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Chine – Le ''spectaculaire'' vieillissement de la population chinoise exige des réformes urgentes

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Chine – Le ''spectaculaire'' vieillissement de la population chinoise exige des réformes urgentes
Le Center for Strategic & International Studies (CSIS) a publié ce mois-ci « The Graying of the Middle Kingdom » une étude qui se veut « une incitation à la réflexion » sur la démographie chinoise ; selon elle la Chine va devoir faire évoluer son système de retraite par répartition vers un système mixte sous peine d’affronter une véritable crise.

Pour les auteurs de l’étude – le démographe Richard Jackson et l’historien et économiste Neil Howe- le problème de la Chine est qu’elle est en passe de devenir « le premier grand pays à devenir vieux avant de devenir riche ».

D’une part la démographie du pays est déclinante : le nombre de personnes âgées va connaître une croissance exponentielle à partir de 2005. Selon des données de l’ONU de 2003, si les plus de 60 ans totalisent actuellement 11% de la population, ce pourcentage passera à 28% en 2040. Il y aura 397 millions de personnes âgées au pays de Confucius dans 40 ans, c’est-à-dire plus que la population actuelle totale de l’Union européenne !

D’autre part, malgré la formidable croissance économique que connaît le pays depuis son ouverture sur le monde en 78, la Chine demeure un pays à faible revenu. Le PIB par tête ne représente qu’un cinquième de celui de la Corée du Sud et un neuvième de celui des Etats-Unis (chiffres Banque mondiale 2003). Bien sûr, à long terme, de nombreux économistes estiment que la Chine atteindra les niveaux de vie occidentaux. Mais dans l’immédiat on estime à près de 200 millions le nombre de nationaux vivant en dessous du seuil de pauvreté (Banque Mondiale 2000).

Vieillissement et pauvreté créent des tensions sur le système de retraite actuel, au moment où les retraités chinois peuvent de moins en moins compter sur le tissu familial pour sécuriser leurs années de retraite (voir notre article Chine – Le pays doit s’adapter à la vague nouvelle de seniors vivant seuls). Pékin s’accommode mal du « problème 4-2-1 » (surnommé ainsi par les démographes nationaux, signifiant qu’un seul enfant aura à terme à charge ses deux parents et ses quatre grand-parents) résultat d’un faible taux de fécondité et de la politique de l’enfant unique.

Dans cette optique, le rapport estime que le système de retraite chinois va devoir évoluer d’ici à 2015 pour éviter une grave crise sociale. Le régime, par ailleurs déficitaire, néglige les travailleurs du privé, quand les salariés des entreprises d’Etat bénéficient de pensions et de couvertures médicales généreuses. Au final la majorité des employés chinois ne bénéficient d’aucune assurance-retraite.

La solution à promouvoir, d’après les auteurs, est particulière à la Chine : il s’agit d’assurer un système par répartition modéré (avec de faibles taxes sur les salaires), à compléter par une retraite privée obligatoire. Richard Jackson et Neil Howe arguent en effet que la République Populaire ne peut se permettre de se reposer sur un régime de retraite par répartition seul, comme la France ou l’Allemagne. La population n’est pas assez riche pour supporter le poids fiscal des cotisations et ce sont les actifs qui pâtiraient d’un tel système.

La généralisation des caisses de retraite à tous les travailleurs aurait de plus l’avantage de resserrer le lien social au sein du pays, ce qui selon les auteurs « serait bénéfique à la démocratie ».

Pour télécharger l’étude (en anglais) :
The Graying of the Middle Kingdom


Publié le Mercredi 28 Avril 2004 dans la rubrique Retraite | Lu 4242 fois