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Comment regarder un tableau par Françoise Barbe-Gall : 36 peintures décryptées


Regarder, selon le « Dictionnaire de la langue française » (A.Rey, Ed. Robert) est dérivé de « garder qui avait la valeur d’avoir l’œil sur , regarder, avec le préfixe « re » indiquant à la fois le mouvement en arrière, en retour et la réitération ». C’est l’attitude appropriée qu’il convient d’avoir pour regarder une œuvre d’art, la peinture en l’occurrence.
Comment regarder un tableau par Françoise Barbe-Gall : 36 peintures décryptées

C’est dans cet incessant retour en arrière, la remise en cause permanente de ce que l’on a déjà assimilé, l’approfondissement des nouvelles interrogations que l’on approche de la compréhension d’une œuvre.

Un tableau au-delà de tout esthétisme comme de tout déterminisme historico-socio-culturel , n’a d’autre vocation que d’exprimer l’universel, de traquer non tant la réalité que la vérité. Au moyen de sa peinture l’artiste ne montre pas le réel, il y participe, il en étalonne sa dimension. Son œuvre est moins la représentation que l’expérience du non-apparent.

Le peintre joue avec la conscience et l’inconscient du spectateur, il bouscule ses constructions, il modifie ses schémas intellectuels si bien que l’œuvre trouble celui qui le regarde, l’inquiète dans l’inconfort suscité. Il rappelle la fonction originelle de l’œuvre d’art.

Sous une couverture sobre mais laide se découvre un livre d’art lumineux : « Comment regarder un tableau » de Françoise Barbe-Gall. Divisé en six chapitres, que l’on prendra comme des leçons, cet ouvrage apprend au lecteur à domestiquer son regard devant un tableau. Certes, ce n’est pas le premier livre qui ambitionne d’aider l’amateur à se repérer devant une œuvre d’art. Son originalité est de le faire d’une manière subjective à partir de six attitudes psychiques possibles (l’observation, la méditation, l’analyse, la perplexité, le choc, la quiétude).

En respectant la spontanéité du spectateur, l’auteur propose des pistes de réflexions en permettant de voir ce qui fonde la singularité de la toile et ce en quoi elle est universelle et pérenne. Trente six tableaux sont ainsi décryptés, reproduits avec qualité, accompagnés de « repère » qui les replace dans leurs contextes historiques, culturels et esthétiques. Une « juste position » est à la finale suggérée pour apprécier pleinement une peinture.

A propos du Douanier Rousseau, Françoise Barbe-Gall écrit : « la force de sa peinture ne réside pas dans une capacité à saisir les apparences mais dans son rapport direct avec ce qu’elles dissimulent ». Sur Gauguin, elle note : « le véritable miracle auquel nous convie Gauguin serait de quitter les impasses dans lesquelles nous enferme un regard trop soumis. L’on pourrait alors commencer d’entrevoir avec lui, dans une sorte de dénuement ébloui, la fonction de toute image ».

C’est le dessein de ce livre d’ouvrir le regard, de prendre le temps d’étudier les hésitations, de se tromper, de ne pas comprendre mais toujours de ressentir et de revenir. L’auteur devant « Le Portement de Croix » de Bruegel l’Ancien préconise l’attitude : « libre au badaud de s’en retourner, de reprendre son vagabondage. Mais il saura. Il ne pourra plus tout à fait oublier ce qu’il a vu ».

On en vient à se demander si cette couverture, si fade, ne symbolise pas l’étude de la peinture : une approche parfois difficile voire rebutante, toujours intimidante, mais lorsqu’on a fait taire tous ses a priori de toutes sortes, elle devient une formidable traversée qui va de découvertes en découvertes de plus en plus profondes pour un bonheur qui ne s’épuise pas.

C’est un livre à offrir... Ou pour se faire plaisir !

Comment regarder un tableau
Françoise Barbe-Gall
Ed. EPA (Hachette-livre)
310 pages
39,90 euros


Publié le Mercredi 6 Décembre 2006 dans la rubrique Culture | Lu 4486 fois