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Des centenaires dans une école maternelle américaine

L’association américaine Les Petits Frères-Amis des Personnes Âgées organise depuis trois ans, des rencontres entre des centenaires et des élèves de classes de maternelle au moment où les enfants viennent juste d’apprendre à compter jusqu’à cent. Durant une heure et avec une vraie touche d’humour, les personnes âgées partagent avec les petits une expérience de vie.


Quelle différence y a t-il entre 5 et 100 ?

Les grands des classes maternelles de la Latin School de Chicago ont maintenant une idée assez claire de la réponse. Par un matin de février 2005, deux classes complètes d’enfants de 5 et 6 ans -une quarantaine de petits- se sont rassemblées aux pieds de deux personnes centenaires. Liliane et Roosevelt, âgés respectivement de 100 et 104 ans, ont capté l’attention de chaque classe pendant 45 minutes, régalant les enfants d’histoires de leur jeunesse toute en leur faisant découvrir une autre image de la vieillesse.

La visite de ces deux centenaires dans cette école maternelle de Chicago a été organisée par les Petits Frères-Amis des Personnes Agées, une organisation de bénévoles à but non lucratif, qui vise à diminuer l’isolement et la solitude des aînés.

Cette action est organisée depuis trois ans par Christine Bertrand, coordinatrice du programme intergénérationnel des Petits Frères. « C’est important pour la société que les enfants comprennent la valeur de leurs aînés et combien de sagesse et de bonnes conversations peuvent apporter, même les plus âgés », explique-t-elle.
Des centenaires dans une école maternelle américaine

Une visite préparée par les enseignants

Le personnel de Latin School a préparé les élèves à cette visite. Il s’est arrangé pour qu’elle coïncide avec le "compter" jusqu’à cent et un total de cent jours à l’école. « Dans notre classe, nous avons préparé les questions à poser au visiteur », raconte Regan Coin, un des deux instituteurs concernés. « Nous avons également discuté du fait que la personne âgée pourrait peut-être ne pas entendre, voir ou marcher, et comment nous pourrions respecter cela. En fait, nous voulions préparer les enfants à l’éventualité de l’arrivée de notre visiteur en fauteuil roulant ou avec une canne », poursuit-il. Et en effet, les deux centenaires avaient un handicap. Liliane était aveugle et Roosevelt était équipé d'un fauteuil roulant.

De son côté, Lynn Pearson, la deuxième institutrice, a préparé sa classe en discutant des grands-parents et de ce qu’ils aimaient faire. « Nous avons regardé ensemble des photos de centenaires. Nous avons évoqué diverses activités possibles pour des personnes de cet âge là : probablement pas du vélo, ni du skate, mais peut-être de la piscine, de la marche, du golf ou de la pêche ». .../...

Liliane dans la classe de M. Coin

Les enfants ont posé des questions allant de : c’est quand ton anniversaire ? à : est-ce que tu jouais aux cartes Yu-Gi-Oh ?. Interrogée sur son enfance, Liliane a décrit la maison en bois où elle a grandi. « C’était recouvert à l’intérieur et à l’extérieur, si bien que personne ne savait que c’était en bois ».

« Les élèves étaient particulièrement fascinés par la façon dont les enfants étaient punis à l’école de son temps et comment ils se faisaient huer pour s’être mal comportés », souligne l’instituteur.


Roosevelt chez Mme Lynn Pearson

Roosevelt, est entré dans la classe de Lynn Pearson avec son fauteuil motorisé et a détaillé ses activités passées et présentes. Les enfants ont été abasourdis par ses mimes : comment mettre une voiture en marche à l’aide d’une manivelle ou comment remplir une lampe à pétrole. A la question de savoir s’il avait sa propre voiture, il a répondu : « Oui. Vous alliez dans les bois, vous découpiez un tronc d’arbre creux ; vous y clouiez des roues, et voilà votre voiture. Mais quelqu’un était obligé de la pousser pour qu’elle démarre . »

Quand la co-animatrice et enseignante, Vicki Kendall, a interrogé Roosevelt sur son expérience scolaire personnel, il a révélé qu’il n’avait pas eu le temps d’aller à l’école. Il devait aider à la ferme familiale. Il a raconté comment un cochon devient du jambon, il a évoqué la technique du salage, de la salaison et la suspension des morceaux dans l’enfumoir. Mme Pearson a demandé s’il mettait le jambon au réfrigérateur : « Réfrigérateur ? ? ? » dit-il en riant. « En ce temps-là nous ne savions pas ce qu’est un réfrigérateur ». Et un élève a chuchoté à un autre : « Il n’y avait même pas de câble ».

Une leçon de vie

A la fin de la séance les enfants se sont alignés pour serrer la main de Roosevelt et le remercier de sa visite. A chaque poignet de mains, le vieux monsieur a prédit l’avenir de l’enfant : « Toi, tu seras un joueur de base-ball » ; « Tu seras enseignant » ; « Tu seras pasteur ». Les enfants ont également montré à Roosevelt un livre qu’ils avaient réalisé pour l’occasion, « Quand j’aurai Cent Ans », rempli de dessins et de descriptions tels qu’ils s’imaginent dans 95 ans.

De même, la classe de Mme Pearson a demandé à son visiteur : « Quel conseil donnerais-tu pour vivre longtemps ? » : « Traitez les gens comme vous aimeriez qu’ils vous traitent », a répondu Roosevelt. Et d'ajouter « Nous sommes tous des êtres humains ». Les enfants se sont souvenus de ces paroles bien après le départ de Roosevelt.

La classe de M. Coin, curieuse, a aussi interrogé Liliane sur cet écart de 95 années. « Qu’est-ce que ça fait d’avoir 100 ans ? » ce à quoi elle a répondu : « Je crois que je l’apprécie. Je n’ai pas l’impression d’avoir 100 ans ».

Enfin lorsque Mme Pearson a demandé aux enfants « combien d’entre vous pensent vivre jusqu’à 100 ans ? Presque tout le monde a levé la main ».

Contact :

Petits Frères-Amis des Personnes Agées
« Little Brothers - Friends of the Elderly »

355 North Ashland Avenue, Chicago, Illinois 60607
Tél. : 312.455.1000 • Fax 312.455.9674

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Publié le Jeudi 19 Janvier 2006 dans la rubrique Intergénération | Lu 3281 fois