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Financement des retraites : les Européens prennent cet enjeu au sérieux… mais ne font pas grand chose

À l’heure où les évolutions démographiques soulèvent des enjeux colossaux en termes de financement des retraites, une récente étude réalisée par TNS Sofres pour le compte de Fidelity International permet de mieux appréhender la façon dont les Européens anticipent et préparent le financement de leur retraite.


Premièrement, indique cette étude réalisée dans huit pays européens en septembre dernier, la majorité des Européens semble « consciente des enjeux de la retraite, mais s’y prépare difficilement ». Ils ont besoin d’être fortement accompagnés pour se préparer financièrement à la retraite et en particulier par les employeurs qui seront amenés à jouer un rôle croissant. En France, notamment, le passage à l’acte demeure difficile.

Même si le niveau de conscience et de préoccupation varie d’un pays à l’autre, la majorité des Européens prend l’enjeu de la retraite au sérieux

Les Européens sont conscients du désengagement progressif de l’Etat-Providence : la plupart pensent que le niveau de leur retraite sera inférieur au niveau actuel (en général au moins deux-tiers d’entre eux : Allemagne : 92% - Autriche : 86% - France : 84% - Suisse : 72% - Suède : 69% - Pays-Bas : 68%), voire souvent très inférieur.

Ils se disent préoccupés par la préparation financière de leur retraite : Allemagne: 84% - Autriche: 73% - Italie et Suisse: 68% - France: 58% - Suède: 53%.

L’Espagne est le seul pays qui réagit différemment : 59% ne se sentent pas particulièrement préoccupés par cet enjeu et 57% pensent que le niveau de leur retraite restera le même (29%), voire augmentera (28%) par rapport à aujourd’hui. Cette attitude semble être plus due à un manque d’information qu’à une situation plus confortable en Espagne. En effet, l’étude de TNS Sofres montre par ailleurs que l’Espagne apparaît comme l’un des pays européens les moins bien informés sur la préparation de la retraite. .../...

Malgré une forte prise de conscience, le passage à l’acte est souvent difficile. Les contextes nationaux jouent un rôle très important : rôle des employeurs, niveau d’information, accompagnement existant

Bien que la grande majorité des Européens estime que la préparation financière de la retraite est quelque chose que tout le monde devrait faire (de 80% à 8 % selon les pays), la préparation effective de la retraite d’un point de vue financier dépend de plusieurs facteurs :

- Systèmes existants en entreprise : la préparation de la retraite s’appuie-t-elle sur des programmes proposés par les employeurs ou nécessite-t-elle une recherche et une forte implication personnelle ? Dans certains pays, comme la Suède, les Pays-Bas et la Suisse, nombreux sont les citoyens qui peuvent compter sur des plans retraite proposés par leur employeur. Cette approche est moins développée dans le reste de l’Europe.

- Niveau d’information actuel : il varie grandement à travers l’Europe. C’est à ce niveau que l’on retrouve la « traditionnelle » séparation entre le Nord et le Sud : les pays d’Europe du Nord se sentent mieux informés sur la préparation financière de la retraite (environ les trois-quarts se sentent bien informés) que les pays d’Europe du Sud (environ 40%). Une exception dans les pays nordiques : la Suède, où seuls 57% se sentent bien informés.

- Opinion à l’égard des “sacrifices” demandés : les Européens estiment-ils que la préparation financière de la retraite prend beaucoup de temps ? Pensent-ils que cela les oblige à se serrer la ceinture ? Oui, assez souvent : les Suédois, Allemands, Français et Espagnols estiment que cette préparation est chronophage. Une majorité a réduit certaines dépenses (telles que cigarettes, vêtements, loisirs…) afin de préparer sa retraite financièrement en Allemagne, Suisse, France, Italie et Espagne. Et dans tous les pays, la plupart de ceux qui ont l’intention de préparer leur retraite sont prêts à réduire leur consommation à cet effet (en moyenne, 90 % de ces personnes).

- Evaluation personnelle des besoins futurs : curieusement, de nombreux Européens qui préparent financièrement leur retraite n’ont pas vraiment calculé la somme d’argent qu’ils mettent de côté : en moyenne autour d’un tiers d’entre eux seulement (et jusqu’à la moitié en Suède). De plus, les Européens ont tendance à construire leur plan retraite à partir de critères personnels et affectifs plutôt que rationnels : proximité/qualité du contact avec la banque ou le banquier, produits faciles à comprendre. La performance est souvent secondaire.

« Aujourd’hui, les pays les mieux préparés sont ceux où les habitants ne se sentent pas livrés à eux-mêmes et où les employeurs jouent un rôle majeur en proposant des plans retraite et/ou ceux où les citoyens ont une vision plus complète des aspects financiers à prendre en compte dans la préparation de leur retraite » précise l’étude de la TNS Sofres.

