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Espagne : 'Solas' ou le portrait de trois générations d'une Espagne qui vieillit


Espagne : 'Solas' ou le portrait de trois générations d'une Espagne qui vieillit
Toutes les statistiques le disent : l'Espagne vieillit. D'ici 2050 il se pourrait même que ce soit l'un des plus vieux pays du monde. En 1999, alors que personne, ou presque, ne parlait du vieillissement de notre planète, le réalisateur espagnol Benito Zambrano sortait un petit chef d'oeuvre, touchant, grave, sensible, terriblement bien servi par une distribution d'acteurs parfaite ; la critique ne s'y est pas trompée , le film recevant toute une kyrielle de prix, cinq « Goyas », le Prix du meilleur film européen de l'année 2000, le Prix du public du Festival de Bruxelles. « Solas » (« seules » en français), est une chronique réaliste et tendre à la fois... de morts annoncées.

Maria a 35 ans. Elle est belle et déchirée. Elle quitte le village de ses parents pour venir s'installer dans un quartier pauvre de Séville. Elle fait des ménages, couche avec le mari de sa meilleure amie et boit... Un beau jour son père tombe malade. Il doit être transporté de sa campagne à la ville pour y être opéré.

Contrainte, la mère s'installe chez sa fille. Les deux femmes se redécouvrent petit à petit. Non sans difficulté. Dans le même immeuble vit un vieux monsieur et son chien. Il est veuf. Il croise la mère au super marché ; entre eux, le fil tenu d'une nouvelle amitié se dessine. Mais les sentiments changent. L'amour n'a pas d'âge. Tels des jeunes tourtereaux, les regards se font tendres, presque coquins ; il la guette, l'attend, soupire lorsqu'elle ne rentre pas de la nuit. Elle est restée à l'hôpital, au chevet de son exécrable mari. Cet amour naissant n'est impossible que par la présence même de l'époux malade et jaloux. «Tu sens l'homme, lui dit-il. -C'est normal il y en a plein le bus, lui répond-elle. -Non tu sens l'odeur d'un seul homme». On en arrive presque à souhaiter la mort de ce lâche, qui jusqu'au bout aura ruiné la vie de sa femme et l'empêche de connaître dans une ultime histoire quelques instants fugitifs de bonheur. Mais non, la bête ne meurt pas. Il sort de l'hôpital pour rejoindre son village. Sa femme le suit, on ne se sépare plus à cet âge. Les dés sont jetés, il est trop tard. En quittant le domicile de sa fille, sa mère lui laisse son nécessaire à tricot, ses aiguilles, ses pelotes. Manière de renouer les fils d'un dialogue trop tôt rompu, de transmettre les pratiques d'une génération à une autre ? Le vieux voisin lui, continue de voir Maria. Il apprend qu'elle est enceinte et qu'elle veut avorter. Il cherche à l'en dissuader. Lui qui n'a plus d'illusions, qui ne fait ses courses que pour deux jours de suite, pour une semaine, ce serait des prévisions à long terme dit-il, reprend espoir et goût à la vie. Dans une scène d'une vérité poignante il lui propose de devenir le grand-père adoptif de la petite…

Ecran noir, puis il fait beau. La pluie, les couleurs sépia et ocre ont disparu de la pellicule. Un mur blanc se détache du ciel bleu pur de l'Andalousie, du marbre, une main qui caresse une photo, en noir et blanc. Maria est sur la tombe de ses parents. Le vieux salaud est mort, en emportant sa femme avec lui. La jeune femme, qui jusqu'alors portait des jeans et des pulls informes arbore une belle robe rouge. Elle est redevenue femme et resplendit, dans ses bras sa fille, et à ses côtés le vieux voisin. « Solas » encore, mais moins… Sûrement. Un très beau film où trois générations se côtoient, se superposent, se détestent et s'aiment finalement. Zambrano l’a dédié à sa mère, à toutes les mères.


Publié le Lundi 7 Juillet 2003 dans la rubrique Culture | Lu 1620 fois