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France – Canicule : La moitié des victimes avaient plus de 80 ans et vivaient isolées


La moitié des personnes décédées à Paris lors de la canicule meurtrière de l’été dernier avaient plus de 80 ans et la grande majorité vivaient seules, souvent dans une seule pièce au dernier étage, démontre une étude présentée mi-mars à l’Académie Nationale de Médecine par Dominique Lecomte, directrice de l’Institut Médico-Légal (IML) de Paris, et Dominique de Penanster, médecin inspecteur général de santé publique.

Selon la communication scientifique de cette présentation, parue dans le bulletin (n°3, 2004), de l’Académie de médecine, et intitulée « Population domiciliée à Paris, décédée durant la canicule 2003, et examinée à l’Institut Médico-Légal », les éléments majeurs du drame étaient l’isolement de ces personnes et leur lieu de vie.

Sur 452 victimes qui se sont éteintes à leur domicile à Paris intra-muros en août 2003 et qui ont été transportées à l’IML, 88% vivaient seules : une sur quatre n’avait plus aucune relation familiale, amicale ou sociale.

Elles étaient nombreuses (41%) à habiter un logement composé d’une seule pièce, et dans 12% des cas, la superficie ne dépassait pas 10m². Elles étaient logées souvent dans les derniers étages, sous les toits, où régnait une chaleur insupportable. Un autre élément aggravant de leur isolement : la moitié seulement avaient à leur disposition un ascenseur.

L’âge était un facteur de fragilisation important : près de la moitié des personnes étudiées avaient plus de 80 ans, et les deux tiers avaient plus de 70 ans. La part des femmes était majoritaire.

On remarque que près d’un quart des victimes étudiées étaient porteuse de surpoids, et 12% étaient obèses. Par ailleurs, une majorité avait des antécédents médicaux clairement identifiés. Parmi les états pathologiques le plus souvent signalés : les affections psychiatriques, souvent liées au syndrome dépressif, et les affections cardiovasculaires.

Qui a donné l’alerte ? En premier, il s’agissait d’amis ou de voisins, suivis par la famille, résidant généralement en province et inquiétée par le silence de leur aîné, puis des travailleurs médicaux et sociaux. Mais la découverte du corps a rarement été faite par la famille et les amis qui préféraient appeler les services de secours. Souvent c’est aussi le gardien qui a réalisé la découverte.

Quelle serait donc la solution au problème de l’isolement et de la fragilité des personnes âgées, qui en ont fait la cible privilégiée de cette crise ? Les scientifiques proposent une politique de proximité, de sorte que lors de tout événement climatique chacun puisse être visité régulièrement par une personne capable de donner l’alerte. Il est nécessaire et urgent de réfléchir à l’élaboration d’un protocole de mobilisation à la moindre alerte : l’improvisation et la bonne foi ne suffisent pas, concluent les scientifiques.

Selon les chiffres de l’INSERM, la canicule inédite en France de l’été dernier a coûté la vie à près de 15 000 personnes entre le 4 et le 18 août 2003.
France – Canicule : La moitié des victimes avaient plus de 80 ans et vivaient isolées


Publié le Mercredi 31 Mars 2004 dans la rubrique Divers | Lu 490 fois