De facto, les pays nordiques ont sans surprise une longueur d’avance, avec au moins 70 % de la population qui ont déjà commencé à préparer leur retraite. Quant au pays d’Europe du Sud, ils en sont encore aux prémices; avec environ seulement un tiers ou plus qui ont commencé à préparer leur retraite.

Cependant, il reste encore beaucoup à faire dans les pays d’Europe du Nord qui ne doivent pas s’endormir sur leurs lauriers : en Suède, 43 % ont le sentiment d’être mal informés sur les enjeux de la retraite, et la moitié de ceux qui ont commencé à préparer leur retraite n’ont en fait pas calculé la somme d’argent qu’ils mettent de côté (taux le plus élevé d’Europe). En Allemagne, la retraite est une source d’anxiété : 50 % déclarent que c’est une chose qui les effraie et 15 % craignent d’avoir à retravailler une fois qu’ils seront à la retraite, pour compléter un revenu insuffisant.

Pour toute l’Europe, nécessité d’intégrer la préparation de la retraite comme une priorité

A travers l’Europe, les conseillers financiers sont la principale source d’information pour la préparation financière de la retraite. Ces derniers sont souvent perçus comme des experts qui ont beaucoup de connaissances et pourraient davantage communiquer avec leurs clients afin d’améliorer la proximité.

Il n’est donc pas surprenant de voir que partout en Europe l’histoire personnelle avec sa banque, la qualité du contact avec le banquier et le fait de se voir proposer des produits adaptés et/ou faciles à comprendre jouent un rôle essentiel dans le choix d’un plan retraite.

Et en France ? Une prise de conscience face à l’enjeu de la retraite s’est amorcée, mais le passage à l’acte reste difficile

Bien que les Français soient tout à fait conscients de l’enjeu, seuls 40% ont commencé à préparer leur retraite. 84% pensent que le niveau de leur retraite sera inférieur au niveau actuel (52% très inférieur) quand ils cesseront leur activité professionnelle. 88% pensent que la préparation de leur retraite est une chose à laquelle tout le monde devait s’atteler.

Et ce taux tombe à 25% chez les plus jeunes (moins de 35 ans). 70% de ceux qui n’ont pas encore commencé à préparer leur retraite ont l’intention de le faire, mais en général pas tout de suite, plutôt dans les années qui viennent.

Une situation issue d’une mixité de facteurs…

Préoccupation moindre : 42% ne se sentent pas préoccupés par l’enjeu financier que représente la retraite et les principales raisons évoquées pour se justifier de ne pas avoir encore commencé à préparer sa retraite, sont –en dehors d’un manque d’argent – le fait qu’ils se sentent trop jeunes pour s’en inquiéter, ou qu’ils préfèrent donner une priorité à l’éducation de leurs enfants.

Manque d’information : 55% se déclarent mal informés (ce taux atteint 72% chez ceux qui ont l’intention de préparer leur retraite). Les deux sources d’information auxquelles ils ont recours montrent des faiblesses : les conseillers financiers –perçus comme des experts un peu trop éloignés de leurs clients– et la famille et les amis –dont la connaissance sur le sujet est somme toute relative. Il n’est donc pas surprenant de voir qu’un tiers de ceux qui n’ont pas encore commencé à préparer leur retraite ne savent pas par où commencer.

Un système qui s’appuie essentiellement sur une démarche individuelle (les trois-quarts de ceux qui ont commencé à préparer leur retraite ont souscrit à des produits financiers et d’épargne à titre individuel). Malgré l’émergence de solutions d’épargne retraite complémentaire au sein des entreprises, seul un tiers de ceux qui ont commencé à la préparer ont ouvert un plan via leur employeur, ce qui est similaire à ce que l’on peut observer en Italie et en Autriche, mais très inférieur aux taux mesurés en Suisse (64%), en Suède (71%), aux Pays-Bas (77%), et même en Allemagne (45%).

Bien plus qu’un état d’esprit particulier

La préparation financière peut être perçue comme consommatrice de temps et agaçante ou embêtante, mais pas plus que dans les autres pays. Les Français sont prêts à faire autant d’efforts financiers que les autres Européens, notamment en termes de réduction de leur consommation.

Cette enquête a été réalisée par téléphone en août et septembre 2006 dans 8 pays européens, auprès d'échantillons représentatifs des populations interrogées : Suède, 525 ; Pays-Bas, 536 ; Allmagne, 524 ; Autriche, 500 ; Suisse, 500 ; France, 567 ; Italie ; 437 ; Espagne, 537


Publié le Mardi 5 Décembre 2006 dans la rubrique Retraite | Lu 6629 fois