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Senior Actu

Face à la grande fragilité, l’urgence du 5ème risque, chronique par Serge Guérin

L’un des grands enjeux de la révolution démographique qui se déroule sous nos yeux, concerne la question du très grand âge. Si seulement 2% des plus de 60 ans, se trouve affecté par une forte perte d’autonomie, celle ci augmente avec la prise d’âge. Or, on peut s’attendre, d’ici à 2040, à un triplement des plus de 75 ans et un quadruplement des plus de 85 ans. Le Conseil d’Analyse Stratégique estime que le nombre de personnes subissant de forts handicaps passera de 660 000 en 2005 à 940 000 en 2025.


Il s’agit de donner aux personnes âgées fragilisées les moyens de conserver une autonomie de décision. Cet enjeu a connu une réponse politique avec la création de l’APA (Aide Personnalisée à l’Autonomie) qui concerne plus d’un million de personnes en 2007 (contre 135.000 pour la prestation précédente) et un engagement de plus de 4,4 milliards d’euros. Reste que les conditions de financement font débat.

Le financement total de l’aide aux personnes âgées fragilisées représente 7 milliards d’euros et les départements supportent 70 % de la charge de l’APA. Ce qui est en jeu, c’est bien l’organisation de la solidarité et la répartition de l’effort entre les collectivités, l’Etat, les personnes et leur famille.

Les Départements ne sont pas égaux face à la charge et le mouvement général de migration vers les régions côtières des seniors nécessite d’instaurer de nouvelles règles. Dans quelle mesure ne faudrait-il pas, par exemple, que les Départements qui voient partir les seniors, co-financent l’APA et les autres aides misent en place par les Collectivités qui reçoivent ces nouveaux venus ?

Bien évidemment, il importe à nouveau de rappeler combien la présence de seniors peut aussi contribuer à la dynamique des territoires et à la relance démographique de certains espaces. Valorisation des âges et valorisation des territoires font bon ménage. .../...
Face à la grande fragilité, l’urgence du 5ème risque, chronique par Serge Guérin

Fondamentalement, il faudrait faire comprendre à ceux qui sollicitent nos suffrages qu’il est urgent de poser l’enjeu de la création d’un mécanisme de financement solidaire pour financer la grande fragilité. Il s’agit d’instituer un cinquième risque qui peut être géré par les partenaires sociaux ou bien par la CNSA qui a la responsabilité du financement des prestations handicap et grand âge.

Qu’il soit clair que cette perspective ne sera pas indolore pour la collectivité et nécessitera une cotisation supplémentaire. Mais, c’est cela le plus vite possible ou bien faire le choix de lendemains calamiteux pour de nombreuses personnes et leur famille.

Ce mécanisme doit permettre d’éviter les différences trop fortes entre Départements. Un pays où selon le lieu de vie la personne âgée sera plus ou moins bien traitée et soutenue, ne représente plus une communauté nationale mais une simple association… La solidarité avec les plus faibles est la base même de la communauté nationale. Rappelons aussi que l’autonomie des personnes ne peut être assurée sans que soit assuré un bouclier minimal de sécurité.

Organiser la solidarité vis-à-vis du grand âge à l’échelle de la nation répond aux missions régaliennes de l’Etat concernant la sécurité. Au 21ème siècle, la notion de protection dépasse largement les enjeux de préservation physique pour toucher aussi à la sécurisation des personnes sur le plan des revenus, de la santé, de la formation et de la grande fragilité.

D’autres soutiennent qu’il importe de ne pas alourdir encore les prélèvements publics et que le risque dépendance doit être pris en charge de façon individuelle. Mais cette assurance ne se distinguerait guère d’un impôt en terme de contribution…

Plus grave, cette approche ne risque-t-elle pas de créer deux catégories de citoyens : les « prévoyants » qui ont su (ou ont pu) cotiser pour assurer le financement futur de leur vie sous fort handicap et les « imprévoyants » qui n’ont pas voulu (ou pas pu) mettre de l’argent de côté ? On créé de ce point de vue une inégalité supplémentaire entre les personnes dont les revenus et l’histoire de vie aura permis de cotiser et les autres.

Surtout, pour que cette approche soit viable et supportable financièrement, il faut qu’elle débute tôt pour être la plus indolore possible. Même si après 50 ans de cotisation, cela finira par faire des sommes conséquentes…

Or, il paraît improbable de demander à des personnes de 35 ans de penser déjà à son risque dépendance… Un pays de vieux ce n’est pas un espace où l’âge moyen est avancé, c’est un pays où chacun se comporte déjà en futur vieux !

PS : En cette période électorale, ne serait-il pas opportun de nous adresser collectivement aux candidats ? Ne faudrait-il pas lancer une pétition nationale en faveur d’un engagement de création de cette cinquième branche ?

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles


Publié le Lundi 5 Mars 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 8366 fois