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Danny Boy, le « chanteur moderne » et l’un des pionniers du rock français est de retour

Considéré comme le pionnier du rock français, Danny Boy revient après une longue absence. Sa carrière débute en 1957, bien avant la vague yéyé. Il y mettra un terme en 1968 après bien des déboires avec ses maisons de disques. Il revient “en grande pompe” et, après un Olympia explosif, il est sur scène avec la tournée Génération Rock’n roll et dans toute la France depuis janvier 2007.


Danny Boy, le « chanteur moderne » et l’un des pionniers du rock français est de retour

Comment êtes-vous venu à la chanson et à l'enregistrement du tout premier disque de rock français ?


 Danny Boy : J'ai eu la chance de débuter une carrière de 1957 à 1960 sous mon véritable nom Claude Piron. J'ai enregistré mon tout premier disque chez Ducretet-Thomson. J’étais qualifié, comme c'est d'ailleurs mentionné sur la pochette, de “chanteur moderne”.

Tout a commencé en 1956, lorsque mes parents ont acheté un restaurant à Cassis. En achetant cet établissement, ils ont également “acheté” avec, le pianiste. Il jouait tous les soirs une musique plutôt jazzy qui m'a très vite branché. Il m'a, par la suite, écrit des chansons qui balançaient bien. J'ai fini par ne plus penser qu'à ça : chanter, chanter, chanter.

J'ai commencé par des chansons de l'époque qui appartenaient à des chanteurs qui ont été oubliés depuis comme Jean Bretonnière, Jacques Dutally. Plus personne ne les connaît aujourd'hui, mais le grand succès de Jean Bretonnière était “Toi ma p'tite folie, toi m'a p'tite folie, mon p'tit grain de fantaisie…” et Jacques Dutally c'était “Tu me plais, tu me plais…oh ! mon amour, c'est extraordinaire…”.

Le véritable déclic est venu en 1957 quand ma mère a quitté Cassis pour racheter un restaurant rue Biot à Paris, situé à côté de l'Européen. Et là je me suis dis qu'un jour je chanterai dans ce théâtre. Et j'y ai effectivement chanté par la suite.

Avec mon copain Armand Seggian, un cousin de Charles Aznavour, on a commencé par écrire des chansons et appris les bases de la musique américaine qui déferlait déjà dans les juke-boxes. On écoutait des gens comme Conway Twity, Bill Halley et c'était aussi les débuts d'Elvis Presley. .../...

Vous étiez en avance sur la vague yéyé, qui n'a en somme rien inventé, n'est-ce pas ?

D.B. : La vague des chanteurs dits yéyé n'a rien inventé, pas plus que ceux qui aujourd'hui font du rock'n roll. Je dis souvent qu'il ne faut pas oublier que s'il n'y avait pas eu en France les Chaussettes Noires, les Chats Sauvages, Danny Boy et ses Pénitents et d'autres groupes de l'époque comme les Vautours, il n'y aurait pas de rock’n roll français… Il ne faut pas oublier aussi Danyel Gérard.

On a commencé en même temps. On répétait ensemble les mêmes chansons dans un cabaret du côté de Montparnasse qui s'appelait “L'Éléphant bleu”. C'est pour dire qu'on était les précurseurs du rock'n roll français. Danyel a enregistré pratiquement trois mois après moi, ou peut-être deux, dans la même maison de disques. Ils l'avaient surnommé le “chanteur suffoquant” parce qu'il chantait par onomatopées.

Danny Boy, le « chanteur moderne » et l’un des pionniers du rock français est de retour

Aviez-vous une base musicale ?

D.B. : Non pas vraiment, c'était le son, à l'oreille, j'aimais cette musique. J'allais beaucoup au cinéma, surtout pour voir les films américains, car il y avait toujours des scènes avec des juke-boxes, des teenagers et des musiques qui swinguaient. Et dans ces moments-là, je me suis toujours dit qu'un jour où l'autre, cette musique déferlerait sur la France.

Malheureusement quand c'est arrivé, je n'étais pas là, mais en Espagne où je chantais à Barcelone. Je devais faire un court séjour d'un mois et j'y suis resté trois ou quatre, mais quand j'ai vu sur une affiche un mec à genou avec une chemise rayée et une guitare, annoncé en concert à Paris, je suis parti le jour même. C'était Johnny Hallyday à la salle Wagram, et là j'ai su que j'avais raison.

