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Du nouveau dans la sexualité des seniors français

Les premiers résultats d’une grande enquête sur le « Contexte de la Sexualité en France » (enquête CSF) viennent d’être rendus publics. Les données de ce rapport devraient contribuer à guider l’élaboration des politiques de prévention de la transmission sexuelle des maladies sexuellement transmissibles mais fournissent également des informations sur la sexualité des seniors français.


Cette grande étude, a été réalisée auprès de 12 364 femmes et hommes, âgées de 18 à 69 ans. Il s’agit en réalité de la troisième enquête nationale sur les comportements sexuels en France, après l’enquête Simon en 1970 et l’enquête ACSF (Analyse des Comportements Sexuels en France) en 1992.

Cette enquête, très complète, a été menée entre octobre 2005 et mars 2006 à l'initiative de l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS). Elle était sous la responsabilité scientifique de Nathalie Bajos (Inserm) et de Michel Bozon (Ined), et a été coordonnée par Nathalie Beltzer (ORS Ile-de-France).

Commençons par le commencement… Comme le souligne cette étude, dans les générations les plus anciennes, les premiers rapports sexuels avaient des significations bien différentes pour les femmes et pour les hommes. Pour les femmes de 60 à 69 ans, 70% des premiers partenaires étaient ou sont devenus des conjoints. Ce n’était le cas que de 33% des premières partenaires des hommes du même âge ; celles-ci étaient plus souvent des partenaires occasionnelles.

Interrogés sur la fréquence de leurs rapports au cours des quatre dernières semaines, les femmes et les hommes de tous âges donnent des réponses très concordantes. Parmi les personnes ayant eu des rapports sexuels dans les 12 derniers mois (87,2% des femmes et 91,4% des hommes), le nombre mensuel moyen de rapports est de 8,7 pour les deux sexes. Les résultats sont très voisins de ceux de l'enquête de 1970 et de ceux de 1992.

D’autre part, les auteurs de cette grande enquête notent que « des évolutions sensibles sont enregistrées chez les personnes âgées de plus de 50 ans, en particulier chez les femmes ». Ainsi, alors que les femmes en couple de plus de 50 ans n’étaient que 53% à déclarer une activité sexuelle dans les 12 derniers mois dans l’enquête de 1970, elles étaient 77% dans l’enquête de 1992 et sont près de 90% aujourd’hui. Dans l’enquête de 1992, les femmes en couple de 50-69 ans déclaraient avoir eu 5,3 rapports par mois ; ce chiffre passe à 7,3 aujourd’hui. Le rapport estime également que l’activité sexuelle des femmes les plus âgées continue à s’accroître, tendance qui se dessinait dès le début des années 70.

La proportion des hommes en couple de plus de 50 ans qui ont une activité sexuelle s’élève également, mais beaucoup moins depuis l’enquête de 1992, constatent les scientifiques. Ils déclarent 7.2 rapports sexuels mensuels dans les deux enquêtes.

La fréquence des rapports n’est pas liée seulement à l’âge. Elle diminue également lorsque la durée de la relation augmente : de 12 rapports par mois déclarés par les femmes et les hommes dont la relation date de moins de 6 mois, on passe à 8 quand la relation dure depuis plus de 5 ans. .../...
Du nouveau dans la sexualité des seniors français

Cette étude remarque également que les déclarations de pratiques sexuelles avec une personne du même sexe varient sensiblement selon les générations. Ainsi, les femmes et les hommes nés avant le milieu des années 50 (âgés de plus de 50 ans à l’enquête) déclarent moins souvent avoir vécu ce type d’expérience. De fait, l’homosexualité est beaucoup moins acceptée dans ces générations, ce qui affecte la mémoire des expériences vécues et les déclarations.

Interrogées sur leurs opinions à l’égard de l’homosexualité, la majorité des personnes considèrent que l’homosexualité est « une sexualité comme une autre ». Cependant, soulignent les auteurs, l’acceptation de l’homosexualité est plus marquée chez les femmes et chez les personnes nées après le milieu des années 50.

Les responsables de cette étude notent donc que les hommes de générations plus anciennes adhèrent davantage à une vision « pathologique » de l’homosexualité et sont 40% à 60-69 ans à considérer qu’il s’agit d’une sexualité « contre nature ». « Cette différence entre hommes et femmes traduit la peur qu’ont certains hommes de voir leur identité masculine remise en cause » précisent les scientifiques.

