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Des immigrés âgés d’un foyer d’Épinay-sur-Seine (93) sont menacés d’expulsion

Une quarantaine de septuagénaires maghrébins, menacés d’expulsion après avoir refusé des offres de relogement, ont obtenu début janvier, un répit au tribunal d’instance de Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis, qui a renvoyé l’audience au 21 mars prochain, indique une dépêche de l’AFP.


De très nombreux immigrés sont arrivés en France dans les années 60/70, principalement en provenance du Maghreb. Pendant longtemps, cette main d’œuvre bon marché a travaillé dans l’industrie automobile, dans le bâtiment, dans la sidérurgie, dans les travaux publics ou encore dans les mines. Parmi eux, certains ont vécu presque toute leur vie dans des foyers ou des hôtels meublés, seuls, « célibatairisés », loin de leur famille restée dans leur pays d'origine. Au départ envisagée comme temporaire, cette immigration s'est installée et a fini par vivre en France.

Aujourd’hui, ils ont atteints l’âge de la retraite et savent qu’ils ne retourneront probablement jamais chez eux. Certains sont affaiblis par un état de santé fragile, d’autres sont invalides et tous vivent dans la pauvreté. Le dur labeur ne les a pas épargnés. Malgré leur âge, un bon nombre d’entre eux vit encore dans des foyers de travailleurs migrants à la périphérie de Paris. C’est l’un deux qui est en cause dans cette affaire.

« Le foyer, coincé entre le rail, la route et une ligne à haute tension, se compose de quatorze chambres en enfilade le long d’un couloir central. Sanitaires et cuisine rivalisent d’insalubrité » indique un journaliste du quotidien gratuit 20 minutes. L’Aftam, organisme gérant ce foyer de travailleurs migrants d’Epinay-sur-Seine, souhaite faire détruire ces logements depuis 1998. Faute d’être parvenu à convaincre les 44 hommes, pour la plupart Algériens, d'emménager dans des résidences plus « confortables », elle a demandé au tribunal de Saint-Ouen leur « expulsion immédiate ».

Daniel Ferry, directeur opérationnel pour l’Île-de-France de l’Aftam souligne dans la dépêche AFP que les résidents « ont refusé d'aller fin 2004 dans la résidence tout confort construite pour eux rue du Petit caillou, à Saint-Denis, par la Sonacotra ». Depuis, les chambres ont été attribuées à d'autres personnes. Malgré la médiation du consul d’Algérie, deux solutions de relogement ont été rejetées, précise de son côté le quotidien 20 minutes.

En fait, ces immigrants âgés sont inquiets du montant de leur nouveau loyer et craignent d’être séparés. L’Aftam explique pourtant que des simulations individuelles calculant le loyer dû après compensation de l'allocation logement ont été faites pour tous les résidents âgés. Selon elle, au final, il aurait du y avoir une différence d’une trentaine d’euros supplémentaires à régler. Ce que conteste le Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti) qui indique : « il n'y a jamais eu de calcul individuel, il fallait commencer par faire un état de leurs ressources ».

En attendant les résidents et plusieurs associations demandent au préfet et au comité de pilotage de l’AFTAM d’autoriser ces personnes âgées à vivre dans ce foyer jusqu’à la date de sa destruction prévue pour 2008 et d’effectuer le plus rapidement possible quelques travaux d’urgence dans les sanitaires et les cuisines. Rendez-vous le 21 mars prochain pour la prochaine audience du tribunal.

Rappelons qu'environ 90.000 Maghrébins de plus de 65 ans vivaient en France en 2002 (63 000 Algériens, 20 000 Marocains et 7 000 Tunisiens), selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS). En dix ans, dans cette tranche d'âge, le nombre de Marocains a triplé et celui des Algériens a plus que doublé.

« Aujourd'hui, ils sont plusieurs dizaines de milliers d'hommes de plus de 60 ans qui ne peuvent plus retourner chez eux et vont devoir vieillir ici. Strictement rien n'a été pensé pour eux. Ils vivent toujours dans des foyers. Ils ont des droits à la retraite, mais ne savent pas forcément où s'adresser. Ils ont des sacs entiers de paperasserie et ne savent pas quoi en faire. Avant, c'était simple : travail, foyer, travail, foyer. La vieillesse leur est tombée dessus à l'improviste. Ils vont chez le médecin et disent : « je suis malade de la retraite », traduction littérale de l'arabe. Ils vivent cette période de leur vie comme une maladie » témoignait déjà la réalisatrice Yamina Benguigui lors de la sortie de son film « Mémoires d'Immigrés » en 1997…

Pour en savoir plus, lire aussi :

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Lancement d'une étude sur la situation des immigrés seniors en France
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Publié le Jeudi 19 Janvier 2006 dans la rubrique Maisons de retraite | Lu 2299 fois