Sommaire
Senior Actu

Conférence de la famille 2006 : intergénération et rôle pivot des 55/75 ans

Philippe Bas, ministre délégué aux Personnes âgées, a reçu hier lors d’une conférence de presse qui s’est tenue au ministère de la Santé, les rapports des deux groupes de travail dont les propositions permettront de former « le socle de mesures qui seront présentées lors de la prochaine Conférence de la famille » qui se tiendra avant l’été 2006. Un programme qui devrait faire la part belle à l’intergénération et mieux prendre en compte la génération pivot des 55/75 ans.


« L’originalité de la Conférence de la famille 2006, c’est de prendre en compte l’évolution de notre société en mettant en lumière le rôle pivot d’une génération trop longtemps délaissée : celle des 55 – 75 ans » a indiqué en introduction le ministre qui a précisé que « le thème central cette année » serait « de voir comment nous pouvons développer ces solidarités intergénérationnelles, sur lesquelles se fortifie notre société ».

Selon Philippe Bas, il est important, d’une part de « reconnaître et soutenir les aidants familiaux » et d’autre part, de « donner toute leur place aux retraités qui sont désormais entrés dans un nouvel "âge actif" » afin de conforter « la solidarité familiale et, à travers elle, pour une large partie, la solidarité nationale ».

Le groupe de travail no un, intitulé « La famille, espace de solidarité entre générations » était présidé par M. Alain Cordier. Ses équipes se sont penchées sur les moyens de reconnaissance et de soutien des aidants familiaux. De son côté, le second groupe, présidé par Raoul Briet, s’est intéressé à la place donnée à ce « nouvel âge actif » dans notre vie quotidienne à travers son rapport intitulé « La société intergénérationnelle au service de la famille ». .../...
Philippe Bas, ministre délégué aux Personnes âgées

« La Famille, espace de solidarité entre générations »

M. Alain Cordier
Le mandat confié au groupe de travail par le ministère chargé de la Famille était le suivant : identifier les formes que prennent les solidarités à l'intérieur de la famille et les obstacles à leur mise en œuvre ; étudier les transferts économiques et patrimoniaux, les formes de solidarité existantes et souhaitables et enfin, examiner les dispositions que doivent prendre les pouvoirs publics pour répondre aux besoins des familles.

La préoccupation politique au regard de la famille a longtemps porté sur la petite enfance, cependant, le sujet retenu pour la conférence de la famille 2006 montre qu'un "pivotement" est nécessaire. En effet, la solidarité à l'égard des ascendants, du fait du vieillissement de la population, doit désormais recueillir l'attention, même si les autres formes de solidarité ne doivent pas être négligées pour autant.

Ainsi, ce rapport s’appuie sur trois convictions : solidarité familiale et solidarité collective se renforceront mutuellement et ne se substitueront pas l'une à l'autre ; le champ de la politique publique en faveur des familles devra s'élargir pour répondre aux nouvelles exigences de solidarité entre générations ; différents dispositifs juridiques doivent converger pour développer une politique publique d'aide aux aidants familiaux, en toute circonstance de perte d'autonomie d'un des membres de la famille.

La démographie situe favorablement la France au regard des autres pays européens. Cependant le vieillissement de la population est un fait. Le ratio comparant le nombre des personnes de plus de 65 ans à la population des personnes âgées de 15 à 64 ans était de 8 en 1900, de 4 en 2000 et sera de 2 environ en 2050.

La famille est un lieu de solidarité et d'échanges très riches, soulignent les responsables de ce rapport : 92% des Français disent que l'entraide familiale est importante, 82% entre frères et sœurs, 81% entre grands-parents et petits-enfants. Ils y consacrent du temps, échangent des services et s'aident financièrement quand c'est nécessaire (enquête IPSOS pour la délégation interministérielle à la famille, avril 2006).

Dans cet esprit, ce rapport formule douze propositions pour que l'action des pouvoirs publics soutienne cette solidarité.

D’une part, six mesures visant à reconnaître et soutenir les aidants familiaux :

Renforcer le soutien personnalisé des aidants familiaux
Participer à l'accompagnement au domicile d'une personne en perte d'autonomie et aux actes visant à compenser cette perte constitue un engagement très lourd pour une mère, un père, un conjoint, des enfants : il faut développer les politiques de soutien.

