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Europe - Les 'migrants âgés' : les oubliés de la protection sociale européenne


La situation délicate des « migrants âgés » en Europe sera discutée lors de la réunion de la commission permanente de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le 8 septembre prochain à Naples. Dans un rapport publié récemment, la commission des migrations, des réfugiés et de la démographie, alerte les gouvernements européens sur la précarité de ces « migrants âgés », parents pauvres à la fois des personnes âgées et des populations immigrées.
Sous l’effet de l’expansion économique des années 50 et 60, l’Europe occidentale avait eu massivement recours à une main d’œuvre étrangère. Aujourd’hui, ces immigrés, qui ont connu une carrière professionnelle limitée à des emplois faiblement rémunérés et un chômage de longue durée, vieillissent comme le reste de la population. Or il est difficile de les « catégoriser » : il s’agit d’un groupe très hétérogène par ses expériences et ses origines, qui relève de deux groupes vulnérables face à l’exclusion sociale : les personnes âgées et les immigrés. La plupart des pays européens n’ont pas de politique de prise en charge adaptée. Historiquement, le phénomène du travail immigré était appréhendé comme étant temporaire. Or, la modernisation a exigé des qualifications toujours plus élevées, reléguant cette population mal formée en bas de la hiérarchie professionnelle. Pour la majorité d’entre eux, vieillissement et chômage signifient la fin de la vie professionnelle, un retour à l’emploi étant quasi-impossible.

Généralement en moins bonne santé que les autres personnes âgées, à cause d’une carrière pénible, les "migrants âgés" font rarement valoir leurs droits en matière de protection sociale, par défaut d’information, par manque de maîtrise de la langue du pays d’accueil et en raison de l'inadaptation des systèmes de prise en charge. Par ailleurs, leur carrière donne rarement droit à une pension de retraite élevée. Et lorsqu’un "migrant âgé" souhaite rentrer dans son pays d’origine, il s’en trouve dissuadé par l’impossibilité d’y transférer ses droits à la retraite. Au final, une situation socio-économique défavorable qui renforce leur vulnérabilité, accrue par la xénophobie et les différences culturelles. La convention multilatérale de sécurité sociale, en vigueur depuis 1977 garantit pourtant l’égalité de traitement et le transfert des droits au sein des 45 pays membres du Conseil de l’Europe. Concrètement, huit d’entre eux seulement l’ont ratifié.

Une politique cohérente semble donc nécessaire afin d’améliorer la situation des migrants âgés, qu’ils souhaitent rester dans leur pays d’accueil ou retourner dans leur pays d’origine. Selon le rapporteur de la commission M. Pasquale Nessa, « il convient de mener une action globale, politique et législative, pour protéger les droits des migrants âgés, garantir leur insertion sociale et leur bien-être durant cette période délicate de leur vie, et éviter qu’ils ne soient victimes d’une double discrimination, à la fois comme personnes âgées et comme migrants ». Une telle politique requiert des efforts pour faciliter un retour à l’emploi et offrir une formation professionnelle continue. En matière de protection sociale, une meilleure situation n’est possible que par la ratification de la convention existante, et des accords bilatéraux avec les pays d’origine pour y garantir le transfert des droits à la retraite. Enfin, un meilleur accès à l’information et des services sociaux adaptés aux différences culturelles amélioreraient considérablement la prise en charge de cette population oubliée.


Publié le Vendredi 5 Septembre 2003 dans la rubrique Social | Lu 1388 fois