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De l’air d’Antoine Emaz : et l’ordinaire étroit du jour


La poésie d’Antoine Emaz explore le quotidien de la fatigue d’être et la difficulté de vivre plus que peu. Dépourvue de tout espoir de transcendance philosophique ou spirituelle elle ne suscite aucune déréliction. Elle serait d’ailleurs plutôt consolatrice car elle montre les mécanismes de l’existence sans affect, sans illusion. Plus que cela, elle incite à tenir bon en éveillant une conscience objective.
De l’air d’Antoine Emaz : et l’ordinaire étroit du jour

Antoine Emaz fourbit ses poèmes avec une fausse économie car son lyrisme des plus dépouillés possède une forte expressivité. Ses textes sont les plus souvent brefs, ses vers sont comme des hoquets, la scansion claque, la phrase réduite à quelques mots, le verbe est à l’infinitif infiniment présent ou est conjugué avec le vague pronom « on ».

On sent par là comme une urgence à saisir l’insaisissable alors que le réel ne se laisse pas facilement fixer. La rencontre est furtive et inopinée d’où une certaine désillusion, une lassitude, une tentation à l’abandon. Les titres de son œuvre, déjà conséquente, en témoignent : En deçà, c’est, entre, Boue, KO, Peu importe, etc.

« De l’air » illustre bien cette énergie à vivre malgré tout. C’est un appel à résister au réel fragmenté et à vivre à l’unisson avec ce qu’on peut.

Au bout on sait le sac
reviendra sur le dos
on ne va pas s’envoler
on fait la pause
c’est tout


« Seulement durer » exhorte enfin A. Emaz dans cette formidable concentration significative qui est une invite au retour au calme.

Antoine Emaz
De l’air
Edition Le Dé Bleu
13.50 euros
104 pages


Publié le Lundi 16 Juillet 2007 dans la rubrique Culture | Lu 1189 fois