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Culture
Cortex : quand la maladie d’Alzheimer s’invite dans un polar… (film) Jeu-concours – Des places à gagner !Cortex, le nouveau film du réalisateur Nicolas Boukhief sort en salle le 30 janvier prochain. Pour ce nouvel opus, le réalisateur du Convoyeur a choisi dans le rôle principal, André Dussolier, qui incarne un flic retraité à la mémoire défaillante, intègrant une maison de repos spécialisée, où il commence à suspecter que des crimes sont commis dans l’établissement dans lequel il réside...
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Si vous voulez en savoir plus sur Cortex, rendez vous sur le site Internet officiel du film Interview de Nicolas Boukhief, réalisateur de Cortex
Cortex
Comment est né Cortex ?
D’une envie de travailler de longue date avec la scénariste Frédérique Moreau. Nous avons échangé quelques-uns de nos sujets et nous avons découvert que nous cherchions tous les deux une histoire qui puisse mettre en scène des caractères d’une génération au-dessus de la nôtre. Je tenais à refaire un polar, en huis clos si possible. Frédérique a évoqué la maladie d’Alzheimer, j’ai parlé d’un flic à la retraite atteint par la maladie, Frédérique a suggéré une maison d’accueil spécialisée, j’ai commencé à me poser la question de l’identité du « méchant »... Et ainsi de suite jusqu’au script final. Nous avons vraiment écrit ce scénario à quatre mains. Et en production ? Aviez-vous André Dussollier en tête dès les premiers instants de l’écriture ? Au tout début, début, non... puisque nous avions en tête un personnage infiniment plus âgé. Mais après avoir très vite décidé de rejeter cette idée trop mélancolique et de rajeunir le personnage, alors oui... le choix d’André Dussollier s’est avéré évident. Je ne le connaissais pas du tout, mais j’ai toujours été admirateur de son travail. J’avais notamment été très impressionné par sa rencontre avec Resnais dans La vie est un roman et L’amour à mort au début des années 80 et bien sûr dans tous les films qui ont suivi. Je l’avais trouvé très drôle et dynamique dans Tanguy. Parfaitement inquiétant dans Ne le dis à personne... Le fait de nous décider tout de suite nous a permis de le contacter très vite et d’envisager avec lui des dates de tournage qui nous conviennent à tous deux. Comment avez-vous travaillé avec lui en amont du tournage ? En préparation, André est l’acteur le plus insaisissable que j’ai jamais rencontré ! Il peut vous poser un nombre infini de lapins... Et comme il travaille beaucoup, ses raisons sont toujours inattaquables. Il est très fort ! Mais pourtant, dans les rares moments où vous parvenez à l’apercevoir avant le tournage (essais costume, lecture du scénario), vous comprenez qu’il n’y a absolument pas à s’en faire. Vous voyez sa concentration se mettre en place, le travail qu’il accomplit à chaque instant sur le rôle... Au point, après une longue absence, de revenir devant vous comme si de rien était avec 20 kilos de moins ! Bande annonce
Cortex
Et sur le plateau ?
André est modèle de précision et d’inspiration. Et, ce qui ne gâte rien, d’une élégance extrême... Avec la monteuse, Lydia Decobert, nous avons d’ailleurs été souvent embarrassés dans nos choix, tant la variété de ce qu’il propose à chaque prise joue sur des nuances d’une infinie délicatesse. Toujours raccord mais, subtilement, jamais le même ! Je connaissais évidemment sa passion pour les textes, mais j’ai été par ailleurs tout à fait étonné de la facilité avec laquelle il a abordé un type de scènes plus spécifiques au film de genre et sur lesquelles sa filmographie m’avait peu renseigné : je veux parler des longues scènes muettes du film basées uniquement sur la gestuelle du personnage. Autour du personnage d’André Dussollier évoluent de nombreux caractères. Comment avez-vous élaboré le casting ? J’évite au maximum les castings proprement dits, avec défilés de comédiens des journées durant. Je me sens dans la peau d’un DRH et je n’aime pas trop cette position. Je préfère donc écrire le plus possible avec des noms d’acteurs en tête. Certains avec lesquels j’ai déjà travaillé. D’autres que j’ai pu apprécier dans des films, au théâtre, où à la télévision. Ce sont les premiers que je vais voir une fois le script terminé. S’ils acceptent, tout va bien. Sinon, j’écoute les propositions de l’équipe du film et demande en tous cas au directeur de casting de ne me proposer qu’une personne par rôle. Et c’est souvent la bonne. Sur Cortex comme sur Le convoyeur, j’ai eu beaucoup de chance puisque la plupart des acteurs auxquels nous avions pensé en écrivant étaient libres et ont accepté. Marthe Keller, Aurore Clément, Elizabeth Maccoco, Anne-Marie Faux, Gilles Gaston-Dreyfus, Philippe Laudenbach, Yves Pignot, Olivier Lejeune, Chantal Neuwirth, Claire Nebout, Claude Perron, Serge Renko, Laure Salama, Pascal Elbé, Julien Boisselier... la première fois que je les ai vus tous réunis, j’avoue m’être dit que je tenais là une sacrée troupe de bons comédiens ! Et comme tous ont une grande expérience au théâtre, je savais par ailleurs qu’ils sauraient vivre sans problèmes ce tournage en huis clos et le sentiment de claustrophobie que cela peut parfois engendrer.
