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Etats-Unis - les traitements à base de testostérone divisent la communauté scientifique


L’an dernier, plus de 600 000 hommes américains de plus de 45 ans auraient commencé un traitement à base de testostérone afin d’augmenter le niveau de l’hormone sexuelle, dont la diminution expliquerait de nombreux tracas. Mais le débat sur le rôle de la testostérone sur l’organisme divise largement la communauté scientifique : d’un côté les partisans de ces traitements pour combler les effets de l’« andropause » et de l’autre, ceux qui contestent ce terme et le rôle attribué à la testostérone.

Alors que chez certains le corps produit moins de testostérone au fil des ans, le taux reste cependant normal pour la plupart des hommes, explique Stanley Slater, haut scientifique à l’institut national du vieillissement (NIA – National Institute on Aging) près de Washington. Slater refuse ainsi l’idée selon laquelle un homme puisse connaître un véritable arrêt de la production d’hormones -similaire à la ménopause chez la femme- et que certains appellent l’andropause et qui s’accompagne d’une perte de masse musculaire, de libido, d’énergie et de densité osseuse. Le cœur du débat est la capacité à mesurer avec exactitude le taux de testostérone dans l’organisme, chose difficile car ce taux varie fortement selon les moments de la journée et le contexte. Etablir un taux « normal » de testostérone semble donc délicat, et considérer que quelqu’un connaît un taux anormalement faible relève parfois de la subjectivité. Le professeur Slater ne conteste pas l’utilité d’un traitement à la testostérone chez certaines personnes réellement déficientes, mais explique que seul un très faible pourcentage d’hommes est concerné. Pour les autres, le ralentissement de la production hormonale fait partie du processus naturel du vieillissement. Mais alors comment expliquer un tel engouement pour les traitements à la testostérone ? Les entreprises pharmaceutiques ont tout intérêt à convaincre les hommes des effets de l’andropause, dans un marché potentiellement gigantesque, à savoir l’ensemble de la population masculine de plus de 45 ans. Ces traitements auraient ainsi des effets positifs sur la mémoire, la santé osseuse, la vitalité et bien entendu le désir sexuel. Mais d’après Slater, la testostérone serait accusée à tort de nombreux problèmes masculins : dans la grande majorité des cas, les problèmes d’érection chez les plus âgés seraient liés à des problèmes circulatoires, non hormonaux.

Par ailleurs, l’institut national de la santé (NIH – National Institute of Health) met en garde contre les complications que peuvent entraîner ces traitements : la testostérone alimenterait ainsi la croissance de tumeurs chez les hommes atteints d’un cancer de la prostate, et des études montrent que trop de testostérone entraîneraient une production excessive de globules rouges, donc un épaississement du sang et un plus grand risque d’attaque cérébrale. La testostérone semble déclencher les passions des scientifiques ; ainsi le NIA publiera en novembre prochain ses recommandations éthiques pour la production et la diffusion de ces traitements.


Publié le Lundi 11 Août 2003 dans la rubrique Santé | Lu 2011 fois