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Cliente de Josiane Balasko : quand les femmes quinquas s’offrent des « escorts boys » (film)

Cliente, le prochain film de Josiane Balasko sort dans les salles françaises la semaine prochaine, le 1er octobre 2008. Le « pitch », une femme d’une cinquantaine d’années (Nathalie Baye), cadre divorcée, a des relations sexuelles tarifées avec un homme vingt-cinq ans plus jeune (Eric Caravaca). Un sujet encore largement tabou, que la réalisatrice aborde avec justesse… A voir.


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Judith (Nathalie Baye) a la cinquantaine séduisante ; femme équilibrée, elle dirige une émission de téléachat.

Divorcée, elle vit seule, avec pour confidente sa sœur Irène (Josiane Balasko), qui est la seule a connaître son secret : Judith s’offre régulièrement les services sexuels de jeunes gens qu’elle choisit sur des sites d’escort sur Internet.

Elle rencontre ainsi Patrick (Eric Caravaca), qu’elle apprécie pour sa gentillesse, son charme et sa simplicité.

Or Patrick, en réalité Marco, est marié et profondément amoureux de sa femme Fanny (Isabelle Carré), laquelle pense que son mari fait des chantiers…

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Interview Josiane Balasko.

Vous avez écrit et publié un roman, « Cliente », qui a très bien marché, puis vous en avez fait un film. Pourquoi cette démarche, plutôt à contre-courant pour une réalisatrice ?

Josiane Balasko : En réalité, j'avais d'abord écrit un scénario mais je n'ai pas réussi à le monter. Tous les producteurs auxquels je me suis adressée ont trouvé le sujet choquant.

Choquant ?

Josiane Balasko : Oui, choquant. Une femme de 50 ans, riche et équilibrée, qui a des relations sexuelles tarifées avec des hommes plus jeunes qu'elle, ça ne passait pas. Je sentais bien en écrivant le scénario que je touchais à quelque chose d'un peu tabou. Mais en essayant de le produire, je me suis rendue compte que mon sujet était encore plus tabou que je ne le pensais. Cela dit, je crois que ce n’était pas seulement un problème de censure, mais aussi un problème économique : personne ne voulait prendre de risques. On me répondait que ce n'était pas un sujet populaire, que ça ne marcherait pas...

Comment l'idée vous est-elle venue ? Vous connaissiez des femmes qui payent des escorts ? Vous aviez lu des articles, des enquêtes ?

Josiane Balasko : En général, les copines ne racontent pas ce genre d'histoires. J'en ai peut-être autour de moi, mais j'ignore qui. J'avais lu quelques papiers, vu des émissions à la télévision, mais je n’ai pas fait d’enquête particulière. Je suis d'abord partie sur les sentiments pour bâtir mon histoire. Il se trouve que j'ai un certain nombre d'amies, autour de la cinquantaine, qui se retrouvent seules. Soit parce qu'elles n'ont jamais rencontré d’homme avec qui bâtir une relation durable, soit parce qu'elles sont divorcées. Beaucoup de gens se séparent après quarante ou quarante-cinq ans. Les hommes refont leur vie, ont d'autres enfants. Ce que ne peuvent pas faire les femmes ! Elles n'ont plus qu'à fermer boutique ou bien commencer un autre type de relation. Ce n'est pas évident surtout dans notre société qui reste fondée sur l'apparence. Et encore, ça a beaucoup évolué depuis une trentaine d'années. C'est douloureux pour elles. Parallèlement à ça, j'ai remarqué qu'on ne parlait jamais d'un certain nombre de questions vues du point féminin. J'avais écrit « Gazon maudit » parce qu'on ne traitait pratiquement jamais de l'homosexualité féminine au cinéma. De la même façon, il existe pas mal de films masculins sur les prostituées, sur les types qui en tombent amoureux, mais on ne décrit jamais l'inverse.

C'est vrai qu'on a de la prostitution une idée très masculine...