Justement, quand on est précurseur, comment fait-on pour convaincre les maisons de disques d'enregistrer un premier 45 tours. Cela a t-il été difficile ?

Danny Boy, le « chanteur moderne » et l’un des pionniers du rock français est de retour
D.B. : Bien sûr, bien sûr ! Parce qu'à cette époque-là, on n'avait pas la chance d'avoir un château et des profs pour vous aider à faire quelque chose en quatre mois. C'est vrai, cela n'existait pas. J'ai fait tout ce qui était possible de faire. J'ai frappé à toutes les portes, les boîtes, les grandes brasseries de Paris comme le Maxeville, chez Muller. De la Place Clichy à Montparnasse. De la Taverne de la République à la Villa d'Este. Mais je chantais et comme il fallait vivre, je chantais, je chantais. Pas toujours la musique que j'avais envie de chanter, mais je chantais.

Et un jour, j'ai eu la chance d'auditionner chez Suzie Lebrun à l'Échelle de Jacob, rue Jacob à Paris. Il y avait une toute petite scène avec un piano. Je me présente et commence mon audition avec des chansons que moi personnellement, j'aimaisbien. Quand Madame Lebrun me dit “Arrête ça, c'est pas possible !”. Pourtant, à Saint-Germain-des-Prés, il y avait pas mal de boîtes de jazz, mais son cabaret n'était pas fait pour cette musique. Elle me dit “Il faut que tu changes tout ton répertoire” et j'ai changé mon répertoire. J'ai chanté du Billy Nenciolli et d'autres chansons du même style et c'est comme ça que tout à commencé gentiment pour moi. Je me suis retrouvé avec des débutants comme René-Louis Laforgue, Jacques Brel, François Deguelt, les Trois Ménestrels, Ginette Garcin, Sophie Darel.

Puis un jour, elle me dit que nous sommes attendus chez Ducretet-Thomson pour une audition. Ni une ni deux, je signais mon contrat avec Ariane Ségale et devenais “le chanteur moderne” de la firme. Tout s'est très vite enchaîné après, mais il y a quand même une anecdote que je voudrais vous raconter, car elle m'est toujours restée en travers de la gorge.

Convoqué pour un essai à l'Alhambra, j'arrive en costume cravate et commence à chanter. La directrice Jeanne Broteau, assise au 3ème rang d'orchestre me fait “Stop, arrête”. J'avais 20 ans, j'étais mignon et je l'entends encore me dire “Avec la gueule que t'as et tes chansons, il faut que tu chantes en cuir !” - “Ah bon ?” - “Je te prends dans le spectacle de Patachou, mais tu chantes en cuir” - “D'accord”. J'ai trouvé après moult difficultés mon pantalon de cuir chez un marchand de motos, mais j'allais chanter à l'Alhambra.

Tous les après-midis, j'avais à ma disposition le théâtre, pour moi tout seul, ainsi qu'un pianiste qui s'appelait Jannie Guireau, afin de répéter mes quatre chansons prévues au programme. Ma maison de disques, ravie, a parfaitement joué le jeu et du jour au lendemain, j'ai retrouvé ma tête sur toutes les colonnes Morris de Paris. C'était “Claude Piron à l'Alhambra”.

Madame Patachou, sûrement un peu vexée de tout ça, est arrivée un jour en répétition et dit ''Je n'en veux pas''. Et comme c'est elle qui louait la salle, on m'a signifié “Vous ne faites plus le spectacle”. Patachou avait à l'époque son cabaret à Montmartre, mais également son petit protégé qui s'appelait Jean-Jacques Debout. C'est donc lui qui a fait l'Alhambra à ma place.

Voilà la véritable histoire que j'ai racontée l'autre jour à Pierre Billon en lui disant “Ta mère m'a fait une sacrée saloperie ce jour-là”. Je me suis enfermé chez moi et j'ai pleuré durant trois jours. C'est pour dire que tout n'a pas été facile, mais j'y croyais tellement. En fait tout s'est vraiment accéléré quand j'ai changé de nom.

Alors pourquoi avoir changé de nom ?

D.B. : Parce que l'image de Claude Piron était finie. Car si j'avais vendu 400 disques avec Claude Piron, c'est tout. Je signe chez Ricordi et pour Danny Boy on en tire 120 000. Ce n’était plus pareil.

À quel moment sont arrivés les Pénitents ? Avec Claude Piron ou Danny Boy ?

