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Dépistage systématique du cancer de la prostate : les malades sont scandalisés par les propos de certains médecins

« Les inconvénients d’un dépistage systématique du cancer de la prostate sont certains, les bénéfices sont hypothétiques » affirment l’épidémiologiste Catherine Hill et le professeur Gérard Dubois. Ces déclarations scandalisent les membres de l’Association Nationale des Malades du Cancer de la Prostate (ANAMACaP) qui vient de réagir dans un communiqué de presse.


« La première conséquence de ces allégations est de jeter le trouble chez les médecins généralistes qui ne savent plus s’il faut conseiller ou non de surveiller sa prostate (...) » affirme en préambule le communiqué de l’association.

De cette façon, le premier dépistage sera vraisemblablement négatif mais répété ensuite annuellement ou tous les deux ans, on ne manquera pas de détecter un cancer débutant, facile à traiter. « Pour comprendre la provocation, souligne l’association, il faut d’abord préciser ce qu’est un dépistage ».

Dans le cas du cancer de la prostate, le dépistage s’effectue en deux étapes, indique-t-elle. La première comporte un toucher rectal pratiqué par un généraliste à la recherche d’une induration qui pourrait signer l’existence d’un cancer. En même temps le médecin ordonne un dosage de PSA (= Prostate Specific Antigen ou Antigène spécifique de la prostate) : celui-ci comporte une prise de sang et une analyse très simple. S’il n’y a pas d’induration et si la valeur du PSA ne dépasse pas un certain seuil, on admet que les risques de présence d’un cancer de la prostate sont très faibles.

Et on s’arrête là : force est de constater que ce dépistage ne présente rigoureusement aucun danger. S’il y a risque de cancer, on passe à la biopsie et/ou à la stratégie de traitement : ce n’est plus du dépistage.

Alors de quels « inconvénients » Madame Hill affuble-t-elle le dépistage ? s’interroge l’ANAMACaP. « Il s’agirait de l’impuissance et de l’incontinence. Mais ce sont des effets secondaires de certains traitements et non du dépistage. Ce ne sont pas le dépistage, ni le diagnostic qui sont critiquables mais le sur-traitement. Ce que plusieurs études découvrent aujourd’hui, c’est que 50% des cancers de la prostate indolents sont soignés par des traitements trop agressifs (prostatectomie et radiothérapie) » affirme l’association.

Et de poursuivre : il y a encore cinq ans, l’existence de cancers indolents n’était pas prouvée : on se contentait de découvrir une cellule cancéreuse, on opérait, que ces cellules soient nombreuses ou non, agressives ou non. De sorte qu’on a certainement opéré des hommes, avec les risques des effets secondaires que cela comporte alors qu’ils auraient très bien pu vivre avec leur cancer indolent. Cette erreur rend toute statistique sur les 20 dernières années totalement sans valeur. Le grand problème n’est pas de pratiquer ou non le dépistage mais de savoir à partir de quel degré de développement le cancer est-il sorti de la phase indolente.

Comment se fait-il que ce sophisme ne soit pas dénoncé par les médecins qui traitent le cancer de la prostate et qui savent qu’ils sauvent des vies grâce au dépistage précoce ? s'interroge l'association. Parce que ces spécialistes du cancer de la prostate prêtent le flanc à la critique à cause du sur-traitement : les uns neutralisent les autres et vice-versa et pendant cette guerre froide, 10.000 français deviennent invalides (impuissants et/ou incontinents) des suites d’un traitement du cancer de la prostate et s’ajoutent aux 10.000 autres français qui chaque année meurent du cancer de la prostate dans une indifférence entretenue par une controverse dépassée estime-t-elle.

« Quant aux « bénéfices hypothétiques » d’un dépistage, ils relèvent de la constatation chiffrée : là où il a été utilisé (USA – QUEBEC – TYROL), le taux de mortalité par cancer de la prostate n’a pas baissé mais extraordinairement chuté » affirme encore le communiqué. La science serait à ce point complexe qu’elle n’arrive pas à démontrer qu’un cancer est mieux traité à sa naissance que lorsque les métastases ont envahi le corps ? Il suffit d’une logique très simple pour comprendre que si un dépistage est pratiqué, régulièrement à partir de l’âge de 50 ans, sur la totalité d’une population masculine, les cancers évolués disparaîtront du tableau et on verra une diminution du taux de mortalité.

« Cependant, même en cas de test de dépistage gratuit, on constate qu’une proportion élevée des sujets à qui ce dépistage est proposé évite de se présenter (40% pour le dépistage du cancer du sein). Et c’est parmi cette population qu’apparaissent les formes du cancer les plus graves parce que diagnostiquées trop tard » souligne l’ANAMACaP.

Rappelons que pour sa part L’Association française d’urologie (AFU) recommande le dépistage individuel à tous les hommes âgés de 50 à 75 ans, ainsi qu’un dépistage à partir de 45 ans aux patients présentant un risque particulier (antécédents familiaux, origine africaine ou antillaise). .../...

« L'inconvénient majeur » d'un dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA (antigène spécifique prostatique) « est le surdiagnostic, c'est-à-dire le dépistage de cancers qui ne seraient jamais devenus symptomatiques », soulignent Catherine Hill, épidémiologiste à l'Institut Gustave Roussy (IGR) à Villejuif, et le professeur Gérard Dubois (CHU D'Amiens) dans une dépêche de l’AFP.

« De plus, les traitements entraînent souvent impuissance et incontinence », ajoutent-ils. « Trouver plus tôt un cancer ne suffit pas à démontrer que cela est utile au patient. Seules des études épidémiologiques qui démontrent une baisse de la mortalité peuvent apporter une telle preuve », insistent-ils.

La prostate en quelques mots (Source : Association Européenne d'Urologie)

Il s'agit d'une petite glande située sous la vessie et qui entoure la partie supérieure de l'urètre (canal traversant le pénis et conduisant l'urine et le sperme à l'extérieur). La prostate sécrète un liquide épais et clair qui se mélange aux spermatozoïdes pour former le sperme.

Cette glande peut être le siège de plusieurs affections, telles que l'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), l'infection aiguë ou chronique de la prostate et le cancer. Ces maladies peuvent provoquer des symptômes similaires : difficultés ou douleurs pour uriner, mictions fréquentes (en particulier la nuit) et besoins impérieux d'uriner.

Chez l'homme, le risque d'affection de la prostate augmente avec l'âge. Les antécédents familiaux, des origines africaines et une alimentation riche en graisses animales et pauvre en fruits, légumes et poissons peuvent également accroître le risque de maladie de la prostate. Tous les hommes, en particulier ceux de plus de 50 ans, doivent donc être vigilants et consulter leur urologue en cas de doute.


Publié le Mardi 31 Juillet 2007 dans la rubrique Santé | Lu 9531 fois