Josiane Balasko : Une femme ne va pas simplement tirer un coup, il lui faut quand même un minimum de mise en scène... Le peu que j’ai lu sur les escorts, c’est que les préliminaires sont plus longs que l'acte lui même, qu’il s’agisse d’une invitation ou d’autre chose. D'ailleurs, au début du film, quand Judith et Marco se rencontrent pour la première fois, il lui offre une rose. Une fois que j'ai essuyé tous ces refus, je me suis dit que cette histoire devait quand même voir le jour d'une façon ou d'une autre. Ce n'était pas un sujet de pièce, alors je l'ai transformée en roman. Le livre a été un vrai succès, en librairie et en poche. Et puis, le temps a passé, quatre ans en fait. Les choses ont évolué et j'ai trouvé des jeunes producteurs, Jean-Baptiste Dupont et Cyril Colbeau-Justin, intéressés par l'idée d'un long-métrage. En écrivant le bouquin, j’avais suivi le déroulement du scénario. En le reprenant pour le film, j’ai mélangé les deux. Un livre vous permet de creuser plus à fond les personnages, d’écrire un tas de choses que vous ne garderez pas forcément à l'écran. J'avais fait plusieurs versions du premier film, écrit des scènes que j’ai supprimées et dans le livre et dans ce film-ci.

Quelles ont été les réactions de vos lecteurs ? Vous avez eu l’impression d’avoir touché quelque chose d'important ?

Josiane Balasko : Le roman a sans doute touché les femmes parce que j'abordais aussi la question du plaisir féminin, sans que ce soit choquant. Pas d’une manière technique mais en m'aventurant sur un territoire masculin. Finalement ce sont toujours les hommes qui contrôlent le plaisir des femmes. Dans un film je ne sais pas montrer des gens rouler sur un lit et faire l’amour, ça m’ennuie ; je ne peux le faire que dans la comédie. Dans la seule scène du film où on voit Marco et sa femme faire l’amour, ils parlent de fric.... Même s’il y a des scènes de tendresse entre eux.

Dans le roman, c'est plus explicite ?

Josiane Balasko : Je raconte... Il m'est plus facile de l'écrire. Judith raconte sa première aventure avec des gigolos en disant que ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas joui de cette manière.

Vous abordez aussi un aspect important de la liberté des femmes : celle de se dire quand elles arrivent à un certain âge : « Je fais ce que je veux de mon argent, je me paye un homme si je veux ».

Josiane Balasko : Elles payent surtout pour ne pas souffrir. Payer vous protège des sentiments et de l’amour. Judith, le personnage joué par Nathalie Baye, est une femme qui est passée à un stade supérieur : elle utilise les hommes. Elle va peu à peu découvrir qu’elle ne doit pas utiliser Marco car il est différent. Ce n'est pas un pro.

Judith est-elle seulement une femme de pouvoir, que la vie a endurcie ? Ou paye-t-elle parce qu'elle a déjà pas mal « payé » avec ses sentiments ?

Josiane Balasko : Les deux. Elle a du pouvoir, du fric, mais elle a été mariée et ça a mal tourné. Son mari, joué par Richard Berry l'a quittée pour une femme plus jeune. On le voit dans une petite scène et sans beaucoup de paroles, on comprend ce qui s'est joué entre eux. Elle a souffert et elle s'est blindée. Elle a essayé de s’imperméabiliser aux souffrances, de dire non aux chagrins d'amour. Sa sœur Irène, dont je joue le personnage et qui a sensiblement le même âge, n'a pas changé malgré quelques déconvenues amoureuses. Elle rêve toujours de LA rencontre. Il doit être ethnologue, anthropologue... Un intello...

Elles sont pourtant très proches.