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D.B. Avec Danny Boy. La directrice artistique qui m'avait fait confiance au départ chez Ducretet-Thomson était rentrée chez Ricordi. Je lui ai dit “Ariane, est-ce que tu veux de moi ?”, elle m’a répondu “Attends, tu es toujours sous contrat”. Elle ne savait pas encore que j'avais quitté ma première maison de disques et que j'étais libre. Elle m’a demandé ce que je voulais faire et m’a dit “Bon, mais il faut faire vite car toutes les maisons de disques vont avoir leurs chanteurs de rock et leurs groupes”.

Ma priorité était de changer de nom et Ariane le savait depuis longtemps.“Comment tu vas t'appeler ?” - “Je ne sais pas encore”. Je suis rentré chez moi et j'ai écouté un disque d'Harry Belafonte qui chante une du folklore irlandais qui s'appelle Danny Boy. J'ai pris mon téléphone et j'ai dit à Ariane, “Voilà je m'appelle Danny Boy” - “OK ! Maintenant il faut trouver des musiciens et ce n'est pas facile”. Quelques temps après, on trouve trois musiciens de studio. Plutôt jazz. Et comme ils ne voulaient pas être reconnus comme musiciens d'un chanteur de rock, ils me font la proposition de m'accompagner cachés derrière le rideau. Je n'étais pas d'accord, on leur a donc mis des cagoules.

On est restés trois ou quatre mois ensemble, juste le temps d'une saison d'été sur la Côte d'Azur. De retour à Paris, une copine me dit d'aller faire un petit tour du côté de Charenton afin de rencontrer des musiciens Malgaches. Ils étaient quatre, dont trois étaient les fils du président Malgache par intérim et le dernier était le fils de l'Ambassadeur Malgache en France. Tous cousins, ils étaient là en fait pour leurs études universitaires. Donc le fait de porter des cagoules ne les a pas vraiment dérangés. Les parents pensaient que leurs progénitures étudiaient à l'université, mais ils étaient en fait avec moi et en tournée avec le Cirque Pinder.

Justement, parlons du Cirque Pinder. Comment arrive ton à faire un spectacle de rock dans un cirque ?

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D.B. : J'avais, à l'époque, un imprésario un peu véreux qui m’a dit: “Je viens ce soir avec une dame assister à ton spectacle”. Je chantais ce soir-là au Drap d'Or sur les Champs-Élysées, qui est devenu aujourd'hui Raspoutine. Je fais mon tour de chant et elle nous invite ensuite à dîner.

Elle était la directrice de la RTF et souhaitait que je fasse la tournée du Cirque Pinder. Il y avait eu avant moi, Luis Mariano, Gloria Lasso et Roger Nicolas. Le concept m'a plu et j'ai dit oui. Je devais néanmoins changer de tenue pour un costume blanc. On est donc partis avec les Pénitents et un matériel incroyable : amplis, chambre d'écho, Gibson pour les musiciens, le tout acheté par ma maison de disques. Ç’a été une tournée de folie. On chantait devant 5 000 personnes et il restait souvent plus de mille personnes dehors.

Au bout de quelques jours, monsieur Spiser, le père, me dit: “Danny Boy, cette chanson-là, vous me la retirez”. J'en chantais sept au total. Et chaque soir le père Spicer me demandait d'en supprimer une autre… J'ai fini par lui dire qu'à ce rythme-là, je n'aurais plus rien à chanter. En fait, il y avait une telle ambiance, que tous les jours les monteurs devaient réparer les gradins détériorés la veille. C'était un cirque immense de six mâts, vraiment un beau chapiteau. Et il y avait Roger Lanzac, voilà un homme qui était formidable. Je garde de lui d'excellents souvenirs.

À quel moment avez-vous arrêté votre carrière ?

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D.B. : En 1968. Il y avait bien sûr les événements, mais il faut bien aussi le dire, on était tous un peu dans le creux de la vague.

Je me suis retrouvé sous les drapeaux à peu près en même temps que Johnny, mais moi j'avais 30 ans car, fait exceptionnel, l'armée m'avait oublié ! Incroyable mais vrai ! Un an avant de partir à l'armée j'étais avec Eddy Mitchell sur une plage de Cannes à bronzer. Il était sur le point de lâcher Barclay, si on ne lui donnait pas l'autorisation d'enregistrer en Angleterre. Il voulait même tout arrêter, purement et simplement.

