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Dalida et Orlando : un hommage fraternel

Dalida : si la femme est partie vers d’autres espoirs, l’artiste n’a jamais cessé de briller depuis ce triste mois de mai 1987. Son image est restée très vive depuis 20 ans avec les sorties de ses disques, des compilations aux remixes ou autres réorchestrations de ses chansons. En réalité, Dalida n’a jamais cessé de vendre des millions d’albums chaque année ! (NDLR : Entre 100 000 et 150 000 par année, lorsqu’il n’y a pas d’événements majeur, tels les anniversaires ou autres célébrations.) Et si nous avons tant l’impression que Dalida est toujours vivante, nous le devons à une seule personne : son frère Orlando. Il a su emmener sa soeur vers une cinquième génération de fans. Après avoir collaboré de très près à sa carrière de son vivant, il lui a offert le plus beau des cadeaux : l’éternité !


Dalida disait : « Mon frère aura une réponse pour deux, une ombre pour deux et un bras pour deux ! »

Bien évidemment, Orlando explique qu’il n’a pas eu grand-chose à faire. En plus du talent, et du charisme, la richesse du répertoire commencé en 1956, couvre tellement de styles de musique différents que Dalida est devenue incontournable.

Cependant, vers la fin de l’année 89, les stars du disco reviennent au sommet du Top 50.

Grâce à d’ingénieux techniciens de studio, une musique passée ou démodée, redevient un succès du moment.

Pas moins de sept ans plus tard, le disco, que l’on avait voulu tuer trop vite, est revenu faire danser les teenagers du début des années 90. C’est ainsi que l’on voit des groupes disparus depuis longtemps refaire surface, comme les Boney M et les Village People.

Claude François est le premier artiste français à bénéficier de remixes de ses anciens tubes. Ces réorchestrations de chansons de Cloclo, qu’on appelait aussi des mégamixes provoquent un véritable raz de marée, qui fait beaucoup de vagues. Toutefois, si le talent ne meurt jamais et que le succès fait mouche à chaque fois, la qualité des remixes est discutable.

De 87 à 95, les compilations et autres best of de Dalida s’arrachent, mais Orlando de son côté se noie dans le travail pour ne pas penser. Il produit Mélody, Les Vagabonds, Frédéric Château et lance Indra, une jeune suédoise qui va entraîner la France sur des rythmes dance.

Malgré tout, Orlando n’oublie pas ce qui s’est passé autour de Claude François et il se dit que pour sa soeur il ne fera pas la même erreur ! « Pour faire un remix, il suffit de prendre un morceau d’origine avec ses instruments et ses arrangements et de les varier en changeant un écho ou un effet quelconque » explique-t-il.
Dalida et Orlando : un hommage fraternel

Dalida et Orlando : un hommage fraternel
« En 1995, tout le monde me demandait de faire quelque chose de nouveau et de concret pour Dalida, même si son empreinte était déjà gravée, j’ai voulu qu’une nouvelle génération se retourne sur elle. Pour cela il fallait que Dalida vienne à eux, en leur parlant avec le même langage.

C’est comme ça que j’ai fait réaliser une nouvelle orchestration sur une rythmique moderne, mais sans toucher à la voix. Parce que je sais que si Dalida avait été là, elle aurait fait de nouveaux enregistrements de ses anciens succès, comme elle l’avait déjà fait avec le titre Génération 78, premier medley réalisé. L’ancêtre du mégamix en quelque sorte.
» poursuit Orlando

Paris - le Queen 1995 : Dalida, qui n’a, à ce jour, fait danser que les soirées disco, se retrouve sur les dance-floors branchés, aux couleurs de la house et de la techno-music. La sortie du nouvel album est magnifiquement célébrée et devient un très grand succès. L’album contient des morceaux qui peuvent être considérés comme originaux. Parce que des mélodies ont été réinventées et la voix de Dali a été reposée très soigneusement, on a l’illusion qu’elle est toujours là.

« Comme si j’étais là… » est d’ailleurs le titre de l’album mais aussi celui d’une de ses nouvelles chansons aux accents plutôt ésotériques. Indra, la dernière perle des productions Orlando, la reine de la dance music, s’essaye à un rap sur une réorchestration du tube disco, « Laissez moi danser », que l’on a retitré intelligemment « Jusqu'au bout du rêve ».

La voix de Dalida résonne derrière celle d’Indra comme si elle était à ses côtés. C’est le succès ! Fier de son coup, Orlando ne s’arrête pas en si bon chemin, prouvant au passage qu’une Reine ne peut jamais être détrônée. Il sort l’année suivante un nouvel album, bourré de titres inédits et de nouvelles orchestrations.

