Sommaire
Senior Actu

Emploi senior : le taux d’activité baisse de plus en plus vite à partir de 50 ans

Lors d'une conférence de presse qui s'est tenue la semaine dernière, l'Union Syndicale Suisse (USS) a remarqué dans un communiqué qu’à partir de 50 ans, en Suisse, le taux d’activité des femmes et des hommes « commence à décliner, tout d’abord lentement, puis en s’accélérant à partir de 61 ou 62 ans, de sorte que les salariés encore actifs à l’âge de la retraite à 64 ou 65 ans ne sont plus qu’un petit pourcentage de leur tranche d’âge, bien moins que les indépendants ». Ce phénomène, souligne Andreas Rieger vice-président de l’USS, « s’explique par l’interaction de plusieurs facteurs développés ci-dessous...


Faible mobilité professionnelle
Si le taux d’activité des salariés âgés est semblable à celui des jeunes, leur mobilité professionnelle est en revanche tout à fait différente, remarque le communiqué de l’USS. En effet, précise le syndicat, si la probabilité de changer d’employeur est de 22 à 26 % pour les jeunes jusqu’à 30 ans en fonction de la conjoncture, elle oscille encore entre 9 et 11 % de 30 à 45 ans, mais elle n’est plus que de 4 à 5% entre 46 et 60 !

Pratiquement plus d’embauche
La probabilité de changer d’employeur diminue donc comme peau de chagrin avec l’âge, notamment parce que les travailleuses et travailleurs âgés estiment avoir très peu de possibilités de trouver un emploi équivalent ou meilleur. « L’on n’engage guère des personnes âgées de plus de 50 ans et encore moins celles âgées de plus de 55 ans » déplore l’USS.

En 2006, de nombreuses entreprises ont recommencé à embaucher à tours de bras, mais rarement des personnes de plus de 50 ans. Pourtant, remarque l’USS, « cela n’est pas une fatalité ». La preuve, certaines entreprises recrutent des quinquas et plus (8.9% pour Swiss Life, 18.9% pour ABB 18,9 % ou encore 32% pour la SGS). « Si la politique d’embauche était insensible à l’âge, ces pourcentages devraient osciller entre 10 et 20 % selon la branche ! »

Chômage de longue durée
Cette faible mobilité professionnelle et cette politique d’embauche discriminatoire aboutissent à une forte progression de la durée du chômage après 50 ans, bien que le taux de chômage n’augmente pas. La durée du chômage des personnes de 60 ans est ainsi deux fois supérieure à celle des chômeurs et chômeuses de 30 ans. 40 % environ des chômeurs et chômeuses de longue durée ont plus de 50 ans.

Un sous-emploi élevé
Si le taux de chômage entre 50 et 60 ans n’est pas supérieur à la moyenne, le sous-emploi dans cette tranche d’âge est en revanche élevé. Compte tenu des difficultés de trouver un emploi, nombreux sont les travailleuses et travailleurs âgés à accepter un engagement à un taux nettement inférieur à ce qu’ils souhaitent. Selon l’ESPA, entre 5 et 6 % des salarié(e)s entre 50 et 64 ans sont sous employés, c’est-à-dire au « chômage partiel », sans que cela n’apparaisse dans les statistiques. .../...

Discrimination évidente à l’embauche
Les demandeurs d’emploi de plus de 50 ans, et surtout de plus de 55 ans, ne sont souvent même pas pris en considération, considère l’USS. Pour cette raison, l’âge est le facteur le plus discriminatoire selon les salariés, comme le montre un sondage de l’agence de placement Kelly Services : 56 % des salariés de plus de 45 ans se sentent défavorisés en raison de leur âge, contre 10 % des femmes qui se sentent défavorisées en raison de leur sexe.

L’obligation d’être jeune
Certaines entreprises poussent si loin leur politique de jeunisme ou d’anti-vieillissement qu’elles ne comptent pratiquement plus de travailleuses et travailleurs de plus de 50 ans.

Les salaires ne progressent plus, bien au contraire
L’on ne cesse d’affirmer que la progression des salaires avec l’âge en Suisse est l’un des obstacles à l’embauche des travailleuses et travailleurs âgés. Cela est absurde, même si c’est le chef du SECO qui l’affirme (« Les entreprises doivent se demander s’il faut que les salaires continuent à augmenter automatiquement avec l’âge », estime J.-D. Gerber).