Développer toutes les formules de "répit"
Nombreux sont ceux dont la vie se trouve totalement engagée auprès d'un enfant, d'un conjoint ou d'un parent en perte d'autonomie et qui aspirent à pouvoir dégager un peu de temps pour eux. Il s'agit d'organiser des temps de repos, qui permettent de " souffler", de faire une pause dans l'action d'aidant familial.

Elargir les possibilités du droit d'absence
Pour accompagner à domicile un enfant, un conjoint, un parent en perte d'autonomie, des proches familiaux peuvent être amenés à interrompre leur parcours professionnel. Il s'agit d'aider à ce que cette interruption ne remette pas en cause le contrat de travail.

Ouvrir des droits à la retraite pour les aidants familiaux
Les personnes actives contraintes à l'accompagnement à domicile d'un de leurs proches familiaux non autonomes aspirent à se voir reconnaître des droits à la retraite pour cette période contrainte.

Développer la formation
Les aidants doivent pouvoir disposer de formations appropriées pour réaliser leur accompagnement. Les compétences qu'ils ont acquises en étant aidants familiaux doivent pouvoir être reconnues.

Faciliter le retour à l'emploi des aidants familiaux
Le retour à l'emploi des aidants familiaux d'âge actif doit être favorisé, notamment par le biais de la validation des acquis de l'expérience.

D’autre part, le rapport propose six autres mesures visant à soutenir la solidarité familiale :

Informer les familles sur leurs droits
Il s'agit de renforcer les points info famille et les supports de communication existants.

Mieux reconnaître le décès d'un enfant par un congé plus long

Reconnaître le rôle des grands-parents et notamment permettre aux grands-parents si nécessaire de saisir le défenseur des enfants

Réformer le système de protection juridique des majeurs
L'avant-projet de loi portant réforme de la protection des adultes vulnérables vise à étendre la protection juridique de la seule protection des biens de la personne à la personne elle-même.

Engager une concertation sur de nouvelles formes d'épargne solidaire
Etudier des dispositifs financiers susceptibles de renforcer les capacités des familles à faire droit de leur engagement solidaire au profit d'un des leurs, en particulier les jeunes.

Ouvrir le débat sur les modalités d'indemnisation des aidants familiaux et sur l'application de l'obligation alimentaire.

« La société intergénérationnelle au service de la famille »

M. Philippe Briet
Les solidarités entre générations peuvent s’exprimer dans notre société en dehors du lien familial. Ainsi, le second groupe de travail s’est vu confier la mission de regarder comment développer ces solidarités, qui ne relèvent ni des solidarités publiques ni de celles liant entre eux les membres d’une même famille.

« Notre société fait face à un double défi : d’une part l'allongement de l'espérance de vie augmente le nombre de générations coexistantes et le modèle à quatre, voire cinq générations succède progressivement au modèle à trois générations (dans dix ans, le nombre de personnes de plus de soixante ans sera supérieur à celui des moins de 20 ans, et la fin de vie est souvent marquée par des problèmes de santé et de perte d’autonomie) ; d’autre part l'entrée dans l'âge adulte, c'est-à-dire le départ de chez les parents par l'accès à l'emploi, la possibilité de fonder une famille, ne cesse d'être retardé, devient plus flou et entraîne une grande précarité chez certains, un parcours difficile vers l'autonomie pour beaucoup » indique M. Briet, en charge de ce rapport.

La famille, lieu par excellence des relations entre les générations reste une référence même si elle s'est fragilisée. Mais dans le même temps, la progression du nombre de familles monoparentales ou recomposées ainsi que la diminution des fratries, compte tenu de la baisse de la natalité, vont peser sur la prise en charge familiale des personnes en perte d’autonomie. Celle-ci repose principalement sur les femmes, qui sont encore davantage sollicitées que les hommes, même si la fonction de relais commence à être mieux partagée.

Les femmes sont un peu plus nombreuses à dire qu’elles apportent beaucoup d’aide à leur famille : 66% leur consacrent du temps, contre 54% des hommes ; 47% leur rendent des services, contre 38% des hommes (Enquête IPSOS pour la Délégation Interministérielle à la Famille - avril 2006).

Or comme le montre Claudine Attias-Donfut, si « les solidarités familiales ont pu se maintenir - (c'est grâce) au système public de protection sociale, le versement des prestations sociales stimulant l'entraide privée ».

