Sommaire
Senior Actu

Etats-Unis – De l'effet pernicieux des hypothèques inversées sur la vie des seniors et celle des villes


Un professeur de l’Université de Floride, Stephen Golant, expert en habitat des personnes âgées, a présenté fin novembre lors d’une rencontre organisée par la Société américaine de gérontologie à Washington, les résultats de son étude sur les conséquences néfastes des hypothèques inversées* sur la vie des aînés mais aussi des municipalités.

Les conclusions de ce professeur, qui travaille sur l’habitat senior et son amélioration depuis une trentaine d’années et qui est consultant sur ce sujet auprès du Congrès américain ont été tirées d’une étude réalisée sur 17.000 personnes âgées par le bureau américain de la statistique (US Census). « Il ne faut pas idéaliser la prolongation de la vie à domicile des personnes âgées et se voiler la face sur ses effets secondaires parfois dangereux » souligne Mr Golant.

Toujours selon ce professeur, ces hypothèques inversées affaiblissent encore une plus une population déjà fragile. Les individus qui s’engagent dans ces processus financiers sont souvent pauvres, vivent seuls et sont âgés de 70 à 80 ans. Ils sont démarchés par des experts de la vente, qui n’hésitent pas à leur proposer toute une série de services dont ils n’ont pas forcément besoin. « Par de nombreux aspects ce sont nos citoyens les plus vulnérables » souligne Mr Golant.

Et d’ajouter « généralement, et cela est bien légitime, les seniors préfèrent vivre le plus longtemps possible dans leur domicile plutôt que d’intégrer une maison de retraite. Pourtant, dans de nombreux cas, ils seraient mieux dans des logements plus adaptées à leurs besoins, plus proches des centres sociaux et de soins. »

« Ces conclusions peuvent paraître inhumaines. Certaines personnes peuvent même penser que j’incite ces aînés à quitter leur maison, celle dans laquelle ils ont vécu pendant une trentaine d’années voire plus » remarque le professeur « mais il faut bien comprendre que nous n’aidons pas forcément ces seniors en les incitant à rester le plus longtemps possible à domicile. Cette situation n’est pas toujours bonne pour leur santé, leur sécurité et leur qualité de vie ».

Seconde raison de se méfier de ce type d’hypothèque selon Mr Golant. Elles risquent d’une part de ralentir le rajeunissement des centres villes en limitant l’accès des jeunes générations au cœur des cités et d’autre part de freiner la réhabilitation ou la rénovation de nombreux bâtiments. Ce qui à terme, risque d’entraîner une dégradation des édifices, une paupérisation des centres urbains et une criminalité grandissante. « Les maires de nos grandes villes doivent comprendre que les hypothèques inversées empêchent le renouvellement et le rajeunissement des propriétaires ». Sans oublier que ce phénomène commence à s’étendre sur les banlieues conclut le professeur Golant.

Entre avril 2003 et avril 2004, le nombre d’hypothèques inversée aux Etats-Unis a augmenté de 112% selon les chiffres publiés par la National Reverse Mortgage Lenders Association.

* Les hypothèques inversées ou reverse mortgages sont très populaires aux Etats-Unis et au Canada. Le principe est proche de celui du viager : le propriétaire d’une maison perçoit une rente à vie, versée par un établissement financier qui récupérera le logement à son décès. Habituellement ce procédé permet aux personnes âgées de compléter leur retraite tout en continuant à profiter de leur habitat.
Etats-Unis – De l'effet pernicieux des hypothèques inversées sur la vie des seniors et celle des villes


Publié le Mercredi 15 Décembre 2004 dans la rubrique Finances | Lu 2235 fois