Josiane Balasko : Oui, elles le sont malgré leur point de vue différent sur l'amour. Irène continue de rêver. Et même si elle tombe sur des imbéciles ou sur des types qui ne lui conviennent pas, elle vit ses histoires à fond. Judith a décidé qu’elle ne voulait plus tout ça, elle n'y croit pas. Pourtant Irène, qui attend le prince charmant, finit par le rencontrer. Un Indien qui vient de l'Arizona, un endroit lointain, improbable. Mais elle quitte tout pour le rejoindre et vivre ce grand amour. J'y ai mis un bout de ma propre histoire d'autant que Jim, l'amoureux d'Irène, est joué par l’acteur George Aguilar, mon mari. Mais moi, je ne suis pas allée vivre aux Etats Unis...

Les deux sœurs représentent-elles les deux facettes d’une même personne? Et plus encore, les comportements des femmes d'aujourd'hui qui ont 50 ans et des poussières ?

Josiane Balasko : Tout ce que dit Irène, Judith pourrait se le dire. Irène est le double optimiste de Judith. L’important à la fin, c’est que Judith n’est pas perdante malgré tout. Elle reste libre. Même si cette liberté est à double tranchant... Elle vit parce qu’à partir du moment où on souffre, on vit. Si on ne souffre plus du tout on est mort. Je pense qu’elle va continuer, elle le dit d’ailleurs. Et puis la relation des deux reste forte. J'avais envie de raconter ce lien particulier entre ces deux sœurs, complices et proches et pourtant si différentes. On ne voit pas souvent ce genre de relation au cinéma.

Pourquoi n’ont-elles pas eu d’enfants ?

Josiane Balasko : Je voulais les rendre libres de leurs faits et gestes. Si elles n’ont ni l’une ni l’autre eu d’enfant, c'est que Judith n’a pas vu le temps passer tant qu’elle était une femme active. Ensuite, c’était trop tard, son mari a voulu divorcer. Pour Irène, la machine n’a pas marché. Le livre est plus détaillé sur leurs vies passées.

Qui est vraiment Marco ? C'est un personnage double.

Josiane Balasko : C’est un garçon très généreux. Il fait vivre tout le monde autour de lui, c’est-à-dire qu'il fait le tapin pour tout le monde. Son boulot d'escort permet à sa femme de payer les traites de son salon de coiffure, à sa belle-famille et à sa grand-mère, de survivre. Il est très organisé avec sa double vie mais il n’a aucun remords à la mener, parce qu’il le fait pour une bonne raison. La première fois que j'ai essayé de monter le film, je pensais déjà à Eric Caravaca. Là encore, les producteurs trouvaient cette idée bizarre. Pour eux, un escort était un garçon avec un physique de beau gosse à faire la couverture de « Têtu »... Pour moi, non. Le personnage de gigolo professionnel, Judith le rencontre à un moment du film. Ce n'est pas Marco. Moi je voulais un jeune homme charmant. Et je trouve qu’Eric a un charme fou, un peu féminin. Les femmes y sont d’autant plus sensibles qu’il n’y a pas de dangerosité en lui. Il a aussi de la grâce dans ses manières, de la tendresse. On comprend tout à fait son succès auprès d'elles.

Mais le jour où sa femme découvre la vérité et qu'il décide d’être honnête, il ne peut plus assurer pour la famille, payer les traites du salon de coiffure. C’est là que les problèmes commencent…

Josiane Balasko : Fanny, sa femme, est sincèrement affligée par ce qu'elle apprend de son mari. Ça la fait beaucoup souffrir. Par amour pour elle, il s'excuse, renonce à cette vie. Elle, c’est quelqu’un d’un peu primaire : elle pense au jour le jour, elle ne se projette pas loin dans l’avenir contrairement à Marco. Le jour où elle se rend compte que la survie du groupe est en danger, depuis qu'il a arrêté le tapin, il n'y a pas d’autre solution que de lui demander de recommencer, elle le fait, sans états d'âmes. Elle ne veut pas partager mais elle le fait quand même. Dans le livre Judith la qualifie de « petite guerrière ». Elle n'hésite pas à aller affronter Judith quand se pose un problème de planning dans l'organisation. Elle a un culot formidable, elle est comme un petit animal instinctif.

La morale de l’histoire est terrible, si morale il y a : comment l’absence de sentiment chez les uns génère la survie chez les autres, comment fonctionne ce petit monde.

