les maisons de retraite. La concentration de la surmortalité sur les grandes villes met en cause l’isolement des personnes âgées dans ces milieux où le lien social entre générations est distendu et les relations de voisinage rares.

Le risque était pourtant envisageable, mais il n’y a pas véritablement eu d’anticipations ni d’analyses par les services en charge de la sécurité sanitaire, affirme le rapport. Il s’est déjà produit des canicules dramatiques, comme celle en 1976 qui avait fait six mille victimes. Peu d’études ont cependant été faites. Les conditions ne sont certes plus les mêmes qu’il y a trente ans, où il y avait beaucoup moins de personnes âgées. En effet, la société française vieillit (aujourd’hui les Français de plus de 65 ans représentent 16% de la population totale) : un phénomène qui n’a pas été suffisamment pris en compte.

Quoi qu’il en soit, le système de veille et d’alerte s’est révélé inefficace face à la canicule, estime le rapport. En cause : un Institut de Veille Sanitaire (InVS) qui « n’a pas du tout joué son rôle » ; l’insuffisante remontée d’information des directions départementales des Affaires sanitaires et sociales (DDASS) ; une direction générale de la Santé (DGS) « inconsciente de la gravité de la situation ». Sans oublier que les signaux d’alarme tirés par les sapeurs-pompiers n’ont pas été exploités. Dans tous les cas, la communication a été « insuffisante et tardive, en interne et en externe, et les messages d’en haut ont été beaucoup trop faibles », a estimé le rapporteur lors de la conférence. En clair : les administrations du ministère de la Santé n’ont pas adopté un mode de fonctionnement suffisamment coopératif et coordonné.

Les difficultés structurelles du système médico-social et sanitaire ne sont pas en reste : sont ainsi mentionnés des dysfonctionnements dans la planification des capacités d’hospitalisation et de la gestion de la « fermeture » de lits ; un sous effectif en personnels de soins, notamment en période estivale ; une prise en charge gériatrique à améliorer ; un nombre de places en établissement insuffisant ; la sous médicalisation de certaines maisons de retraite etc.

Afin d’éviter qu’un tel drame se renouvelle, la Commission a dressé une liste de propositions. En amont, il faudrait élaborer des plans « canicules » sur le modèle des plans « grands froids », développer la recherche scientifique française et européenne sur les conséquences sanitaires des phénomènes climatiques extrêmes, prévoir des salles climatisées dans chaque établissement pour personnes âgées etc. En matière d’alerte, c’est le préfet qui devrait jouer un rôle d’interface incontournable entre les administrations et le terrain. La réforme des administrations du ministère de la Santé mais aussi des hôpitaux (par exemple accélérer la création de la filière gériatrique hospitalière) se trouvent également sur la liste. Tout comme la modernisation du système de soins et la réforme du secteur médico-social. Enfin, le vieillissement de la population doit être pris en compte : en sensibilisant les jeunes au lien intergénérationnel, en développant la téléalarme au domicile des personnes âgées et en identifiant celles qui vivent isolées à leur domicile.

Pour en savoir plus :
Rapport d'enquête
France – Canicule : la gestion a été défaillante


Publié le Jeudi 4 Mars 2004 dans la rubrique Divers | Lu 707 fois