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Senior Actu

Comment mieux valoriser le bénévolat ? chronique par Serge Guérin

La question de la valorisation des activités non marchandes doit être posée, y compris pour les retraités qui parfois assument des responsabilités importantes. Personne ne trouve scandaleux qu’un élu, même à la retraite, puisse disposer de quelques émoluments… Pourquoi alors ne pas rémunérer d’une façon ou d’une autre, le retraité bénévole ?


Notons d’ailleurs que bien souvent les maires des petites communes et les bénévoles ont en commun que leurs actions non rémunérées finissent par leur coûter non seulement en temps mais aussi en argent.

Dans ce contexte, la création d’une sorte de livret d’épargne civique permettant de valider les temps de bénévolat social en points de retraite serait une piste. De même, il serait envisageable de favoriser un crédit d’impôt pour certaines actions de bénévolat réalisées dans le cadre d’associations reconnues d’utilité publique.

D’autres systèmes de rémunérations, sous forme d’échange, sont possibles comme le financement d’heures de conduites en contrepartie de l’engagement de voiturage de personnes à mobilité réduite.

La question n’est pas anecdotique : elle montre bien que nos sociétés ne peuvent seulement penser l’activité en termes de travail. Notons d’ailleurs que les activités de bénévolats se professionnalisent et peuvent nécessiter une formation de base et des mises à niveau régulières.

Il y a de moins en moins de place pour l’amateurisme. Des organismes comme la Fondation de France vont jusqu’à faire passer des entretiens aux futurs bénévoles… Pour être utile, le temps disponible et la bonne volonté ne suffisent plus. La compétence n’a pas d’âge. .../...
Comment mieux valoriser le bénévolat ? chronique par Serge Guérin

Plus largement, on peut aussi estimer que rémunérer c’est aussi donner de la valeur signifiante à l’action. Une façon aussi de casser l’image de retraités en retrait de la vie sociale. Certains, y compris des seniors bénévoles, s’interrogent pourtant sur le risque qu’il y a à remplacer un emploi potentiel et ainsi à léser un jeune ou un moins jeune. Cela doit bien arriver quelque fois et cette société un peu schizophrène finirait, si l’on y prend garde, à ne fonctionner qu’avec des jeunes stagiaires et des vieux bénévoles… Pour autant, il faut bien comprendre que dans la majorité des cas, le monde associatif n’entre pas dans l’ordre de production traditionnelle et rend des services à la rentabilité impossible à réaliser.

Soyons clair : les associations participent du marché en ce qu’elles rendent un service et répondent à un besoin ou à une attente. Elles peuvent donc être aidées sous différentes formes, dont le bénévolat, mais aussi par le versement de subventions ou la délégation de personnels. Il se peut aussi que les bénévoles permettent à l’association de se développer et d’atteindre un équilibre économique lui ouvrant ensuite la possibilité d’embaucher. En France, le secteur associatif emploie 1,2 millions de personnes.

De fait, c’est la question du statut de l’activité qui se pose. Le travail traditionnel ne peut plus être la seule forme d’activité utile socialement valorisée. Les savoirs sont multiples et peuvent générer un système d’échange. Il y a une forme de complémentarité informelle entre les personnes, qui va bien au delà de l’échange de services, mais qui permet de construire des projets évolutifs.

Les besoins et les désirs évoluant, les aides et les partenariats aussi. Quel que soit l’âge, chacun peut apporter, à un moment donné, une compétence, une aide, une idée ou une écoute. Les seniors, comme les étudiants, disposent par ailleurs d’une autre ressource : le temps. Là encore, chacun peut fournir à l’autre un service, ne reposant pas sur une compétence particulière mais simplement sur une disponibilité, en échange d’un autre service ou d’une autre disponibilité.

Ecouter l’autre, être avec lui, l’accompagner… sont autant d’actions à forte utilité sociale qui par exemple peuvent se traduire par un sentiment de sécurisation des deux parties voire par une diminution de la fragilité des uns et des autres et par une moindre consommation de psychotropes…

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles


Publié le Mardi 10 Avril 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 5544 fois