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Senior Actu

Emploi des seniors : Triste campagne, chronique de Serge Guérin

Cette première campagne du gouvernement doit être saluée pour ce qu’elle est : une heureuse initiative qui aurait dû commencer il y a vingt ans… Car, le pays revient de loin avec une politique des préretraites débutée en 1975 (par un certain Jacques Chirac…) qui a entraîné une catastrophe sur le plan économique et humain. Et qui a surtout, insufflé durablement dans les têtes, que le vieillissement était synonyme de faible productivité et d’incapacité à s’adapter aux évolutions de la société.


Il faut donc multiplier les campagnes, les actes de communication, les symboles et les signes. Jean-Louis Borloo l’a fort bien dit en insistant sur l’image négative des salariés seniors et sur la force des préjugés.

Dommage pourtant que cette première campagne digne de ce nom -on parle de 3 millions d’euros…- reprenne des poncifs et soit d’un contenu si faible. Faut-il reprendre le style des films des années 1970 pour célébrer la modernité des seniors ? Est-il nécessaire de placer les seniors sur des sujets anodins pour affirmer leur utilité dans l’entreprise ?

« Je peux vous battre aux jeux vidéo à l’aise », explique un certain Patrick. Mais justement, ce que l’on demande à Patrick c’est d’apporter autre chose qu’une compétence dans les jeux vidéo ! Dans ce domaine, les jeunes seront toujours les meilleurs et c’est très bien ainsi… Pourquoi aussi avoir privilégier des supports généralistes en laissant de côté les titres économiques lus par les décideurs ? .../...
Emploi des seniors : Triste campagne, chronique de Serge Guérin

Serge Guérin
Alors que les étals des librairies sont envahis par une littérature de procureurs aux petits pieds instruisant le procès des baby-boomers maintenant qu’ils ont pris de l’âge, la campagne du gouvernement reste éloigné de l’enjeu central de l’intergénération.

Des essayistes confortables, se prenant pour des Raymond Aron, dénoncent la culture libérale soixante-huitarde et recherchent avec frénésie un bouc émissaire générationnel. Pensent-ils que le pessimisme peut représenter un projet de société ? Le pessimisme outrancier, c’est la sociologie des imbéciles, pour paraphraser la formule de Marx.

Je crois qu’il faut répondre à cette volonté de monter les générations les unes contre les autres par la multiplication d’initiatives intergénérationnelles. La campagne aurait dû mettre en avant des expériences de coopération intergénérationnelle menées au sein des entreprises ou d’autres organisations. Plutôt que de nous montrer Patrick, ou Brigitte seuls, il fallait les inscrire dans une dynamique intergénérationnelle.

Cette campagne est trop misérabiliste. Elle risque de renforcer les stéréotypes au lieu de les combattre. Dommage.

Par Serge Guérin
Professeur à l’ESG


Publié le Lundi 30 Octobre 2006 dans la rubrique Emploi | Lu 4495 fois