Seuls les hommes au bénéfice d’une formation tertiaire et les employés exerçant une fonction de cadre voient leur salaire progresser à partir de 50 ans. En effet, le salaire des hommes et femmes non qualifiés diminue à partir de 55 ans et celui des personnes qualifiées stagne. Ce phénomène n’est pas dû à des baisses de salaires dans un poste fixe, mais au fait que le changement de poste comporte souvent une perte de revenu.

Dévalorisation des qualifications – disparition virtuelle de la formation continue
L’une des raisons importantes qui expliquent pourquoi les salariés entre 50 et 62 ans ont moins de chances sur le marché de l’emploi est la dévalorisation de la formation qu’ils ont acquise il y a 25 ou 30 ans. « Entre 30 et 50 ans, le capital humain est totalement passé par pertes et profits », comme l’explique très bien Carlo Knoepfel.

C’est la raison pour laquelle l’on parle depuis des décennies de « l’apprentissage tout au long de la vie », sans que cela se traduise concrètement dans la réalité des entreprises ni dans le développement des structures de formation requises. Les entreprises dispensent et paient très rarement des cours de perfectionnement aux travailleuses et travailleurs sans formation supérieure ou sans fonction de cadre. À partir de 55 ans, le taux de formation continue chute de 41 à 14%. La promotion est réservée aux titulaires d’une formation supérieure ou aux cadres.

Peur de la perte de l’emploi
Si la perte de l’emploi n’est certes pas très probable, ses conséquences en sont d’autant plus dramatiques : la personne qui ne retrouve pas d’emploi équivalent ne subit pas seulement le chômage, le sous-emploi ou une perte de revenu, mais aussi, au départ à la retraite, la perte d’une partie conséquente de l’avoir de vieillesse dont elle espérait disposer auparavant. La punition qui en résulte est une rente inférieure, pour toute la vie. Une bonne raison pour que l’insécurité et l’angoisse soient le lot d’une grande partie des salariés de plus de 50 ans.

Cette situation a encore d’autres conséquences : « L’angoisse de la perte de l’emploi, qui affecte notamment les femmes et hommes d’un certain âge, aggrave encore la situation. Les maladies psychiques sont désormais la principale cause d’invalidité. Les experts parlent d’un "vieillissement prématuré dû au travail" ».

L’Assurance Invalidité (AI) pour les uns…
L’usure propre notamment aux travailleurs non qualifiés pousse souvent les personnes d’un certain âge vers une seule issue : l’AI. Pour les hommes, la probabilité de recevoir une rente AI est de 6,5 pour mille entre 50 et 54 ans, d’un peu plus de 10 pour mille entre 55 et 59 ans et même de 12,6 pour mille entre 60 et 64 ans, soit plus du double que la moyenne de 5 pour mille.

Pour les femmes, cette probabilité est en moyenne de 3,9 pour mille : elle est de près de 6 pour mille entre 50 et 54 ans, d’environ 7 pour mille entre 55 et 59 ans et de 6 pour mille entre 60 et 63 ans15. Certes, les jeunes invalides sont les plus chers pour l’AI si on adopte une perspective globale, car ce sont ceux qui restent le plus longtemps dans cette situation.

Néanmoins, ce sont les assuré(e)s âgés qui ont la plus grande probabilité de devenir invalides. L’expérience tirée de la prévoyance professionnelle montre une situation semblable. Le « taux d’usure » élevé que révèle la proportion de nouvelles rentes est choquant. Les travailleuses et travailleurs âgés sont lessivés, mis au rebut puis « refilés » à l’AI, faute de perspectives sur le marché de l’emploi. Cela ne peut pas continuer ainsi : les employeurs doivent s’en soucier davantage.

... la retraite anticipée volontaire pour les autres
En revanche, ceux qui ont un bon 2e et 3e pilier peuvent anticiper leur retraite et en fixer eux-mêmes la date. Ainsi, toutes les études montrent qu’une formation supérieure, un avoir de vieillesse bien garni et le 3e pilier ou toute autre fortune sont souvent associés à la retraite anticipée.

Par Andreas Rieger, vice-président de l’USS et coprésident d’Unia

Précisons que seize syndicats représentant en tout quelque 380.000 membres sont affiliés à l'Union syndicale suisse (USS). L'USS s'annonce « neutre d'un point de vue confessionnel et indépendante des partis politiques ».


Publié le Mardi 3 Juillet 2007 dans la rubrique Emploi | Lu 10662 fois