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Fils unique de Stéphane Audeguy : les contre-Confessions de Rousseau


Bon sang ne saurait mentir. François Rousseau, le frère de Jean Jacques livre ses confessions. « Voici le seul portrait d’homme, peint exactement d’après nature et dans toute sa vérité qui existe et probablement existera jamais. » Telle aurait pu être l’introduction de cette autobiographie si elle n’avait pas déjà été celle des Confessions du philosophe.
Fils unique de Stéphane Audeguy : les contre-Confessions de Rousseau

En 1794, François, à la lecture des Confessions qui viennent de paraître, constate que Jean Jacques ne mentionne son aîné que trois ou quatre fois. Il se résout alors à écrire les siennes : « Je pensai qu’il serait plaisant d’administrer à ces pompeuses Confessions la correction qu’elles méritaient. »

Il se raconte sans travestir la vérité, sans afféteries. La vérité sur l’affaire du peigne brisé qui a tant meurtri Jean Jacques est dévoilée avec une délicieuse ironie. Il se définit, il est, libertin. Ses aventures galantes en tous genres et en tous procédés sont décrites avec le tact qui sied au XVIIIème siècle.

Comme témoin privilégié, il nous fait assister à l’écartèlement du régicide Damien, à la décapitation de Robespierre, à la prise de la Bastille, à la fête de l’Etre suprême. Il porte un regard critique sur la Révolution pointant la dérive de la philosophie rousseauiste : « Notre Révolution a fini d’accomplir tes rêves. » La Terreur le fait soupirer : « J’avais voulu trouver Sade pessimiste, outrancier. J’en voulais maintenant à l’Histoire de lui avoir donner raison. »

Ces contre-Confessions sont écrites par Stéphane Audeguy qui, en lecteur attentif de Lucrèce, fait là un romain animé d’amertume et de désenchantement.

On ne sait pratiquement rien de la vie de François Rousseau. A partir du peu d’éléments disponibles l’auteur narre une vie parfaitement plausible, riche, cohérente, aux multiples références historiques et sociales. Il est vrai que dans : « La théorie des nuages » (1), son très beau premier roman, Stéphane Audeguy avertissait avec l’humour que l’on retrouve ici aussi : « Le mensonge est en place : un menteur habile ne propose jamais une vérité monolithique qui sentira toujours trop la confection ; il compose plutôt un ensemble de petits détails qui, isolément, ne prouve rien ; mais qui, par leur dissémination même provoque une impression de vraisemblance. »

Stéphane Audeguy n’invente rien, c’est juste un grand romancier !

(1) Gallimard, 2005

Fils unique
Stéphane Audeguy
Ed. Gallimard
263 pages
17,50 euros


Publié le Dimanche 29 Octobre 2006 dans la rubrique Culture | Lu 2176 fois