Cortex
Comment se sont-ils préparés ?
Il y avait en fait deux groupes à créer et préparer. Les « Résidents » d’un côté. Les médecins et infirmiers de l’autre. Les premiers ont dû se renseigner sur les malades d’Alzheimer. Les seconds sur ceux qui les soignent. Tous ont appréhendé leur rôle avec un mélange d’excitation et de crainte, tant cette maladie est encore mal connue de ceux qui n’y ont pas été directement confrontés. C’est pourquoi, après les avoir vus plusieurs fois individuellement pour évoquer précisément leur rôle, j’ai organisé des rencontres par groupes afin de leur communiquer tout ce que je pouvais apprendre sur le sujet. Il y a 860 000 malades d’Alzheimer aujourd’hui en France. 225 000 de plus chaque année (source : Association France Alzheimer). Avec les familles, cinq millions de personnes se retrouvent donc concernées... Ce n’est pas un thème comme un autre. Comment vous êtes-vous renseigné sur cet aspect là du récit ? D’abord, comme tout le monde, en surfant des heures sur Internet avec Frédérique Moreau. Même si, comme beaucoup, nous avions connu des anciens atteints par la maladie, nous n’avions pas pris pleinement conscience de l’ampleur du fléau. Et surtout, de la complexité d’Alzheimer, qui ne peut se résumer à une simple perte de mémoire. Le comportement des malades ne peut en aucun cas s’assimiler à celui des schizophrènes, mais il peut se révéler tout aussi inattendu et spectaculaire. Dans un second temps, j’ai donc lu nombre d’ouvrages spécialisés afin de me familiariser avec les différents aspects de la maladie, avant de visiter des lieux médicalisés. L’un d’entre eux, Solemnes, m’a accueilli avec une grande générosité. Ils m’ont permis pendant plusieurs jours de m’immerger dans leur monde, de partager le quotidien des infirmiers et de la centaine de patients qui évoluent dans ce lieu. J’ai ainsi pu les rencontrer. Et échanger avec eux. Cette expérience m’a amené à réécrire entièrement le scénario en adaptant à chaque caractère de résidents des comportements plus appropriés ou, pour les soignants, les gestes médicaux précis qui sont utilisés avec ce type de pensionnaires. Ne faisant ni un documentaire, ni un film réaliste, mais juste un film de genre, nous nous sommes toutefois donné le droit de styliser quelque peu les choses, en évitant notamment de souligner les aspects trop violents ou dérangeants de ce type de lieu. C’est d’ailleurs pour cela que je tenais à ce que le film ne se déroule pas dans une clinique ou un hôpital surmédicalisé. Après de longs repérages, nous avons fini par trouver le décor : un ancien préventorium situé vers Marne-La-Vallée, à l’aspect tout de même plus graphique. Vous dîtes que Cortex est avant tout un film de genre. Parlez-nous de la dimension policière du film ? Dans un premier temps, il s’agissait en fait de faire une sorte de Cluedo dans une maison d’accueil. J’ai toujours été passionné par les « whodunit ? », ces films où il s’agit de trouver le coupable parmi un groupe de personnages. Ce sont souvent des films à forte caractérisation qui permettent un casting ample et varié. Ils ouvrent d’autre part un dialogue tout à fait léger et ludique avec le spectateur. La matière du film étant tout de même grave, ce type de récit m’a paru idéal pour lui donner une distance tout à fait raisonnable. Et me permettre de prétendre divertir sur un tel sujet. Il fallait ensuite intégrer à la partie de Cluedo les paramètres induits par la maladie du personnage : perte de temps, d’espaces, pulsions violentes ou érotiques etc... Le fait d’avoir la mémoire pour matière vive du récit ouvrait la possibilité d’ellipses brutales, de comportements inattendus, d’un travail sur l’image et le son quelque peu expressionnistes. Avec au centre, un personnage peu fiable. Aux yeux de son entourage bien sûr, mais également du spectateur. Car, après tout, à partir du moment où il a des absences, il peut lui aussi faire partie des coupables... Interview d’André Dussolier
Cortex
Pourquoi avoir accepté Cortex ?
