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Cancer gastrique : petit point sur cette pathologie et un nouvel espoir pour les patients

Alors que le cancer gastrique représente actuellement 6.500 nouveaux cas en France chaque année, et alors qu’un nouveau traitement –le trastuzumab- apporte aujourd’hui un espoir pour les patients atteints de cancers gastriques metastatiques surexprimant HER2, effectuons un petit point sur cette pathologie qui reste la deuxième cause de décès par cancer dans le monde…


Le cancer de l’estomac est la deuxième cause de décès par cancer dans le monde avec 800.000 décès par an. Et malheureusement, depuis vingt ans, la chimiothérapie a fait peu de progrès ; le pronostic reste donc très sombre avec une survie globale médiane de l’ordre de 10 à 11 mois…

Le cancer de l’estomac vient en quatrième position parmi les cancers les plus fréquemment diagnostiqués dans le monde, avec plus d’un million de nouveaux cas par an. Son incidence est particulièrement importante en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud. En France, l’incidence est évaluée à environ 6.500 nouveaux cas par an. Si l’incidence des formes intestinales semble en diminution, les formes diffuses et les tumeurs de la jonction oesogastrique sont en augmentation.

L’âge moyen au diagnostic est de 74 ans chez la femme et de 71 ans chez l’homme. A noter également que le cancer de l’estomac est beaucoup plus fréquent chez l’homme (65%) que chez la femme. Un diagnostic précoce est difficile car la maladie évolue en silence, la plupart des patients ne présentant aucun symptôme pendant longtemps. Aux stades plus avancés, des symptômes peuvent être retrouvés, mais ils ne sont pas spécifiques : indigestion, brûlures d’estomac, perte de poids, perte d’appétit, douleur épigastrique, nausées, anémie…

Les principaux facteurs de risque :

Les facteurs qui pourraient accroître le risque de développer un cancer de l’estomac sont les suivants :
• les facteurs nutritionnels : une alimentation riche en sel, en nitrates, en viandes fumées et pauvre en fruits et légumes, et en vitamine C.
• un faible niveau socio-économique
• le tabagisme
• l’obésité
• la présence Helicobacter pylori
• les antécédents familiaux
• une anémie pernicieuse…

Aujourd’hui, le traitement du cancer gastrique dépend de plusieurs facteurs notamment la taille, la localisation et l’extension de la tumeur, le stade du cancer, l’âge du patient et son état de santé général. Le traitement fait appel à la chirurgie, à la chimiothérapie et aux soins palliatifs. A noter que la chirurgie (gastrectomie totale ou partielle) est le seul traitement curatif du cancer gastrique. Le cancer de l’estomac avancé est grevé d’un mauvais pronostic : la durée moyenne de survie après le diagnostic est d’environ 10-11 mois avec les traitements de chimiothérapie actuellement disponibles.

Les différents types de cancer gastrique

Les cancers de l’estomac sont, dans près de 95% des cas, des adénocarcinomes développés aux dépens de l’épithélium gastrique. L’aspect macroscopique du cancer de l’estomac est variable, de même que sa localisation. Si les cancers de l’antre restent les plus fréquents, la proportion des cancers du cardia a fortement augmenté depuis plusieurs années.

Un espoir cependant avec le trastuzumab, interview du Pr Olivier Bouché du CHU Reims

Quelle est l’incidence du cancer gastrique en France ?

L’incidence du cancer gastrique est globalement en diminution en France. On en dénombre environ 6.500 par an. Les formes distales diminuent plus nettement que les formes proximales (jonction oesophagique ou cardia) qui restent stables, voire en augmentation, tout comme les formes histologiques diffuses linitiques. Le cancer gastrique est aujourd’hui, en fréquence, le quatrième cancer digestif en France et le 9ème parmi les cancers. Sur le plan mondial, il est beaucoup plus fréquent puisqu’il occupe la quatrième place des cancers.

Quels enseignements peut-on tirer des résultats de l’étude ToGA dans le cancer gastrique métastatique ?

L’arrivée du trastuzumab dans le cancer gastrique métastatique constitue une grande avancée. Il s’agit de la première biothérapie ciblée disponible qui en plus, permet un vrai traitement personnalisé à la carte des patients en fonction du statut HER2. Les résultats de l’étude ToGa sont très prometteurs. C’est la première fois, dans un essai international, que la survie globale dans le cancer gastrique métastatique dépasse un an.

Dans les autres cancers digestifs, du côlon, par exemple, cette barre est déjà franchie depuis quelque temps. La survie globale, objectif principal de l’étude, a été significativement améliorée dans le bras chimiothérapie + trastuzumab comparativement au bras chimiothérapie seule : 13,8 mois versus 11,1 mois. Le bénéfice est encore plus important dans le sous-groupe de tumeurs IHC3+ ou IHC2+ et FISH+ avec une survie globale de 16 mois versus 11,8 mois. Ce bénéfice en terme de durée de survie, se retrouve aussi en qualité de vie qui n’est pas altérée. Des réductions asymptomatiques de la fraction d’éjection ventriculaire gauche ont été rapportées, mais sans impact clinique.


Cette étude justifie-t-elle d’ores et déjà un changement d’attitude thérapeutique ?

Il faut désormais, comme dans le cancer du sein, rechercher de façon systématique une surexpression d’HER2 chez tous les patients ayant un cancer gastrique ou de la jonction oesogastrique métastatique en sachant qu’il existe de grandes variations selon le siège de la tumeur et le type histologique. La prévalence des cancers HER2+ est plus importante dans les tumeurs du cardia que dans celles de l’estomac ainsi que dans les formes intestinales (30 % environ) par rapport aux formes diffuses (5 %).

Le test HER2 dans le cancer gastrique comporte quelques différences avec celui effectué dans le cancer du sein : l’expression de HER2 dans le tissu tumoral est beaucoup plus hétérogène et les critères de positivité sont différents. Les biopsies endoscopiques devront être multiples et fixées dans de bonnes conditions pour faciliter l’analyse immunohistochimique. Cette stratégie impliquera une bonne collaboration entre chirurgiens, gastroentérologues, oncologues et anatomopathologistes.

Par ailleurs, il faut remarquer que dans l’étude ToGa, le schéma thérapeutique utilisé, trastuzumab + fluoropyrimidine + cisplatine, toutes les trois semaines n’est pas forcément la chimiothérapie standard la plus fréquente en France (on utilise plus souvent l’oxaliplatine) et un schéma toutes les deux semaines. Cette étude appelle d’autres essais en deuxième ligne, en association avec d’autres médicaments…


Publié le Mercredi 14 Avril 2010 dans la rubrique Santé | Lu 4321 fois