Fondamentalement, il faudrait faire comprendre à ceux qui sollicitent nos suffrages qu’il est urgent de poser l’enjeu de la création d’un mécanisme de financement solidaire pour financer la grande fragilité. Il s’agit d’instituer un cinquième risque qui peut être géré par les partenaires sociaux ou bien par la CNSA qui a la responsabilité du financement des prestations handicap et grand âge.
Qu’il soit clair que cette perspective ne sera pas indolore pour la collectivité et nécessitera une cotisation supplémentaire. Mais, c’est cela le plus vite possible ou bien faire le choix de lendemains calamiteux pour de nombreuses personnes et leur famille.
Ce mécanisme doit permettre d’éviter les différences trop fortes entre Départements. Un pays où selon le lieu de vie la personne âgée sera plus ou moins bien traitée et soutenue, ne représente plus une communauté nationale mais une simple association… La solidarité avec les plus faibles est la base même de la communauté nationale. Rappelons aussi que l’autonomie des personnes ne peut être assurée sans que soit assuré un bouclier minimal de sécurité.
Organiser la solidarité vis-à-vis du grand âge à l’échelle de la nation répond aux missions régaliennes de l’Etat concernant la sécurité. Au 21ème siècle, la notion de protection dépasse largement les enjeux de préservation physique pour toucher aussi à la sécurisation des personnes sur le plan des revenus, de la santé, de la formation et de la grande fragilité.
D’autres soutiennent qu’il importe de ne pas alourdir encore les prélèvements publics et que le risque dépendance doit être pris en charge de façon individuelle. Mais cette assurance ne se distinguerait guère d’un impôt en terme de contribution…
Plus grave, cette approche ne risque-t-elle pas de créer deux catégories de citoyens : les « prévoyants » qui ont su (ou ont pu) cotiser pour assurer le financement futur de leur vie sous fort handicap et les « imprévoyants » qui n’ont pas voulu (ou pas pu) mettre de l’argent de côté ? On créé de ce point de vue une inégalité supplémentaire entre les personnes dont les revenus et l’histoire de vie aura permis de cotiser et les autres.
Surtout, pour que cette approche soit viable et supportable financièrement, il faut qu’elle débute tôt pour être la plus indolore possible. Même si après 50 ans de cotisation, cela finira par faire des sommes conséquentes…
Or, il paraît improbable de demander à des personnes de 35 ans de penser déjà à son risque dépendance… Un pays de vieux ce n’est pas un espace où l’âge moyen est avancé, c’est un pays où chacun se comporte déjà en futur vieux !
PS :
En cette période électorale, ne serait-il pas opportun de nous adresser collectivement aux candidats ? Ne faudrait-il pas lancer une pétition nationale en faveur d’un engagement de création de cette cinquième branche ?
Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles
Et de
Manager les quinquas (avec G Fournier), Editions d’organisation. Prix du Livre RH 2006, Syntec-Sc Po