Parce que j’ai adoré Le convoyeur que j’avais découvert au festival du film policier de Cognac. Et j’ai retrouvé cette sorte de construction un peu similaire à la lecture du scénario de Cortex, avec notamment un personnage principal qui ne parle pas beaucoup. Paradoxalement, je trouve que le cinéma le plus parlant est celui qui est le plus économe des mots. J’ai donc été frappé par ce plaisir que Nicolas avait de raconter une histoire de cette manière, assez proche finalement du cinéma anglo-saxon. J’aimais beaucoup aussi l’idée d’aborder le thème de la maladie d’Alzheimer dans le cadre d’un thriller en mixant la réalité d’une souffrance humaine à un film de genre. Je me disais que nous pourrions retrouver la veine du Convoyeur doublée d’un enjeu très humain qui, visiblement, taraudait Nicolas. Comment avez-vous abordé votre rôle ? J’ai ressenti évidemment une forme d’excitation à jouer un personnage atteint par une maladie qui est, encore aujourd’hui, assez mal définie. Surtout que chaque personne atteinte par Alzheimer réagit différemment suivant sa personnalité et les degrés de son affection. Il y avait donc pour moi un défi à jouer un personnage atteint d’une maladie qui n’est pas bien claire. Et, en même temps, je n’avais pas envie d’être « faux ». J’avais une certaine forme de pudeur à aborder cette maladie par le jeu. Comment Nicolas Boukhrief dirige-t-il ses acteurs ? J’aime bien cette espèce de force et de détermination qui se dégage de Nicolas et cette humanité qu’il arrive à faire ressentir. Il y a chez lui quelque chose de très tendre et en même temps... de dur ! Avant le tournage je l’ai connu déterminé, construit et solide. Mais dès le premier jour sur le plateau, il a dévoilé un aspect extrêmement sensible de sa personnalité. Et c’est rare de retrouver tout ça chez un même individu. J’avoue même avoir été un peu anxieux au départ. Je pensais avoir affaire à un réalisateur à qui il serait difficile de faire des propositions et qui voudrait qu’on se mette dans le moule précis de ses idées. En fait, il nous laissait beaucoup de liberté et n’hésitait pas à se remettre en question. Il était sans cesse à l’écoute, jour après jour. Il est capable de regarder la même scène ou le comportement d’un personnage sous différents angles. Il a une idée très précise de sa mise en scène qu’on ne peut pas forcément deviner à la lecture du scénario. Pour construire votre rôle, avez-vous fréquenté des gens atteints par la maladie d’Alzheimer ? J’en ai rencontré quelques-uns avant le tournage. Mais j’ai surtout longuement écouté le témoignage d’une connaissance dont la mère est atteinte par cette maladie. Il m’a livré beaucoup de détails sur l’évolution, au quotidien, de la maladie. Sur ces personnes qui ont des éclairs de lucidité et qui, à d’autres moments, sont complètement « ailleurs ». J’ai pris des notes que j’ai données à Nicolas. Et il les a intégrées dans le script. Pour essayer de comprendre la maladie d’Alzheimer, on m’avait fait un schéma : la mémoire y était représentée par une toile avec des trous sans connexion possible de l’un à l’autre. Et c’est ce que j’ai voulu retranscrire dans mon rôle. Un rôle qui offrait des aspects inattendus et incertains avec des moments où le personnage ne s’appartient plus. Sur le tournage, Nicolas expliquait que le film devait donner une impression « hypnotique ». Comme si le spectateur planait en même temps que les personnages. Généralement, on a pitié des malades, mais en même temps, on ne peut pas vraiment les plaindre puisqu’ils ne sont pas réellement conscients de leurs troubles. Ils sont donc à la fois dans la souffrance et à la fois pas du tout. Quand j’ai lu le scénario la première fois, je dois avouer que j’aurais voulu en savoir plus sur les différents aspects de la maladie, mais j’ai vite compris