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Senior Actu

Faire évoluer nos représentations, chronique par Serge Guérin

La diversité des mécanismes de solidarité relève largement de la situation vécue par les acteurs. La coopération entre les âges prend des formes multiples qui vont de l’échange de compétences, à la mise en avant des points forts des uns et des autres.


Le besoin de comprendre comment l’entreprise pouvait fonctionner auparavant donne du sens à la parole des plus anciens, la demande pour saisir les nouvelles tendances et attentes, rend, à l’inverse, important de permettre aux plus jeunes de prendre la parole.

La notion de partage entre les générations n’implique pas une relation univoque et nécessairement hiérarchisée. Là aussi, les représentations doivent être interrogées et remises en causes. Ainsi, une directrice d’agence de publicité nous assurait récemment, qu’une photographie représentant un dialogue entre personnes d’âge différents sur leur lieu de travail renvoyait nécessairement que le plus âgé donne la leçon aux plus jeunes…

Quelle est la place du constat objectif et des études menées sur les publics concernés par rapport à la force des représentations propres à l’univers de cette publicitaire pour assurer cela ? .../...

Serge Guérin
Dans la réalité, les situations sont bien plus diverses, dépendent largement des situations et des sujets ou encore des caractères de chacun. La relation intergénérationnelle peut parfois recouvrir des situations surprenantes et casser la hiérarchie traditionnelle de l’entreprise.

Ainsi, il y a quelques années, Louis Schweitzer, alors président de Renault, avait demandé à ce que chaque membre du Comité Exécutif soit coaché par un jeune embauché pour apprendre les subtilités de l’utilisation de l’Internet…

Cette anecdote est lourde de sens : elle montre une véritable révolution liée à la notion d’apprentissage. Jusqu’à ces dernières années, le savoir se transmettait d’abord des anciens vers les modernes. Aujourd’hui, le rythme d’apparition des innovations est tel que personne ne peut faire l’économie de se reformer régulièrement. Qu’il soit jeune ou plus âgé, il doit en permanence remettre ses connaissances à jour. Ce n’est plus l’âge qui compte, mais bien la capacité à se former…

Une autre façon de dire que le clivage entre les générations n’est pas la bonne clef pour expliciter notre environnement. Rappelons aussi que la distinction proposée par Richard Senett entre les entreprises fondées sur l’expertise et celles privilégiant le mouvement et l’adaptation nous force à regarder autrement les apports de l’expérience.

L’intergénérationnel est d’abord un partage et non une relation unilatérale. La relation au sein de l’entreprise ne s’apparente pas au don mais bien à un apport valorisé par les parties. Cette réalité est plus complexe que ne veulent bien le voir les laudateurs de l’opposition entre les générations et n’interdit pas les incompréhensions et les oppositions.

Encore une fois, l’intergénération comme l’interculturel et la gestion de la diversité nécessite de mettre en place des stratégies et des codes de bonnes conduites pour avoir quelques chances de se dérouler dans un jeu gagnant-gagnant.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles


Publié le Lundi 29 Janvier 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 2773 fois