Le titre-phare « À ma manière » nous donne comme l’impression que Dali a encore des choses à nous dire, à sa manière. Elle interprète des chansons tout à fait étonnantes, comme par exemple le célèbre morceau de Charles Aznavour : « La Mamma ». Mais surtout, on y découvre « Là-bas dans le noir », une nouvelle version de « Gigi l’amoroso », qui va marquer ce milieu des années 90 jusqu’à Londres. En effet, la boîte mythique de la capitale britannique, le Heaven, diffuse régulièrement ce morceau. Les Dj’s en deviennent fous et les fans n’en finissent plus d’aller se retrouver dans le noir des meilleures boîtes de nuit. C’est en effet là que règne Dalida et qu’elle nous le crie : C’est toi là-bas dans le noir ? .../...

Dalida et Orlando : un hommage fraternel
On réorchestre « Darla dirladada » par la même occasion, mais c’est le titre suivant qui va confirmer l’envolée nocturne d’une Dalida au nouveau visage. Nous sommes en 1997, et Orlando nous entraîne dans un univers très futuriste avec l’album « L’an 2005 ».

La pochette nous la montre de profil en plein hyper espace, regardant vers la terre. Dali nous surveille ! Le premier extrait de ce 3ème album, « La Tumba », nous rappelle les percussions des rythmes égyptiens de son enfance.

C’est le carton et le nombre de remixes différents est très vite incalculable, les plus grands Dj’s se penchent sur le phénomène Dalida, avec succès. On ne s’arrête pas en si bon chemin et on continue de réorchestrer les tubes incontournables du passé pour en faire de nouveaux morceaux, comme « Gigi in Paradisco » et « Salma ya Salama », magnifiquement réussis.

Encore une fois, le nombre des différents remixes de « Salma ya Salama » pullulent et sont tous plus aboutis que les précédents. Une nouvelle génération s’accroche à Dalida, et ne la lâchera plus. Orlando a réussi son pari ! En regardant les résultats de l’année 97, il se dit que cela va être difficile de battre ces records. Puisque « Salma ya Salama » est le dernier carton, pourquoi ne pas intituler le prochain album « Le rêve oriental, pour rappeler les influences d’origine de notre diva.

C’est sur ce quatrième opus réorchestré que l’on trouve le magnifique « Ils ont changé ma chanson ». Ce texte, Dalida aurait pu l’interpréter comme un message destiné à tous ces Dj’s, qui se sont donné tant de mal pour la faire briller à nouveau sur les pistes des meilleures boîtes de nuit du monde.

Cependant, les compilations de ses morceaux originaux se vendant chaque année à des milliers d’exemplaires, le public nous prouve qu’il en demande encore.

Dalida et Orlando : un hommage fraternel
En 2001, on prépare alors une révolution qui sera la 5ème du nom puisque c’est le cinquième album de réorchestrations qui nous est offert par les productions Orlando.

Cerrone, le roi du disco français, s’associe avec la reine du disco et crée de magnifiques remixes et réorchestrations sur le titre désormais incontournable, « Laissez-moi danser ».

La photo qui orne la pochette de ce « dernier nouvel album », nous montre un portrait de Dalida, apparaissant telle un Shiva (Dieu hindou). Ce même titre, sera réinterprété en 2004
par les académiciens de la Star Ac’ avec un succès phénoménal.

2006, le disco revient, Orlando décide de sortir une nouvelle compilation mais cette fois de morceaux originaux. “Dalida Disco” rebrûle les bacs comme en plein psychédélisme de la fin des seventies.

« Pour les 20 ans, Bertrand Delanoë a voulu rendre hommage à sa chanteuse préférée en lui ouvrant les portes de l’Hôtel de Ville de Paris et plus précisément de la salle Saint-Jean du 11 mai au 15 septembre 2007. Il veut que les parisiens découvrent ou redécouvrent des images et des documents, souvent inédits, tirés des archives de l’INA » souligne Orlando.

Et d'ajouter « Une exposition de ses robes les plus somptueuses sera aussi accessible. Côté disque, Universal va sortir un coffret CD, dans la lignée de ce qui a été fait pour Aznavour ou Brel, dans une collection appelée « Les 100 plus belles chansons de… ». Vous imaginez quelle a été mon idée ? J’ai fait rire tout Universal pour que le titre de ce nouveau coffret soit « Les 101 plus belles chansons de Dalida », toujours pour faire un peu plus… (rires) !

Cette unième chanson est un titre inédit que Jeff Barnel a eu l’idée de faire et je l’en remercie. C’est un nouveau medley/hommage à Dalida, de la veine de ce qu’il avait fait en 78 avec “Génération”.