que ce n’était pas la volonté première de Nicolas puisqu’il voulait faire un film de « sensations ». Vous avez perdu près de 20 kilos pour le film, c’était une volonté du metteur en scène ? Non, ça vient de moi ! J’ai même peut-être été un peu loin d’ailleurs ! (rires). Ce n’était pas du tout pour accentuer l’aspect maladif du personnage, mais je pensais que ça pouvait le rendre un peu plus vulnérable et solitaire, même si ce n’est pas là-dessus que ça allait se jouer. Et, pour tout dire, le fait de maigrir m’a permis de me retrouver au plus proche de mon poids idéal, car j’avais des tendances à me laisser aller. Pour perdre tous ces kilos, j’ai donc fait appel à une nutritionniste formidable, très franche et très directe, qui m’a suivi dans ma cure. Et on a attaqué fort : un pamplemousse le matin, deux œufs durs à midi, deux œufs durs le soir et deux litres et demi d’eau. La première semaine, j’ai perdu cinq kilos et demi ! Et la semaine suivante, je suis passé au poisson/haricots verts... Je voyais ensuite la nutritionniste une fois par semaine pour qu’elle prenne systématiquement mes mensurations et continue de me conseiller sur mon alimentation. C’était un vrai travail en commun ! D’autant plus qu’elle n’hésitait pas à hausser la voix si je ne suivais pas le régime comme il faut. J’ai donc perdu une dizaine de kilos le premier mois, puis la même chose le mois et demi d’après.
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Cortex
C’est la première fois dans votre carrière que vous jouez dans un film où vous êtes quasiment de tous les plans ?
Presque trop, je le craignais ! Je disais souvent à Nicolas : « Passe un peu la caméra sur les autres ! ». Parce qu’on met aussi en valeur le caractère du personnage principal grâce au reste du casting. Et en plus il y a beaucoup de rôles : des malades, des médecins, des infirmières, etc. Joués par autant de comédiens formidables. J’avais donc la crainte que les personnalités de chacun ne soient pas assez développées et que le spectateur accroche sur certains rôles au point de vouloir les voir plus souvent. Mais j’ai été complètement rassuré du « dosage » quand j‘ai découvert quelques séquences à la post-synchronisation. Est ce que ce n’est pas une forme de catharsis pour un acteur de jouer un personnage atteint d’Alzheimer ? Avez-vous peur de cette maladie ? C’est vrai que c’est une maladie terrible. J’ai pensé à François Périer qui en avait été atteint. La mémoire est tout de même l’outil le plus immédiat employé par un acteur. Mais je n’ai pas cette angoisse-là parce que je sais que c’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas. En plus, nous acteurs, avons plusieurs sources mémorielles. Quand on a à apprendre quelque chose et à le restituer -surtout au théâtre- on utilise l’espace, des sensations, des mouvements, des gestes qui sont tous balisés, comme des sortes d’assises dans le corps, des choses qui s’inscrivent en nous. Donc nous ne sommes pas uniquement sur les mots ! Le texte est enrobé ou habillé avec des tas de contextes différents, de lieux, d’endroits, de respirations, de moments, et aussi de sentiments. Du coup la mémoire n’est pas « sèche », elle est démultipliée... Mais pour Cortex, je ne me suis jamais dit que j’allais vivre cette maladie par le biais de la fiction. Il m’est arrivé dans ma vie d’acteur de frôler des sujets proches de ma vie quotidienne, ou d’autres que je n’aurais voulu vivre que par le biais du théâtre ou du cinéma. Mais là, non, je n’y ai pas pensé. Comme vous n’avez pas beaucoup de dialogues, vous faites passer beaucoup d’émotion par votre gestuelle ou vos regards. Comment avez-vous appréhendé cette façon de jouer ? Ça me rappelle l’anecdote d’un spectateur qui était venu féliciter Lucien Guitry, le père de Sacha, après une représentation théâtrale. Il