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Déconstruire le discours du « c’était mieux avant », chronique par Serge Guérin

Dans notre dernière chronique, nous sommes revenus sur les discours cherchant à opposer les générations. L’un des ressorts de ce discours vient d’une survalorisation du passé. On a toujours tendance à idéaliser les temps d’avant...


C’était mieux avant ! Or, les choses ne sont pas si simples. Par exemple, si « l’ascenseur social » a fonctionné à plein régime à cette époque, c’est bien que certains ont eu à subir le mouvement inverse…

Cette notion d’ailleurs reste fortement idéologisée car, en quoi peut-on assurer, par exemple, que les millions de personnes qui sont passés des travaux agricoles au salariat industriel, ont réellement bénéficiés d’une progression sociale ?

Certes, la période des Trente Glorieuses fut assurément plus favorable que celle des « Trente Désastreuses ». Difficile pour autant de passer par pertes et profits le travail accompli par les salariés de l’époque subissant une inflation record, de rudes conditions de travail et des semaines bien au dessus des 35 heures.

Par ailleurs, ces discours qui frôlent le poujadisme générationnel font bien peu de cas de la diversité des parcours de chacun, et « oublient » les plans sociaux dramatiques qui ont laminé dans l’industrie des centaines de milliers de salariés nés lors du baby-boom, ou le recours stigmatisant aux préretraites dont les « bénéficiaires » n’ont pas toujours vécu dans l’enchantement d’être mis sur le côté de la route… .../...
Déconstruire le discours du « c’était mieux avant », chronique par Serge Guérin

Déconstruire le discours du « c’était mieux avant », chronique par Serge Guérin
Cette approche qui a, certes, sa cohérence sur un point de vue macro économique passe trop rapidement sur les rapports humains.

Dans l’entreprise en particulier, il apparaît bien que les échanges sont largement marqués du sceau du respect et de l’équité entre les différentes générations de salariés. Notamment chez les ouvriers et les employés, le jeune, même s’il n’approuve pas toujours le comportement et les idées de son aîné, fait un lien avec les embûches rencontrées par son père.

A l’inverse, l’ancien qui n’est évidemment pas toujours en phase avec son cadet, comprend souvent son attitude car il connaît aussi les difficultés d’insertion rencontrées par son fils. Les uns comme les autres admettent leurs différences sachant qu’elles ne sont pas des jugements de valeur.

Bien plus souvent que ne le pensent certains sociologues, qui sont autant que les autres victimes de leurs représentations, les relations intergénérationnelles se déroulent dans une réelle bonne entente et avec un réel souci de coopérer. En particulier dans l’entreprise, les différents acteurs ont le plus souvent le sentiment d’être engagés dans une action collective où chacun dépend, peu ou prou, de l’autre.

Ce ressenti d’un destin commun est d’autant plus fort que chacun à conscience de la plus grande fragilité de l’organisation qu’auparavant. Nos enquêtes menées auprès de sociétés de service ou de groupes industriels, montrent bien que sur le terrain, la coopération intergénérationnelle est dominante. Bien évidemment, cette coopération peut trouver sa limite selon les situations de concurrence interne entre salariés ou dans le cas de situations trop fragiles ou d’un avenir trop illisible qui peut créer des oppositions et des conflits d’intérêts.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles

Lire la chronique précédente : Eloge du partage intergénérationnel ! Chronique par Serge Guérin


Publié le Lundi 22 Janvier 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 1965 fois