Josiane Balasko : Et en même temps, Judith est honnête : elle ne va pas garder cet homme au moment où il est prêt à rester avec elle.

On ne s’attend pas à ça d’une femme aussi dure et aussi protégée.

Josiane Balasko : Elle sait très bien que ce genre d’aventure est voué à l’échec. Elle peut très bien avoir du bon temps. Mais entre un type de 30 ans et une femme de 50 ans… C'est compliqué.

Elle s’est payé aussi l’illusion d’être aimée ?

Josiane Balasko : L’illusion d’être aimée, oui. Mais Marco est aussi séduit, ce n’est pas que du chiqué. Ce n’est pas juste parce qu’il joue son rôle de gigolo

Il est séduit par le raffinement de Judith.

Josiane Balasko : Et puis par le côté amusant. Judith c’est quelqu’un qui existe aussi, par son métier, le télé-achat, un truc hors du commun, même si c'est le degré zéro de l’animation. Elle a ce côté « vu à la télé ». Aux yeux de Marco, elle a un petit prestige. J'aimais bien aussi l'idée qu'elle achète mais aussi qu'elle vende, comme elle le fait sur le petit écran.

Qu’est-ce qui est le plus vraisemblable ? Que Marco soit amoureux de Fanny ? Ou de Judith ?

Josiane Balasko : Je pense qu’il est profondément amoureux de sa femme et le fait qu’elle l’ait trahi, qu’elle l’ait utilisé, lui fait beaucoup de mal.

Vous excellez, comme toujours, dans la description de ce milieu populaire.

Josiane Balasko : Probablement parce que je viens moi-même d’un milieu populaire. Mes parents tenaient un bistrot, on côtoyait plein de gens différents. Du coup, je n’ai pas de problèmes à faire s'exprimer et à faire vivre des personnages qui leur ressemblent. Ce film parle d'amour mais aussi d'argent : les pauvres parlent tout le temps d’argent parce qu’ils n’en ont pas. Mes personnages ne sont pas des SDF, mais des pauvres ordinaires, des gens qui vont chez Lidl faire leurs courses et qui ont du mal à joindre les deux bouts, ce qui est le cas de beaucoup de Français. La famille de Fanny passe son temps à s'engueuler, c’est en quelque sorte une famille à l’italienne, où tout le monde souffre de la promiscuité. Moins on est riche et plus l’espace de la vie privée est restreint. A l'opposé, Irène et Judith vivent dans de grands appartements, sont des femmes actives qui ont réussi, qui viennent certainement d’un milieu bourgeois, mais qui ne sont pas des caricatures de grandes bourgeoises. Judith a gagné seule son argent, il n’est pas tombé du ciel, elle dirige une petite entreprise.

Au fond, quel que soit leur milieu, leurs activités, ces femmes ont les mêmes problèmes de solitude.

Josiane Balasko : Oui, le film parle de la solitude des femmes. De toutes ces femmes seules à différents âges et pour différentes raisons. La mère de Fanny, jouée par Catherine Hiégel, s'est retrouvée seule avec ses deux filles, son mari l'a abandonnée. Fanny se retrouve seule à un moment. Son associée, Rosalie, vit seule avec son fils. Les clientes du salon de coiffure ont toutes des problèmes avec leurs maris. Les deux sœurs, Judith et Irène, vivent seules. Leur petite assistante, Bérénice, tombe à chaque fois amoureuse de crétins… Mais Marco aussi est très seul. Il n'a personne sur qui s'appuyer, à qui se confier. Judith, elle a sa sœur. Lui, il s'en sort comme il peut.

Mais rien n’est glorieux pour personne, ils sont tous insatisfaits, si on met Irène à part.

Josiane Balasko : Ils ont du mal, ils peinent un peu, comme dans la vie.

Certes Marco retourne avec sa femme parce qu'il l'aime, mais comment et dans quelles conditions ?

