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Des aides américaines permettent à des infirmières palestiniennes de s’occuper de leurs personnes âgées

Selon un récent communiqué publié par le Bureau des programmes d’informations internationale du département d'Etat américain, des infirmières palestiniennes rendent visite à des personnes âgées en Cisjordanie grâce à l’aide de l’USAID, organisme administrant les programmes du gouvernement des États-Unis ayant trait à l'aide et au développement à l'étranger. Les Palestiniens âgés qui habitent dans des lieux reculés peuvent ainsi avoir accès à des soins médicaux. Reportage de Grace Bradley, correspondante de l'USINFO.


Bethléem (Cisjordanie) - Trois infirmières palestiniennes de la clinique Dar al-Kalima chargent un matelas neuf dans le coffre d'un taxi et se dirigent vers Shwaware, un hameau balayé par le vent situé à l'est de Bethléem, en Cisjordanie. Des chèvres broutent les pentes nues qui séparent les maisons.

Fatima, une octogénaire atteinte de la maladie d'Alzheimer, est allongée sur un matelas de caoutchouc sale, son regard fixe rivé sur le plafond. Il est évident qu'elle ne s'attend pas à la visite de cette équipe médicale. Sa robe violette est souillée et ses chevilles ont été égratignées par les pierres sur lesquelles elle a marché pieds nus deux jours plus tôt. Sa canne est tombée sous son lit dégarni et est hors d'atteinte. Mais dès que les infirmières entrent, Fatima s'assoit, les reconnaît et leur souhaite la bienvenue.

Les infirmières mettent des gants de latex et s'attellent à la tâche : elles nettoient les murs avec un antiseptique et lavent la modeste pièce dans laquelle vit la vielle dame. Elle a bien des draps pliés sur un placard, mais elle n'a pas eu la force de les descendre. Elle n'a pas non plus touché aux paquets de nourriture apportés la semaine dernière. Une infirmière prend sa tension pendant qu'une autre nettoie ses égratignures.

« J'ai faim, se plaint Fatima. Je ne me souviens plus quand j'ai mangé pour la dernière fois. » Elle est déshydratée et avale goulûment l'eau que lui tend l'infirmière.

Deux infirmières installent le nouveau matelas sur le cadre du lit pendant que la troisième entraîne Fatima au dehors afin qu'elle profite du soleil automnal. .../...

Le fils et la belle-fille de Fatima, qui doivent s'occuper de leur propre progéniture, arrivent en plein milieu des opérations de nettoyage. Le fils attrape un balai et se met à l'ouvrage. « Vous devez nettoyer la chambre de votre mère au moins deux fois par semaine », lui enjoint l'infirmière en chef. Il se tourne alors vers Fatima : « Maman, il est peut-être temps que nous laissions des étrangers s'occuper de toi. » Mais cette dernière se met à pleurer. Il existe peu d'institutions publiques de soins, et les soins privés sont rares et hors de prix.

Malheureusement, la situation de cette grand-mère devient de plus en plus courante en Cisjordanie, où il n'existe pas de sécurité sociale. La clinique Dar al-Kalima doit couvrir 17 villages, où vivent quelque 500 femmes âgées. Le dispensaire ne compte que 25 lits, et ils sont en général réservés aux handicapés, qui sont souvent des jeunes qui ont besoin de rééducation physique.

Les soins à long terme pour les personnes âgées séniles ou infirmes retombent souvent sur la Palestinienne au foyer. La tradition veut que les filles mariées s'occupent de la mère de leur mari, mais pas de la leur. Or dans l'économie affaiblie de la Cisjordanie, les familles étendues sont souvent dispersées et les couvre-feux et autres restrictions aux déplacements empêchent les visites qui pourraient contribuer à alléger la crise croissante des soins aux personnes âgées.

George Sahhar, un documentaliste de CARE International, qui gère ce programme d'aide dans le district de Bethléem a été ébranlé par sa rencontre avec Fatima. « Ce n'est pas notre coutume. Traditionnellement, les Palestiniens respectent les personnes âgées, a-t-il dit. Cette situation terrible démontre le démantèlement de la famille, qui a pourtant été le seul réseau de soutien social en l'absence d'un gouvernement national. Les revenus diminuent et les économies des foyers s'amenuisent rapidement. Alors la famille ne peut plus faire face. »

Du point de vue démographique, la population palestinienne est jeune : les statistiques actuelles révèlent que l'âge médian est de 18,5 ans, et que 42 % de la population ont moins de 15 ans. Pourtant, ces visites aux personnes âgées des zones rurales sont devenues un élément essentiel du programme d'aide humanitaire. En Cisjordanie, seulement près de 3 % de la population est âgée de plus de 65 ans, mais nombre des 86.000 citoyens du troisième âge doivent se débrouiller seuls. Cela inclut les patients qui se remettent d'une attaque cérébrale, qui sont atteints de diabète, ou qui ont perdu la vue ou l'ouïe.

« Un don de 30 millions de dollars de l'USAID permet de financer le Programme d'aide médicale d'urgence, un projet sur trois ans visant à combler les manquements du secteur médical palestinien » affirme le communiqué de l’USINFO. Afin d'aider les personnes qui sont victimes de la violence et de la dislocation sociale et économique engendrées par le conflit israélo-palestinien, ce programme, mis en œuvre par CARE International, soutient près de 60 cliniques et 12 hôpitaux, ainsi que divers dispensaires gérés par le ministère de la santé.

Dans les régions reculées, des infirmières rendent visite aux personnes âgées et aux personnes qui ont des besoins spéciaux afin de leur prodiguer divers soins et de leur distribuer des médicaments et autres fournitures nécessaires.

Tout aussi importants sont les conseils et les brochures qu'elles fournissent aux familles afin de leur expliquer comment prendre soin des personnes âgées de leur famille. « Avec une meilleure hygiène, un régime alimentaire équilibré et de l'exercice, les plus vulnérables peuvent vivre dans la dignité », a dit Ghada Zharan, coordonnateur de la santé publique à la clinique Dar al-Kalima. « Nous deviendrons tous vieux. »


Publié le Vendredi 23 Novembre 2007 dans la rubrique Divers | Lu 4762 fois