ne tarissait pas d’éloges sur l’auteur de la pièce, son écriture, ses « silences ». Et Lucien Guitry lui a répondu : « Ah, non, là par contre, ces silences, ils sont de moi ! ». Pour moi, le silence est le domaine idéal où l’acteur -et le cinéma est un formidable terrain de jeu pour ça- a la possibilité de faire ressentir de l’émotion entre les mots. J’aime beaucoup ça. Dans le cinéma anglo-saxon, qui est moins habitué à exprimer les sentiments des personnages par la parole, on trouve beaucoup de ces silences. Même si je joue dans des films très dialogués, j’aime ménager des moments où l’on ne sait pas ce qu’il va se passer. Où le spectateur est tendu par les silences des personnages. D’ailleurs, si vous voulez avoir un ascendant sur un auditoire, vous l’obtiendrez plus facilement en ne disant rien que par un éclat de voix. Les silences peuvent donc aspirer les regards du spectateur vers les non-dits et le mystère, vers une zone qui n’est pas écrite. C’est ce que j’ai essayé de faire dans ce film. Tout comme Albert Dupontel dans Le convoyeur d’ailleurs. Nicolas Boukhrief vous a choisi parce qu’à l’époque où il était journaliste au magazine Starfix, il vous aimait beaucoup dans les films de Resnais. C’est drôle parce que Resnais que je connais bien et qui est un très gros consommateur de films, a adoré Le convoyeur ! Parmi les acteurs de Cortex, il y a Marthe Keller avec qui vous aviez joué dans Toute une vie de Claude Lelouch au début de votre carrière. Comment se sont passés vos retrouvailles ? Ça nous a évidemment fait plaisir ! Et nous avons tout de suite retrouvé une grande complicité. Elle a adoré jouer ce côté « borderline » qu’elle crée aussi à sa manière : presque toujours en souriant et en ayant ce regard proche de l’enfance. Je trouve qu’elle donne une sorte de grandeur par rapport à la maladie et à ce qui se passe autour d’elle. Mais il y a aussi beaucoup d’autres acteurs dans ce film qui ont un point commun dans leur jeu : cette sorte d’innocence qu’a la plupart des malades atteints par Alzheimer. Comme un retour à l’enfance que l’on découvre à travers certaines expressions de leurs visages. On avait d’ailleurs tous, je pense, un certain plaisir à frôler ces zones où l’on retrouve un comportement candide. Quand, par exemple, Aurore Clément me balance un quignon de pain en me disant « bonjour ! » dans le film, et bien c’est une manière de se comporter qui est effectivement proche de l’enfance. Idem pour Gilles Gaston-Dreyfuss, Elisabeth Maccoco, Olivier Lejeune ou Philippe Laudenbach qui jouent d’autres résidents dans le film. Ils étaient visiblement contents de mettre à jour leurs petits jardins secrets et de revenir à un comportement enfantin. Justement, ne pensez-vous pas que les acteurs de votre génération sont restés plus « mômes » dans l’âme que les jeunes acteurs d’aujourd’hui ? C’est vrai que pour nous l’enfance était avant tout le domaine du rêve. Alors que -vraisemblablement- les jeunes comédiens d’aujourd’hui sont immédiatement portés sur le monde extérieur. Je sais qu’en ce qui me concerne, pendant une époque, le rêve et la vie en solitaire étaient des domaines exacerbés. Je n’avais pas à portée de main le cinéma, la télévision ou le théâtre. J’étais donc obligé, dans mon enfance d’avoir une rêverie personnelle pour échapper à une réalité qui était pesante. C’était une soupape nécessaire à mon existence. La réalité des adultes m’était très difficile à vivre, à cause de leurs manières d’enseigner ou de se comporter. Ce monde du rêve, je l’ai gardé très longtemps, et il m’a même été préjudiciable quand j’ai débarqué dans le monde réel. Et je continue d’ailleurs d’être un peu en décalage avec la réalité. Un peu comme les personnages de Cortex. Jeudi 17 Janvier 2008
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