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Etats-Unis - Mort de Ray Charles, le roi de la soul aux 10.000 concerts à l'âge de 73 ans

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Ray Charles « The Genius », célèbre pianiste et chanteur noir américain, considéré comme le père de la soul music est mort jeudi 10 juin dans la matinée à son domicile de Beverly Hills à Los Angeles à l’âge de 73 ans des suites d’une maladie du foie.

Ray Charles Robinson était né le 23 septembre 1930 à Albany, en Géorgie (sud-est), d’un père mécanicien et d’une mère qui travaillait dans une scierie. C’est l’époque de la ségrégation raciale et de la Grande Dépression. La famille, pauvre, déménage en Floride. Les débuts dans la vie pour le jeune Ray ne sont pas tendres : à 5 ans, son frère, dont il est très proche, se noie. A l’âge de sept ans, il perd la vue, probablement à cause d’un glaucome. A ce sujet, il racontait non sans une certaine dose d’ironie « j'ai été béni de bénéficier de la vue jusqu'à l'âge de sept ans » ou encore « il y a dans ce monde beaucoup de choses que j'ai eu la chance de ne pas voir ». Sa mère, Aretha, l’aide de son mieux pour dépasser son infirmité et l’inscrit dans une école pour aveugle à Saint Augustine (Floride) en 1937. Enfermé dans la partie réservée au Noirs, il apprend à lire et à écrire les notes en braille et se découvre une ambition de musicien en deuxième année. Il prend des cours de piano, se familiarise avec divers instruments, dont la trompette, la clarinette, le saxophone et découvre la musique classique. Il chante dans la chorale de l’école, il s’intéresse au jazz. En 1945, sa mère meurt à l'âge de 31 ans. Son père, peu de temps après. Il a 15 ans, il est orphelin.

Après le décès de ses parents Ray Charles commence à vivre de la musique, avec des interprétations de Nat King Cole, dans les bars ou dans les bals. A l’âge de 17 ans, il rencontre Louise Mitchell et part s’installer à Seattle (nord-ouest). Avec son partenaire Gossie Mc Kee ils commencent à jouer dans un club local où ils rencontrent un certain succès. C’est Gossie qui lui conseillera de porter des lunettes de soleil pour ne pas déstabiliser le public. C'est aussi l’époque où il rencontre Quincy Jones qui deviendra un de ses meilleurs amis. En 1948, le saxophoniste Jackie McVea le découvre et lui propose une rencontre avec son producteur. C’est son premier disque et son premier -relatif- succès.

Il part ensuite pour Los Angeles où il mène une vie dissolue : drogue (marihuana et héroïne), sexe et musique. Il y rencontre Della Bea, pour qui il composera son célèbre et premier grand succès « I Got a Woman », savant mélange de gospel et de rythm'n'blues qui deviendra la « soul music ». En février 1954, « The Things I want to Do » se retrouve en tête du hit-parade. Il part en tournées et enchaîne les tubes. Il gagne rapidement son surnom : « The Genius ». Il triomphe en 1958 au Festival de Newport puis au Carnegie Hall en 1959. Son premier grand succès date de la même année : « What'd I Say », interdit sur certaines radios américaines qui la trouve trop suggestive. En 60, il crée sa fameuse ballade « Georgia on my mind » qui est devenue depuis, l'hymne officiel de son Etat natal.

Dans l'oubli pendant plusieurs années, en grande partie à cause de sa consommation de drogues, il revient sur scène en 1990 au festival de jazz d'Antibes (France). Sa dernière apparition publique remonte au 30 avril dernier, aux côtés de l'acteur Clint Eastwood, lorsque la ville de Los Angeles classe son studio d’enregistrement monument historique. Malgré l’annulation d’une série de concert l’année dernière pour des raisons de santé, il venait de participer à l'enregistrement d'un album de duos intitulé « Genius loves company », avec entre autres Norah Jones et BB King. Il sera récompensé au cours de sa carrière de 12 Grammys Awards.

Le ministre français de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, a rendu hommage à l'artiste en affirmant qu'il était « l'un des musiciens les plus fabuleux de notre vingtième siècle, un artiste au destin, au talent et au charisme incomparables qui a popularisé la musique noire américaine à travers le monde entier ».

Ray Charles, qui avait fêté son 10.000e concert au Greek Theater de Los Angeles le 22 mai dernier, avait l’habitude de dire « La musique est en moi depuis que je suis né. Tout comme mon coeur, tout comme mon sang ».

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Publié le Vendredi 11 Juin 2004 dans la rubrique Culture | Lu 5808 fois