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Senior Actu

En Zambie, les seniors sont délaissés par l’Etat et les communautés

Les personnes âgées de Zambie se trouvent confrontées à un double problème : elles sont mises à l’écart par les communautés, qui les soupçonnent de pratiquer la sorcellerie, et, alors qu’elles ne connaissent que très peu, voire pas du tout le VIH/SIDA, sont chargées de s’occuper d’orphelins dont les parents sont décédés des suites de l’infection, affirme une organisation non-gouvernementale qui s’occupe d’elles.


« Nos anciens font face à de graves problèmes ici en Zambie : soit leur entourage communautaire et leur cercle familial les rejettent car on les accuse d’actes de sorcellerie, soit ils sont forcés de s’occuper de leurs petits-enfants dont les parents sont morts du sida sans rien avoir laissé à ces vieilles personnes, qui deviennent alors des parents (de substitution) », a indiqué à IRIN/PlusNews Rosemary Sichimba, présidente de la Senior citizens association of Zambia.

Près d’un Zambien sur cinq - soit 1,6 million de personnes sur une population de 10 millions d’habitants – est infecté par le VIH/SIDA, pour bon nombre dans la tranche d’âge des 18-45 ans, le groupe le plus exposé.

Selon le Bureau central des statistiques, près de 500.000 personnes sont âgées de 65 ans et plus, mais des analyses indépendantes affirment que ce chiffre est probablement en dessous de la réalité, car il est difficile de recenser les personnes âgées dans les zones rurales.

« Il est probable que nous ayons en Zambie près de 800.000 personnes âgées, mais nous craignons que ce chiffre soit revu à la baisse à cause du VIH/SIDA car les aînés n’ont pas de formation spécifique et ne bénéficient pas non plus des protections adéquates pour éviter une infection au VIH, lorsqu’ils travaillent comme assistant social ou participent à des accouchements traditionnels », a affirmé Mme Sichimba, dont l’organisation se bat afin d’améliorer les conditions de vie des personnes âgées.

« Même si les seniors sont la plupart du temps prudents, ils ne pensent cependant pas à éviter de rentrer en contact avec le sang des personnes infectées (par le VIH), ce qui est déplorable car si une personne âgée est infectée, qu’elle tombe malade et qu’elle va à l’hôpital, personne ne pensera lui faire un test de dépistage pour le VIH ; le docteur supposera qu’elle n’est pas sexuellement active, et il dira simplement que ‘c’est la vieillesse’ », a-t-elle commenté.

L’organisation, qui milite pour ces citoyens âgés, a demandé au gouvernement qu’il développe des services de dépistage et de conseil volontaire en faveur des personnes âgées, car ces programmes sont la plupart du temps orientés et gérés par les jeunes, les aînés en étant par conséquent tenus à l’écart.

Et de plus, contrairement à la perception populaire, « certains de nos pairs ont encore une vie sexuelle active », a ajouté Mme Sichimba.

Un fardeau supplémentaire

Modester Kalonde, 79 ans, qui vit à Lusaka, la capitale, prend soin de sa petite-fille de huit mois, qui a commencé à développer des infections opportunistes liées au VIH/SIDA à l’âge de quatre mois.

« Désormais, je dois constamment être à la maison, ou en tous cas la plupart du temps. Je ne peux plus me rendre à l’église, assister à des funérailles ou même rendre visite à des amis car je dois rester auprès d’elle (ma fille) et aussi m’occuper de son bébé, qui est aussi mon petit-enfant », a dit Mme Kalonde à IRIN/PlusNews. « Je peux juste me permettre de faire un petit tour dehors lorsque la Société des bons samaritains nous rend visite ».

« Je ne sais pas quoi faire, car mes deux fils sont toujours au village (à l’extérieur de Lusaka). A la clinique, le docteur m’a demandé de l’amener (ma fille) tous les jours pour des injections, mais je n’ai plus d’argent car elle a tout dépensé pour des médicaments et de la nourriture », s’est inquiétée Mme Kalonde.

Bien que la Zambie ait ratifié plusieurs conventions internationales en faveur des personnes âgées – tel que le Plan d’action sur le vieillissement de Madrid en 2002, qui exhorte les gouvernements à reconnaître les droits fondamentaux des personnes âgées – le pays ne s’est toujours pas doté d’une législation concernant cette population.

Catherine Namugala, ministre du Développement communautaire, a affirmé que le gouvernement était en train d’établir un plan d’action en faveur des personnes âgées qui proposerait des mesures d’interventions précises, incluant une politique sur le VIH/SIDA et les aînés.

« Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour que cette législation soit effective en décembre de cette année (2007), ou au plus tard au début de l’année suivante, afin que nous soyons considérés comme une nation qui se préoccupe des difficultés et problèmes que rencontrent nos aînés », a-t-elle dit à IRIN/PlusNews. « Nous sommes actuellement en train de fournir, à travers notre ministère de l’Aide sociale, une aide à de nombreuses institutions qui prennent soin de nos citoyens dans le besoin, qui se trouvent pour la plupart être des personnes âgées ».

Pas de retraite

En Zambie, l’âge de la retraite est normalement fixé à 55 ans, et la pension mensuelle moyenne pour un salarié de la fonction publique à la retraite s’élève à 10 dollars, mais cette règle ne s’applique qu’aux personnes qui ont travaillé dans le secteur formel.

On estime à 400.000 le nombre de personnes employées par le secteur formel, à la fois public et privé. Il n’y a pas de pension possible pour les personnes qui n’ont pas travaillé dans le secteur formel.

La location d’un logement comprenant trois chambres, dans un quartier de classe moyenne, revient entre 180 et 300 dollars par mois, sachant que de nombreux propriétaires demandent une caution de trois à six mois de loyer.

Le gouvernement a mis en place un plan d’assistance médicale gratuit pour les personnes âgées de plus de 65 ans ; cependant, Andrea Masiye, 70 ans, n’y a pas recours car « il n’y a en réalité que les consultations qui soient gratuites. Ils ne fournissent aucun médicament, c’est nous qui devons aller les acheter après avoir reçu l’ordonnance ».

« Beaucoup d’entre nous sont obligés de travailler toute leur vie, car il n’existe aucune politique de prise en charge des personnes âgées », a dit Mme Masiye, qui exerce elle-même toujours son métier d’avocate. « Si nous arrêtions de travailler, après avoir été abandonnés par notre communauté, nous serions obligés de nous rendre dans des hospices ; c’est ça qui a créé la surpopulation actuelle des ces établissements, car le gouvernement ne peut tout simplement pas prendre en charge ses citoyens âgés ».

Judith Bozek, religieuse responsable de la Cheshire Divine Providence, une institution religieuse qui s’occupe des orphelins et des personnes âgées sans abri à Lusaka, a dit à IRIN/PlusNews : « Nous sommes débordées par le nombre de personnes qui viennent ici ».

« La plupart des personnes âgées ont soit perdu toute leur famille à cause du VIH/SIDA, soit ont été abandonnées par les communautés. Il est nécessaire de redonner une dignité à ces vieilles personnes en leur donnant accès à un revenu raisonnable pour que même si elles doivent s’occuper de leurs proches infectés, elles ne soient pas autant étranglées », a-t-elle dit.

« Tous les autres pays ont un système de pensions de retraite qui permet aux personnes âgées de disposer d’un revenu, et je pense que la même chose devrait être entreprise ici en Zambie, afin que tous ces problèmes que rencontrent nos aînés soient enfin résolus ».

Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies


Publié le Vendredi 28 Septembre 2007 dans la rubrique Divers | Lu 3260 fois