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Senior Actu

Comment faire face au vieillissement des détenus seniors ?

Le nombre de prisonniers de 50 ans et plus dans les pénitenciers fédéraux a augmenté de 3,5 % entre 2002 et 2007. Durant cette période, l’âge moyen des personnes condamnées à des peines maximales (15 ans et plus) est passé de 34 à 42 ans. « La population carcérale vieillit, et la société n’est pas préparée à faire face à ce phénomène », dit Anne-Laure Tesseron. Cette étudiante en démographie de l’Université de Montréal (UdM) termine actuellement une maîtrise sur ce sujet à partir de données exclusives qu’elle a obtenues du Service correctionnel du Canada.


Nos prisons abritent des prisonniers de plus en plus vieux
Le vieillissement des détenus pose des problèmes particuliers. « Bon nombre de détenus vieillissants souffrent d’affections chroniques comme le diabète, l’insuffisance cardiaque ou la maladie d’Alzheimer et doivent se rendre à l’hôpital pour subir des traitements. La loi prévoit que deux agents en fonction accompagnent chaque patient à l’hôpital. Cela ampute forcément le budget de l’établissement correctionnel, en plus de mobiliser le personnel », commente-t-elle.

À mesure que les difficultés liées à l’âge se manifestent, la mobilité des prisonniers âgés diminue. Ils doivent se déplacer en fauteuil roulant ou avec une canne. Or, les escaliers des prisons ne sont pas conçus pour ces déplacements. Sans parler des problèmes de santé mentale, de la toxicomanie, etc. « De sérieuses questions éthiques surgissent, mentionne Mme Tesseron. Même si des détenus purgent une peine lourde infligée pour des crimes graves comme des homicides, on ne peut pas abandonner ces personnes à leur sort lorsqu’elles sont incarcérées. Par contre, la société doit allouer les ressources de façon juste et équitable ». (…)
Comment faire face au vieillissement des détenus seniors ?

Tendance à la hausse
Les projections que l’étudiante a élaborées sont inquiétantes. Dans la prochaine décennie, la population carcérale de 50 ans et plus pourrait passer de 3.858 en 2007 à 5.821 en 2017 (5.112 en 2012). Cette hausse aura des répercussions certaines sur le plan budgétaire, car la détention d’un prisonnier âgé engendre des dépenses deux fois supérieures à celles liées à un prisonnier plus jeune et en santé.

Ces prédictions peu encourageantes s’expliquent, en partie, par un vent de répression que font souffler les gouvernements de droite. « Le premier ministre canadien, Stephen Harper, a fait savoir que les peines seraient plus sévères à l’endroit des auteurs de crimes graves. Or, les détenus âgés sont plus nombreux dans ce groupe ».

Trois profils caractérisent les prisonniers condamnés à de lourdes peines, indique l’étudiante, qui travaille sous la direction de Jacques Légaré (Département de démographie) et de Marion Vacheret (École de criminologie). Le premier type est un jeune qui commet un meurtre et qui est condamné à la prison à vie. Le deuxième est le récidiviste considéré comme un criminel dangereux. Enfin, le troisième type est celui qui perpètre un crime grave à un âge avancé. Or, ce sont les criminels de la troisième catégorie dont le nombre croît le plus rapidement.

Une autre raison contribuerait à ce vieillissement : l’accès restreint aux programmes de libération conditionnelle. « Les agents de libération conditionnelle ne le disent pas ouvertement, mais ils favorisent nettement les jeunes lorsqu’ils étudient les cas admissibles ».

Vers des prisons-hospices ?
En Allemagne, où le problème du vieillissement des prisonniers se pose depuis plusieurs années, on a ouvert trois « prisons-hospices », où sont concentrés les détenus âgés. Aux États-Unis, on a plutôt choisi la solution de la conversion d’ailes pénitentiaires. Les prisonniers âgés sont regroupés dans des pavillons mieux adaptés à leurs besoins.

L’étude de Mme Tesseron doit permettre d’évaluer quelle solution est à retenir pour le Canada. « Doit-on rénover les prisons pour tenir compte du vieillissement de la population ou construire de nouveaux immeubles prévoyant la présence en permanence de médecins et d’infirmières ? J’avoue qu’il y a des coûts importants associés aux deux possibilités ». Et les ressources de l’État ne sont pas illimitées.

Les conclusions de l’étudiante ne sont pas encore connues, mais elle a la satisfaction de toucher au but d’une étude qui lui a demandé beaucoup de temps et d’énergie. « Les données du Service correctionnel du Canada me sont parvenues au compte-gouttes », souligne cette Française d’origine qui vit au Canada depuis 2001 et qui a été de la première promotion du baccalauréat bidisciplinaire « Démographie et géographie » offert à l’Université de Montréal. Elle a dû s’armer de patience pour obtenir les statistiques sur le vieillissement dans les établissements carcéraux.

Mathieu-Robert Sauvé
Article publié avec l’aimable autorisation de l’Université de Montréal, Forum
Site Internet de l’Université


Publié le Vendredi 14 Septembre 2007 dans la rubrique Société | Lu 7343 fois