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Etats-Unis - Que faut-il faire des détenus seniors ?

Dans une société vieillissante, l’âge moyen de la population carcérale suit la même tendance. Ainsi, le nombre de prisonniers de 50 ans et plus n’a cessé d’augmenter dans les prisons pennsylvaniennes ces dernières années, il s’agit même de la population qui croît le plus vite et qui coûte le plus cher aux contribuables américains. En Pennsylvanie (est des Etats-Unis), les détenus de plus de 55 ans ont augmenté d’un tiers entre 2001 et fin 2004, passant de 1.892 à 2.520, indiquait récemment un article du quotidien The Pittsburg Post-Gazette.


Pour les experts judiciaires américains, l’augmentation du nombre de prisonniers âgés s’explique de deux manières. D’une part, à l’instar de la société « hors les murs » dans tous les pays industrialisés, la population carcérale vieillit. Ainsi, les prisonniers baby-boomers arrivent pour la plupart à l’âge de la soixantaine. Deuxième explication, le fonctionnement du système judicaire américain, qui dans les années 80 a supprimé la libération sur parole.

Cette situation entraîne certains spécialistes à s’interroger sur la nécessité de maintenir les détenus âgés en milieu carcéral. « A mon avis, il va falloir trouver une solution » estime le professeur Ronald Aday, auteur d’un livre* sur la question. « Il faut utiliser notre bon sens et se demander à partir de combien de temps la punition est jugée suffisante ? ». A ce propos, les autorités judiciaires de Pennsylvanie ont demandé à ce que ce sujet soit re-étudié.

Une commission travaille actuellement sur ce problème et devrait remettre ses premières conclusions d’ici juin prochain. Un projet de loi recommande d’ores et déjà la mise en place d’un système permettant de relâcher certains prisonniers dans certains cas : autoriser la sortie pour des raisons médicales, créer des institutions spécifiques pour les détenus atteints de démences séniles et réinstaurer la possibilité de libérations conditionnelles pour des criminels condamnés à perpétuité.

Si les deux premières propositions semblent relativement bien acceptées, en revanche la troisième fait débat. De plus, même en cas de libération anticipée, les problèmes ne sont pas forcément réglés. Les trois-quarts de ces détenus n’ont aucune famille pour les accueillir et n’ont pas les moyens de se payer une maison de retraite. En clair, qu’il faille les soigner au dehors ou les installer dans une résidence publique, ils resteront à la charge de l’Etat. Il semblerait en fait, que l’économie réalisée entre les soins en prison et ceux à l’extérieur soit relativement faible, quelques centaines de dollars.

Selon les chiffres communiqués par l’une des toutes premières prisons pour détenus âgés créée en 1996 dans le comté du Somerset, un prisonnier senior nécessitant des soins 24h24 coûte l’équivalent de 47.000 euros par an, ce qui le rend trois fois plus cher qu’un prisonnier âgé non malade.

« Il est clair que nous allons devoir faire face à une population âgée croissante dans nos prisons ainsi qu’à une augmentation des coûts » admet le sénateur républicain de cet Etat, Stewart Greenleaf. Et d’ajouter « que parmi ces individus, certains ne sont plus une menace pour la société. Il faudrait trouver une solution visant à réduire ces frais et envisager des alternatives pour cette catégorie de détenus ».

Reste un problème plus délicat. « J’ai le sentiment qu’aucun homme politique ne voudra prendre la responsabilité d’être celui qui aura relâché ces individus dans la nature » souligne Alfred Blumstein, célèbre criminologue.

En ce qui concerne la France, selon « Les chiffres clefs de l’administration pénitentiaire » édités par le ministère de la Justice en janvier 2004, la répartition par âge des détenus au 1 octobre 2003 en métropole et en outremer après 40 ans était la suivante : les 40-50 ans représentaient alors 16.6% des prisonniers, les 50-60 ans 8.3% et les plus de 60 ans 3.3%.

Il y a un an et demi de cela, presque un tiers (28.2%) des prisonniers incarcérés dans les prisons françaises étaient déjà âgés de plus de 40 ans. Gageons que la situation n’a pas du aller en s’améliorant. Ce qui à moyen terme, va poser en plus du problème de la surpopulation carcérale, le problème de l’inadaptation des prisons aux détenus les plus âgés.

En effet, comme le rappelait récemment une étude britannique, les prisonniers vieillissent mais les locaux ne changent pas et s’avèrent mal adaptés aux besoins des seniors (en Grande-Bretagne, pays qui ne compte que 1.64% de détenus de plus de 60 ans, le pourcentage des détenus seniors a triplé en six ans). Seules deux prisons sont à même de s’occuper des prisonniers les plus âgés.

Lire aussi : France - De plus en plus de détenus seniors dans nos prisons
Lire aussi : Grande-Bretagne – Des prisons inadaptées à l’incarcération des seniors
Lire aussi : Allemagne - Le pays est confronté à l'augmentation du 'crime senior'

*« Aging Prisoners: Crisis in American Corrections »
Etats-Unis - Que faut-il faire des détenus seniors ?


Publié le Mercredi 9 Mars 2005 dans la rubrique Société | Lu 3533 fois