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DMLA : une cellule immunitaire du système nerveux central pourrait être la responsable de cette maladie cécitante

Une collaboration entre deux équipes de l’Inserm a permis de faire une avancée significative dans la compréhension de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Concrètement, les résultats de ces recherches, publiés dans The Journal of Clinical Investigation, attribuent un rôle central à la cellule microgliale rétinienne (une cellule immunitaire résidente du système nerveux central) dans le développement de la DMLA. Pour les scientifiques, il s’agit là, d’une « piste sérieuse de traitement de cette maladie, principale maladie cécitante en France, qui touche actuellement 1,3 million de personnes ».


Les personnes atteintes de DMLA se plaignent de la persistance d’une tache sombre au centre de leur champ de vision, naturellement, très handicapante pour la vie quotidienne : difficultés dans la lecture et l’écriture, problèmes pour la conduite automobile, etc.

La DMLA se déclare souvent vers l’âge de 60/70 ans avec une évolution plus ou moins rapide. Les symptômes sont la conséquence d’une dégénérescence de la partie centrale de la rétine, la macula. Dans les stades tardifs, la maladie est aggravée par la formation de nouveaux vaisseaux sanguins (néovascularisation) au niveau de l’œil qui déclenche fréquemment des hémorragies sous-rétiniennes qui conduisent à la cécité.

Jusqu’alors, les recherches se sont efforcées d’inhiber cette néovascularisation mais sans toucher les aspects de dégénérescence cellulaire de la maladie. En effet, les origines de cette pathologie restent encore peu connues. D’un côté, de nombreuses données épidémiologiques ont montré que l’âge et l’histoire familiale étaient les principaux facteurs de prédisposition à la DMLA. Mais certaines variations de séquences de gènes (polymorphisme) prédisposent également à la maladie. .../...

Dans ce contexte, des chercheurs de l’Inserm, sous la direction de Florian Sennlaub et
Christophe Combadière, ont réussi à démonter qu’un polymorphisme du gène d’un récepteur de chimiokine (le CX3CR1) était associé au développement de la maladie dans une cohorte française.

« Normalement, le CX3CR1 sert au recrutement des cellules immunitaires venant de la circulation sanguine, mais en cas de dysfonctionnement, le recrutement des cellules immunitaires est diminué. Ce phénomène a déjà été décrit dans la plaque d’athérome », rappelle Christophe Combadière.

Etonnamment, chez les patients atteints de DMLA, et contrairement à ce qui est observé pour la plaque d’athérome, les chercheurs de l’Inserm ont trouvé une accumulation de cellules immunitaires spécifiques -les cellules microgliales- dans la rétine externe où se trouvent les photorécepteurs alors que chez les sujets sains, ces dernières sont localisées dans la rétine interne.

Pour simuler ce dysfonctionnement chez l’animal, les chercheurs ont utilisé un modèle de souris chez lequel le gène codant pour CX3CR1 a été invalidé. Comme chez les malades, une accumulation de cellules microgliales a été observée dans la couche des photorécepteurs au cours du vieillissement et dans des conditions de stress.

Après une phagocytose excessive des photorécepteurs, les cellules microgliales gonflent. Les agrégats ainsi formés peuvent être si excessifs qu’ils apparaissent comme des taches blanches à l’examen du fond d’oeil des animaux, similaires aux dépôts lipidiques appelés Drusen, observés chez les malades. Plus étonnant encore, ces cellules microgliales détruisent la rétine externe et mènent à une véritable dégénérescence. De plus, leur présence augmente significativement le développement des néovascularisations.

« Dans le système nerveux central, le récepteur CX3CR1 semble impliqué dans l’évacuation des cellules microgliales alors que dans les autres tissus il participe au recrutement cellulaire. Ceci pourrait expliquer l’accumulation de cellules microgliales observée dans la rétine externe dans le cas d’un dysfonctionnement du récepteur. Nous sommes en train de poursuivre nos efforts pour analyser les mécanismes impliqués », confie Christophe Combadière.

« Ces travaux sont très encourageants car c’est la première fois qu’un modèle murin développe de façon aussi complète les symptômes caractéristiques de la DMLA (apparition de Drusen, dégénérescence des photorécepteurs et néovascularisation) et met en exergue le rôle central d’une cellule jusqu’ici peu soupçonnée : la cellule microgliale rétinienne », conclut Florian Sennlaub.

Cette découverte ouvre ainsi de nouvelles possibilités thérapeutiques pour inhiber l’accumulation des cellules microgliales, responsable de la DMLA, principale maladie cécitante en France.


Publié le Mardi 16 Octobre 2007 dans la rubrique Santé | Lu 9047 fois