Josiane Balasko : On ne sait effectivement pas comment leur histoire va se poursuivre, si leur couple va durer. La vie, en général, n’est pas forcément rose. Là, c’est vraiment un film où je n’ai pas fait de « Happy End » et à la fois il n’y a rien de tragique.

Il y a quand même un mini Happy End...

Josiane Balasko : Oui, mais pas au sens classique. Dans le bouquin, Marco et Fanny se remettaient ensemble mais je n’ai pas eu envie d’une fin aussi évidente. En revanche, Fanny lui manquerait plus que Judith si jamais elle le lâchait.

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Interview Nathalie Baye.

Après avoir lu « Cliente », vous avez tout de suite eu envie de jouer Judith ?

Nathalie Baye : Oui et c’est la première fois que j'entreprends une telle démarche. Quand j'ai lu le livre, j'ai tout de suite vu que Judith était un magnifique rôle de femme et j'ai appelé Josiane pour le lui dire. Ensuite, il s'est passé un an et demi avant qu'elle me propose le rôle. J’étais très contente. Je lis beaucoup de scénarios, mais je trouve rarement de personnages qui me conviennent.

Le film dans sa première version a pourtant eu du mal à se monter.

Nathalie Baye : Cela n'a pas été simple. Josiane avait rencontré à l'époque un producteur qui lui avait dit qu’il préférerait apprendre que sa femme avait un cancer plutôt que de savoir qu'elle se payait des escorts ! Alors que c'est un sujet formidable, intelligent, qui raconte bien l'époque dans laquelle nous vivons.

Comment avez-vous abordé le personnage de Judith ?

Nathalie Baye : Je n'ai jamais eu l'occasion de jouer un tel personnage. Je n'ai aucun point de vue moral sur elle. Elle a fait sa vie, elle s'est séparée de son mari comme beaucoup de femmes actives aujourd'hui. Elle n'a pas eu d'enfants, parce qu'elle n'a pas vu le temps passer, ça arrive aussi... Et elle est seule à 50 ans. C'est une vraie sentimentale, comme sa sœur, mais elle, elle le cache bien parce qu'elle a la trouille. Elle en a tellement pris plein la poire qu'elle se réfugie dans son travail. En la jouant, je l'ai trouvée vraiment touchante, c'est ce registre qui m'a intéressée aussi. Elle paye, d'accord mais elle pourrait retomber amoureuse. Et au fond, elle n'attend que ça même si elle s'en défend. A la fin, elle est presque amoureuse de Marco et son départ est très douloureux pour elle, même si elle a déjà amorti pas mal de chocs.

Elle est tout en nuances. C'est ce que vous montrez.

Nathalie Baye : Oui. Judith n'est pas n’est pas une tueuse, elle ne va pas se battre. Elle est intelligente, elle sait qu'un homme encore amoureux d'une autre femme ne sera jamais à elle. Moi je suis comme elle, je ne crois pas qu'on puisse forcer l'amour. Il y a des femmes qui se lancent dans le combat et qui ne lâchent pas jusqu’à ce que l’homme leur cède. Pas moi. J'aurais adoré joué une tueuse, une garce, mais ce n'est pas Judith. Le point fort de ce sujet c’est qu'on ne la juge pas. Ni elle, ni lui, d'ailleurs. Il est très facile de jeter la pierre à des gens qui se rencontrent comme ça ou à des femmes qui fonctionnent ainsi, mais c'est une question de circonstances, ils ne peuvent pas faire autrement. Le film parle aussi de l'âge et de la transgression. On voit toujours plus d'hommes s'afficher avec des femmes de 20 ans de moins qu'eux que l'inverse. Même si les femmes rajeunissent énormément aujourd'hui, et qu'autour de moi j'ai des copines qui ont des maris de dix ans de moins qu'elle. Mais dix ans, ce n'est pas vingt cinq ans comme entre Judith et Marco. C'est moins gênant. Cela dit, il y a un âge où on est très à l'affût de ce que pensent les gens et un âge où on s'en fiche.