D’une manière générale, si les déclarations de pratiques homosexuelles sont les plus faibles dans les générations 1936-1956 (50-69 ans à l’enquête), c’est aussi parce que les représentations négatives de l’homosexualité sont plus répandues dans ces générations.

« Les déclarations d’expériences homosexuelles doivent ainsi être considérées comme des estimations minimales de ces comportements dans la population résidant aujourd’hui en France » soulignent les auteurs de cette enquête.

En ce qui concerne les pratiques de sexualité orale, cunnilingus et fellation, elles sont déclarées dans les mêmes proportions par les femmes et par les hommes. Toujours selon cette grande étude, elles ont connu une diffusion spectaculaire dans les années 1970 et 1980, et celle-ci s’est poursuivie dans les années 1990 et 2000. Ainsi plus de 80% des femmes déclarent avoir expérimenté ces pratiques, en nette augmentation par rapport à 1992.

A cette époque, 48% des femmes de 55 à 69 ans disaient encore n’avoir jamais pratiqué la fellation (enquête ACSF). D’après l’enquête de 2006, la proportion de celles qui l’ignorent n’est plus que de 29% pour cette tranche d’âge, alors que 30% disent désormais la pratiquer régulièrement.

Les déclarations des hommes sont très proches de celles des femmes, sauf aux âges plus jeunes (les hommes commencent plus tôt) et aux âges plus élevés (plus de femmes que d’hommes n’ont jamais eu d’expérience de la fellation).

Un peu plus fréquent que la fellation, le cunnilingus a été expérimenté par 85% des hommes et des femmes. Il s’est diffusé parallèlement à la fellation ; entre 25 et 49 ans, 70% des uns et des autres pratiquent cette activité souvent ou parfois. Fellation et cunnilingus sont devenus une composante très ordinaire du répertoire sexuel.

Ce n’est pas le cas de la pénétration anale. Même si les personnes qui déclarent l’avoir pratiquée au moins une fois dans leur vie sont plus nombreuses qu’elles ne l’étaient dans l’enquête de 1992, elles restent une minorité. En 1992, seulement 24% des femmes et 30% des hommes déclaraient en avoir fait l’expérience, alors qu’en 2006, ils sont respectivement 37% et 45%. Cette pratique, qui n’est pas ignorée des générations plus anciennes (puisque parmi les personnes de plus de 60 ans, 26% des femmes et 34% des hommes l’ont expérimentée), se diffuse lentement, mais sans devenir une composante ordinaire de la sexualité des couples, remarquent les auteurs de cette étude.

Le taux de recours à la prostitution dans la vie est un cumul de toutes les expériences à divers âges. Après cinquante ans, plus d’un homme sur quatre a eu au moins un rapport sexuel payé dans sa vie.

Au total, 50,2% des femmes (28,5% une fois et 21,7% plusieurs fois) et 45,2% des hommes (25,7% une fois et 19,5% plusieurs fois) déclarent avoir effectué au moins un test de dépistage du virus du sida au cours de leur vie, soit près de deux fois plus que dans l’enquête de 1992. Le recours au test dans l’année est plus fréquent chez les jeunes : 21,1% des femmes et 17,1% des hommes âgés entre 18 et 24 ans ont effectué un test dans l’année contre 3,2% et 6,4% de ceux de 50 à 69 ans.

Pour conclure, ces représentations rendent compte de la place, différente selon le sexe, que la sexualité occupe dans la vie des individus. À tous les âges de la vie, elle apparaît plus indispensable aux hommes qu’aux femmes (43% pour les hommes et 31% pour les femmes), qui la considèrent plus souvent importante mais pas indispensable (55% pour les femmes et 49% pour les hommes).

Chez les hommes comme chez les femmes, c’est entre 25 et 50 ans que la sexualité apparaît le plus indispensable. C’est en tout début de vie sexuelle, mais surtout dans les générations âgées de plus de 50 ans que la sexualité apparaît le moins souvent indispensable. Les différences de positionnement entre les femmes et les hommes sont moins marquées dans les jeunes générations : tandis que les femmes de 60-69 ans sont deux fois plus nombreuses que les hommes du même âge à considérer que la sexualité n’est pas importante dans leur équilibre personnel (37% versus 18%), les jeunes femmes et hommes de 18-24 ans ne partagent une telle conception que dans 12% des cas.


Publié le Mercredi 14 Mars 2007 dans la rubrique Bien-être | Lu 44416 fois