Il a finalement été en Angleterre et a sorti un disque avec son grand tube Il y a toujours un coin qui me rappelle. Sa carrière est celle que l'on connaît aujourd'hui mais moi, de retour
du service militaire, on m'avait oublié. J'ai été chez Barclay, Charles Aznavour m'avait écrit une très belle chanson, mais on a mis la chanson dans un tiroir et moi avec. Quand j'ai vu tout ça, je me suis dis “passe à autre chose”. Et c'est ce que j'ai fait.

Et là, vous revenez et figurez sur les affiches de la tournée Génération Rock'n Roll ?

D.B. : Eh oui ! Depuis deux ans, plus exactement depuis le 14 novembre 2004. C'est impressionnant quand même, mais ça fait tellement plaisir. Les gens sont là et heureusement qu'ils sont là. Ils vous prouvent que les années ont passé mais que dans un coin de leur coeur, ils vous ont gardé une petite place. Ils se rappellent certaines de mes chansons et ça me fait très plaisir.

Quel est l'élément déclencheur de ce retour? Qui a rallumé la flamme ?

D.B. : L'effet déclencheur est arrivé avec Danyel Gérard. Il faisait un spectacle à Poissy, avec Jane Manson, et Lény Escudero. Il m'a appelé et m'a dit “Viens chanter avec nous, tu ne fais que deux chansons si tu veux”. Je ne chantais plus depuis longtemps, j'avais même oublié mes paroles et je n'avais pas de musiciens. “Ce n'est pas un problème” m'a rétorqué Danyel.

À ce moment précis je me suis rappelé la conversation que j'avais eue avec mon guitariste des Pénitents, avant qu'il ne parte pour un autre monde. Il m'avait dit “Tu devrais commencer à potasser tes chansons, parce qu'un jour, tout ça va redémarrer”. Je suis revenu et ça m'a donné le goût pour beaucoup d'autres choses, d'ailleurs.

Lorsqu'on disparaît de la scène française aussi longtemps, a-t-on toujours des amis ?

D.B. : Les amis que vous avez, que ce soit pendant ou après votre carrière, vous les reconnaissez toujours. Vous le sentez, c'est instinctif. Moi, j'ai revu Carlos à plusieurs reprises alors que je n'étais plus dans le show business. Je l'ai croisé à l'Olympia, il n'y a pas très longtemps et il m'a accueilli à bras ouverts. Il était tout content de me revoir et m'a serré dans ses bras.

Quand j'ai connu Carlos, il n'était pas encore le chanteur que nous connaissons, il était le secrétaire de Sylvie Vartan. Son amitié est sincère, je le sais. J'ai également revu Johnny Hallyday et Eddy Mitchell. Ils ont été sympas avec moi, mais sans plus. Pourtant, Dieu sait que nous avons avec Eddy fait pas mal de conneries ensemble… c'est comme ça, c'est la vie.

Avec mes auteurs, Ralph Bernet, Norman Main ou Seggian on prend toujours du plaisir à se revoir.

Vous êtes accompagné des Pénitents. Est-ce une nouvelle équipe ?

D.B. : Il y en a trois sur quatre qui ne sont plus là. Je suis accompagné aujourd'hui par Les Vinyls et, pour faire un petit clin d'œil à l'ancien groupe, les musiciens mettent une cagoule le temps d'une chanson.

Dernièrement à Vierzon, j'ai eu la chance de revoir Loulou, le premier bassiste des Pénitents. Il était venu me voir en spectacle et nous l'avons invité à nous rejoindre sur scène. On lui a donné une basse pour jouer et m'accompagner. C'était formidable, j'étais le plus heureux.

Les projets ne manquent pas, si j'ai bien compris…

Danny Boy, le « chanteur moderne » et l’un des pionniers du rock français est de retour
D.B. : Effectivement, il y a des projet dont un qui est énorme. Il est là sur cette affiche. Nous avons fait l'Olympia le 2 septembre dernier et ça a tellement bien marché que le producteur Jean-Claude Marionneau a décidé de faire partir ce spectacle en tournée à travers toute la France. Nous avons commencé par Bordeaux le 6 janvier 2007, puis il y a eut Lille, Amiens, Amnéville, à nouveau l'Olympia le 23 juin 2007 et plein d'autres dates. Rien que du bonheur.

Propos recueillis par Liliane Boyer

Prochaines dates
10 mars 2007 • Lille (Le Sébastopol)
23 juin 2007 • Paris (Olympia)


Publié le Vendredi 23 Février 2007 dans la rubrique Culture | Lu 24904 fois