C’est dans cette perspective que le groupe s’est positionné, en cherchant à promouvoir toutes les actions et pratiques favorisant les solidarités entre générations, qu’elles soient mises en œuvre par des associations, collectivités territoriales, organismes sociaux ou entreprises.

Ainsi, le groupe de travail a souhaité inscrire dans la durée la question de l’intergénérationnel, en contribuant à modifier l’image qui vient encore trop souvent à l’esprit quand on emploie ce terme. L’intergénérationnel ne se réduit pas aux relations grands-parents petits-enfants ou à l’aide aux aînés qui sont en perte d’autonomie. Il traverse toutes les générations, il s’appuie sur tous les âges et chacun peut y contribuer. Il nous appelle aussi à modifier notre approche : « jeunes, actifs, retraités » en rendant beaucoup plus fluides les clivages.

L’ambition du projet, sa difficulté et sa nouveauté, au regard des thèmes de réflexion habituels de la Conférence de la famille, font que les propositions formulées, loin d’épuiser le sujet, doivent être considérées comme une amorce, une première étape qui devra être suivie de bien d’autres.

C’est la raison pour laquelle les propositions du groupe de travail ont été construites autour de deux axes complémentaires : rendre plus visible l’intergénérationnel et le porter dans la durée ; faciliter l’intergénérationnel au quotidien.

D’une part, rendre plus visible l’intergénérationnel, le porter dans la durée. Cinq propositions formulées par le groupe de travail pour cela :

Créer un portail intergénérationnel et développer un numéro d'appel national.
mettre en réseau des lieux d'accueil et d'information mais aussi des actions dans le cadre du développement social local.

Valoriser les relations intergénérationnelles en envisageant la transformation de la Semaine Bleue en semaine de l'intergénération et en diffusant et multipliant les initiatives du type : "Grandir-vieillir" de la FNG, Prix Chronos, Prix Intergénérations du ministère, etc.

Développer des recherches et des recherches/actions sur les transferts entre générations et les représentations des âges dans la société.

Mettre en place une charte de l'intergénérationnel et en assurer un suivi régulier à l'occasion des Conférences de la Famille.

D’autre part Faciliter l’intergénérationnel au quotidien » avec trois autres propositions :

Encourager le bénévolat et soutenir la vie associative
Favoriser le logement et l'urbanisation intergénérationnels
Développer un service civique à caractère social ouvert à tous les jeunes

En conclusion...

« Nous avons aujourd’hui une vision trop souvent simplifiée de la longévité. Nous l’abordons sous l’angle des retraites, ou sous l’angle de la grande dépendance » indique le ministre qui ajoute que l’on « oublie aussi que les retraités sont entrés dans ce « nouvel âge actif » ; ils sont en pleine possession de leurs moyens, ils sont en forme et en bonne santé ; ils veulent conserver une activité, un engagement dans une vie sociale, culturelle ; ils veulent aussi souvent faciliter l’insertion des jeunes dans la vie active ».

Ainsi, le ministre annonce la possibilité de développer un « compte-épargne service », c’est à dire un compte permettant à des retraités qui rendent des services à la collectivité (entretien d’un jardin ; accompagnement ou traversée de jeunes enfants à la sortie de l’école ; aide aux devoirs ou garde…) d’en bénéficier en retour. Ce compte leur ouvrirait des droits, qu’ils pourraient conserver sur une longue durée puis utiliser lorsqu’en viendrait le besoin (par exemple, des repas portés à domicile à ces retraités devenus très âgés ; l’entretien de leur propre jardin ou de leur appartement…).

On peut également « réfléchir au développement de l’échange de services mais aussi à l’urbanisme au sein d’une commune. Ainsi, la « mixité » dans un même immeuble, entre personnes âgées et familles avec de jeunes enfants, facilite le lien social et lutte contre l’isolement des plus dépendants et des plus fragiles. Elle permet de se rendre mutuellement des services et de renforcer la solidarité » ajoute le ministre.

Enfin, conclut Philippe Bas « nous pouvons envisager une piste permettant de favoriser la constitution d’une épargne, au sein d’une famille, pour les plus jeunes, ceci au-delà des donations entre générations qui ont déjà été renforcées. Ce soutien financier des grands-parents à leurs petits enfants, peut faire la différence pour faciliter l’insertion dans la vie active. Un dispositif de ce type devrait, bien évidemment, tenir compte des familles les plus modestes ».


Publié le Mardi 16 Mai 2006 dans la rubrique Société | Lu 6558 fois