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Dalida : interview d'Orlando, son frère et co-scénariste du film

Alors que le film Dalida de Lisa Azuelos sort cette semaine sur les écrans français, revenons sur ce long-métrage avec Orlando, frère de la chanteuse et co-scénariste de ce biopic qui nous permet d’entrer dans l’intimité de l’une des plus grandes stars de la chanson française.


Orlando, depuis quand portez-vous ce projet ?

Depuis 5 ans ! Après un premier échec avec des coproducteurs américains qui m’ont proposé deux scénarios sans âme ni finesse, j’ai fini par laisser tomber le projet en 2012. Je tiens donc à rendre hommage à Julien Madon, le producteur, qui n’a jamais lâché, depuis toutes ces années ! Il s’est battu, m’a rappelé encore et encore ! J’ai fini par rencontrer Lisa Azuelos et Jérôme Seydoux avec qui je me suis très bien entendu. Leur vision du film m’a complètement rassuré, et nous sommes repartis de zéro.
 
Vous avez la réputation d’être un ayant-droit particulièrement attentif…

Voilà 30 ans que Dalida est partie, et ma mission, hier comme aujourd’hui, reste la même : ne pas se contenter de faire vivre sa mémoire mais la projeter dans le futur. Ce sont les nouvelles générations qui m’intéressent ! La force de Dalida, c’est qu’elle plait à tous les âges. Jusqu’au bout, je ferai tout pour que cela continue. Mais je suis conscient de n’être ni auteur ni réalisateur, donc une fois que j’ai accordé ma confiance, je laisse les gens travailler.
 
Pourquoi avoir choisi Lisa Azuelos ?

Déjà parce que j’aimais l’idée qu’un film sur une femme soit réalisé par une autre femme. Et puis Lisa est une femme de caractère, comme Dalida ! Elle a tout de suite compris une chose essentielle : en ma soeur cohabitaient Dalida et Iolanda, la femme publique et la femme privée, si différentes, et il fallait leur rendre justice à toutes les deux. Lisa a d’autant mieux compris la richesse et complexité du personnage qu’elle-même est fille d’une star de ces années là.
 
Comment avez-vous travaillé avec Lisa ?

Pendant la phase d’écriture, mon apport a été de lui préciser des faits, des lieux, des dates, le rapport qu’entretenait Dalida avec le public et ses hommes, afin d’être au plus près de la vérité. J’ai mis aussi à sa disposition toutes mes archives et les documents que Dalida m’avait légué. Lisa a eu la totale liberté d’écrire le scénario et de réaliser le film qu’elle voulait. En lisant le script je me suis dit qu’elle avait tout compris.
 
Et pour le casting, vous aviez un droit de regard ?

J’avais un droit de regard sur les acteurs qui nous incarnaient ma soeur et moi. Pour Dalida, ça a été un long chemin. J’avoue que je n’ai pas été tout de suite convaincu par le premier essai de Sveva Alviti. Je l’ai trouvée belle et touchante mais il me manquait quelque chose… Elle a demandé à me voir et j’ai accepté. Quand elle est arrivée, au milieu d’un dîner avec Lisa et Julien j’ai été très impressionné. Elle a cette élégance, cette morphologie, le glamour, la finesse de Dalida. On a parlé en italien, elle m’a touché, on s’est revus pendant deux heures à mon bureau, je lui ai montré des vidéos et expliqué la gestuelle, la démarche, comment ma soeur sculptait l’air avec les mains, son âme, son ADN.
 
Ils ont fait un autre test, cette fois-ci formidable, où elle a montré les nerfs, les tripes qu’elle avait. J’ai dit à la production « Elle sera Dalida, vous aviez raison d’insister ! ». Le premier jour du tournage, je lui ai envoyé un petit mot : « À partir d’aujourd’hui, j’ai une nouvelle petite soeur ». Je sais qu’elle y a été sensible. Je souhaite à Sveva une grande carrière, elle a tous les atouts… On a tant besoin de belles et talentueuses filles dans le cinéma européen !

Et Ricardo Scamarcio qui vous interprète ?

C’est drôle, j’avais pensé à cet acteur, que j’adore depuis longtemps, pour jouer Luigi Tenco. Mais en lisant le script il a trouvé le rôle d’Orlando plus… pétillant ! (rires). Je trouve qu’il m’a traité avec beaucoup d’élégance, de précision, de respect, sans jamais tomber dans la caricature.
 
Que pensez-vous des acteurs qui incarnent les hommes de sa vie ?

Par-faits ! Ce casting deux tiers français un tiers italien est exceptionnel. Jean-Paul Rouve campe Lucien avec beaucoup d’authenticité et de sincérité. Et c’est un être délicieux en privé. Niels Schneider, l’acteur fétiche de Xavier Dolan, est aussi beau qu’était Jean Sobieski, une apparition dans la vraie vie. Alessandro Borghi est magnifique et sombre, comme Luigi Tenco l’était… Quant à Nicolas Duvauchelle, j’avais poussé pour qu’il fasse Richard Saint Germain. Il est plus vrai que nature, dans la façon de marcher, le coté sensuel, un peu bestial. Ma soeur a aimé des hommes si différents, c’est fou ! Il faut se souvenir que je les ai tous très bien connus, donc je sais de quoi je parle…
 
Qu’avez-vous ressenti en voyant le film achevé ?

La première fois, j’ai eu un énorme choc. J’ai pris ça en plein visage. C’est difficile de voir sa propre vie qui défile comme ça, d’autant que Dalida n’était pas que ma soeur, j’ai travaillé avec elle, on a fait la plus grande partie du chemin ensemble, « j’ai été le témoin de son histoire, je suis devenu le gardien de sa mémoire. » Je n’ai pas dormi de la nuit, j’ai demandé à revoir le film, afin d’être plus « spectateur » et moins partie prenante. La seconde fois seulement, j’ai réussi à me faire un avis.
 
Et ?

Je suis fier et heureux du résultat. Il m’arrive parfois d’en vouloir à Iolanda de nous avoir privés si tôt de Dalida mais je pense aussi que Iolanda s’était retirée pour que Dalida entre dans l’éternité. Ma soeur a toujours un immense succès, partout dans le monde, elle était une légende de son vivant aujourd’hui elle est devenue un mythe « FOREVER », je pense que son public sera heureux de la retrouver dans sa vérité, sa complexité et sa beauté. Sans compter ceux qui la découvriront à l’occasion du film. Je pense, plus que jamais, que Dalida a toujours un avenir devant elle… Je reste… Son producteur.


Publié le Jeudi 12 Janvier 2017 dans la rubrique Culture | Lu 1188 fois