Il y a aussi un coffret de 8 DVD qui va sortir, dont j’ai sélectionné moi-même les documents, précise Orlando, mais vous savez, j’aurais pu choisir plein de choses. Pourtant je me suis dit que cela ne valait pas la peine d’en sortir de trop, mais plutôt de ne sortir que de temps en temps de beaux objets et de beaux coffrets par respect pour le public de ma soeur.

De toute façon, on ne peut plus imaginer grand-chose de nouveau, l’intégrale existe, alors que faire de nouveau à part des réorchestrations ? Mais il faut savoir qu’aucun remix ne vendra jamais autant qu’un original. Ce sont malgré tout ces morceaux-là qui traverseront le temps. Ces albums de remixes n’ont en fait été qu’un prétexte pour que de nouvelles générations puissent découvrir comme il se doit l’oeuvre originale de Dalida. Mais c’est son originalité qui fait qu’elle est éternelle, parce qu’elle ne ressemblait à personne d’autre. Elle avait aussi un physique intemporel, certaines photos donnent l’impression d’avoir été prises aujourd’hui. Elle avait une gueule bien à elle, loin du physique d’une poupée Barbie qui se défraîchit, elle était différente et ne laissait personne indifférent ! »

Dalida, une vie

Hôtel de Ville de Paris

Salle St Jean
Du 11 mai au 8 septembre.
Entrée libre et gratuite tous les jours sauf dimanche et fêtes : 10h / 19h
(fermeture des portes à 18h15)

Le scandale du domaine public

Qu’est-ce que le domaine public ?
C’est le régime sous lequel une oeuvre littéraire ou artistique ainsi qu’une invention peuvent être exploitées librement par quiconque sans paiement de redevances. On dit alors qu’elles sont tombées dans le domaine public !

Orlando explique : “Il faut dire que j’ai eu un choc d’apprendre que le premier album de Dalida était tombé dans le domaine public. Imaginez-vous que si Dalida était parmi nous aujourd’hui, elle ne pourrait même plus vivre de son propre travail, si elle avait eu des enfants, ils n’auraient pas le droit de toucher quoi que ce soit sur l’oeuvre de leur mère.Vous rendez-vous compte ? Les artistes - non pas les producteurs, ceux-là ne touchent rien sur les droits - ne devraient plus toucher un centime, 50 ans après que la chanson ait été commercialisée. C’est un scandale cette histoire !

Vous savez, en 97 j’ai voulu réunir Barclay et Universal, c'est-à-dire tout le catalogue de Dalida pour me donner la liberté de pouvoir mélanger toutes les époques. Je suis l’héritier de son image, mais pas de son catalogue puisqu’il est déjà à moi. Et parce qu’elle était perfectionniste sur son image, je me suis senti le devoir de garder cela intact, j’essaie de ne pas la trahir en choisissant moi-même les photos qui paraissent dans la presse, et je contrôle évidemment toutes les sorties de disques. Je me suis engagé auprès d’Universal, que je m’occuperais de Dalida jusqu'à la fin, jusqu'à ce que mes yeux se referment. Et je n’en laisserai le soin à personne d’autre, c’est moi qui donne mon accord, c’est moi le maître d’oeuvre.”

Dalida et Orlando : un hommage fraternel

Orlando : pour la petite histoire...

Après avoir été chanteur,Orlando, de son véritable prénom Bruno, réalise que sa vocation n’est pas d’occuper le devant de la scène, mais plutôt de s’occuper des autres. Pour être précis, d’une autre : sa soeur, à laquelle il voue une admiration sans bornes et dont il devient le directeur artistique chez Barclay en 1967.

Fort de la confiance qu’elle lui témoigne, Orlando n’a de cesse de s’en montrer digne sans jamais la décevoir. Une étape supplémentaire est franchie en 1970 lorsqu’en accord avec sa soeur, Orlando monte son propre label, International Show (qui deviendra par la suite Productions Orlando).

Il devient un des premiers producteurs indépendants du show business français et contribue grandement à la transformation artistique de Dalida. Ils sont les premiers en France à faire du disco avec le titre “J’attendrai” en 1976, originellement interprété par Rina Ketty en 1938 (*). Il était alors normal que des années après la disparition de sa soeur, il soit à l’origine du fracassant “Dalida Revival” et entre autres de l’inauguration de la place Dalida à Montmartre en 1997 !

(*) NDLR : Sheila enregistre “C’est le coeur” en 1975, reprise du tube anglais de la chanteuse Carol Douglas, “Doctor’s Orders”, qui n’est pas officiellement appelé disco mais qui en a déjà le rythme).

Article rédigé par Christophe Daniel avec la collaboration de Thierry Bierry et de Philippe Tessier


Publié le Vendredi 11 Mai 2007 dans la rubrique Culture | Lu 14498 fois