Judith et sa sœur Irène se moquent du qu'en dira-t-on.

Nathalie Baye : J'aime beaucoup ce rapport entre les deux sœurs. Elles sont complices, elle se connaissent par cœur. Et Judith ne cache pas sa manière de fonctionner. Elle assume. Les gens avec qui elle travaille ne sont pas dupes non plus. Personne ne juge. Toutes les combinaisons entre les personnages marchent bien. Eric Caravaca, fonctionne aussi bien avec Isabelle Carré qu’avec moi. Eric, dans le rôle de Marco, n’est pas un cliché, il a une certaine sincérité. Josiane avait tout de suite pensé à lui pour le rôle, elle me l’avait dit, mais au début j'ai trouvé ce choix curieux. C'est ensuite que j'ai trouvé compris à quel point c'était intelligent. Eric n’est jamais là où on l’attend. Sur le tournage, Josiane dirigeant Eric, c’était à mourir de rire. Elle le boostait, le houspillait, elle lui disait « tiens-toi droit, tiens-toi droit ». Les premières scènes d’amour qu'on a ensemble lui et moi, elle râlait : « Ca va pas, non mais attends, je vais rouler une pelle à Nathalie, tu vas voir comment on fait ... ». Et finalement Eric s'est lâché. Il a dépassé sa pudeur, elle était très contente.

Que pensez-vous du personnage de Fanny ?

Nathalie Baye : Isabelle Carré est une actrice incroyable, elle peut tout jouer. Elle a réussi à trouver le côté populaire de Fanny et sa férocité, son animalité. En même temps, Fanny est courageuse, elle ne lâche pas. J'aime beaucoup les scènes que nous avons ensemble. Particulièrement quand Judith lui apprend qu'elle ne paye plus son mari. Elle la conseille, la console, lui dit qu'aucun homme ne vaut la peine de se mettre dans cet état. Judith est passée par là, elle a compris beaucoup de choses. Fanny est jeune, encore. Il y a une vraie solidarité entre les deux femmes, à ce moment là.

Est-ce un film sur la solitude des femmes ?

Nathalie Baye : Oui, absolument. Je le vois tous les jours autour de moi : les femmes à partir de 50 ans sont seules, mais avant également. Même à 30 ans, même à 25 ans ! Et les hommes aussi, d'ailleurs ! Je ne connais rien à Internet, je ne sais pas surfer. Mais je me rend compte qu’on n’a jamais autant parlé de communication et qu' il n’y a jamais eu autant de solitude. C'est très étonnant. C'est un vrai sujet de société. On m'a racontée l'histoire d'un professeur de philosophie, un homme intelligent, brillant, qui "chat" avec des femmes qui lui disent qu’il peut venir à 23 heures, quand les enfants seront couchés, elles laisseront leur porte ouverte. Ces femmes retrouvent ainsi des hommes qu’elles n’ont jamais vus auparavant. Ça raconte un désarroi, une vraie solitude et aussi un manque de temps. Il y a sans doute aussi une confusion, une trouille. L’évolution des femmes a été tellement vite. Les hommes ont peur et elles ont peur. Personne ne parle plus à personne, tout le monde se méfie. S'il y a de plus en plus de célibataires c'est peut-être aussi parce que les hommes et les femmes ont joué à une guerre des sexes que moi, je désapprouve. Au lieu d'être avec les autres, on est contre eux. Le résultat n'est pas brillant.

Selon vous, la fin est-elle triste ou est-ce une happy end ?

Nathalie Baye : Judith reprend sa liberté. Marco et Fanny ont deux ans de vie commune et peut-être 80 ans devant eux, qui sait ? J'ai toujours pensé que tenir sur la longue distance était quelque chose de très excitant ...

Cliente de Josiane Balasko
Avec : Nathalie Baye, Eric Caravaca, Isabelle Carré, Josiane Balasko
Durée: 1h45

Sortie le 1er Octobre 2008


Publié le Mercredi 24 Septembre 2008 dans la rubrique Culture | Lu 9186 fois