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Café et cœur : pas de risque majeur

La consommation régulière et modérée de café ne présente pas de risque majeur pour le système cardiovasculaire. C’est en tout cas les conclusions que l’on peut tirer des nombreuses études épidémiologiques, en prenant soin d’écarter les facteurs de confusion souvent source de mauvaise interprétation, indique un récent communiqué publié par santecafenews.net, site spécialisé sur les effets du café et ses composants sur la santé.


« Les maladies cardiovasculaires restent, dans les pays industrialisés, la cause principale de morbidité et de mortalité. La prévalence et l’incidence de ces affections dépendent en grande partie de facteurs favorisants appelés facteurs de risque cardiovasculaire. Actuellement, les trois principaux reconnus sont : l’hypertension artérielle, le tabagisme et les désordres de l’équilibre lipidique » indique en introduction ce communiqué.

Et de préciser que « la plupart des données concernant les effets du café sur le système cardiovasculaire sont issues d’études épidémiologiques. Celles-ci ne peuvent pas prouver la cause et/ou l’effet d’un régime spécifique, car elles ne peuvent pas rendre compte de toutes les variables ».

Ainsi, la consommation de café peut parfois être associée à des facteurs promoteurs de risque cardiovasculaire (tabac, sédentarité, alimentation dépourvue de fruits et légumes…). « Pour autant, le café ne saurait être considéré comme directement responsable de l’augmentation du risque cardiovasculaire » note le communiqué. Il convient donc de prendre en considération toutes les variables et facteurs de confusion, afin de discriminer les effets réels du café sur le risque cardiovasculaire.

Il faut ainsi considérer en particulier :
• le mode de préparation du café, ainsi que son origine et la quantité consommée ;
• l’association fréquente entre une forte consommation de café et d’autres facteurs de risque (tabagisme, inactivité physique, alcool, déséquilibres alimentaires, la consommation importante de café pouvant être un marqueur de mode de vie « athérogène » plus qu’un facteur causal par lui-même ;
• et le type d’étude, longitudinale (étude de cohorte) ou cas-contrôle.

Ainsi, une modification du mode de vie non déclarée peut influencer les résultats d’une étude de cohorte et les effets aigus de la prise de café peuvent interférer avec les effets chroniques dans une étude cas-contrôle. .../...
Café et cœur : pas de risque majeur

Maladies coronariennes : un risque « relatif » selon les études

Une méta-analyse récente a regroupé 13 études cas-contrôles (9487 cas et 27 747 contrôles) et 10 études de cohorte (403 631 sujets) réalisées au cours des 30 dernières années avec un suivi de 3 à 44 ans. Les études cas-contrôles montrent une augmentation significative du risque relatif (RR) de maladie coronarienne à 1,86 pour la consommation de plus de 4 tasses de café par jour par rapport aux non consommateurs (RR 1,00) mais aucune association pour moins de 2 tasses par jour (RR 1,03).

Dans les études de suivi à long terme ou études de cohortes, il n’y a aucune association entre le café et la maladie coronarienne quelle que soit la consommation, y compris pour plus de 4 tasses par jour. Aucun des deux types d’études ne trouve d’association si le café est décaféiné. Ainsi, seules les études cas-contrôles soulignent un risque pour des consommations élevées de café. Et ce risque est plus marqué si le café est bouilli et non filtré.

Jusqu’à 5-6 tasses par jour, le café n’augmente ni la fréquence ou le nombre des arythmies ni le risque de fibrillation cardiaque chez les sujets en bonne santé. Enfin, le risque de mortalité attribué aux maladies cardiovasculaires est réduit de 13 à 53 % pour une consommation de café comprise entre 1 et plus de 6 tasses par jour. Cette protection serait liée aux effets anti-inflammatoires du café. Elle n’est pas retrouvée chez les sujets très hypertendus.

Hypertension : ne pas confondre café et caféine

L’hypertension est un risque majeur de maladie coronarienne, d’accident vasculaire cérébral et d’insuffisance cardiaque. Une méta-analyse récente a regroupé 16 études comportant au minimum 7 jours d’intervention sur un total de 1010 sujets. La consommation de caféine seule (dans les sodas) augmente la pression systolique de 4,16 mm Hg et la pression diastolique de 2,41 mm Hg en moyenne alors que pour le café ces augmentations sont beaucoup plus modérées, respectivement de 1,22 et 0,49 mm Hg.

Ces différences suggèrent un effet protecteur d’autres composants du café ou la possibilité de facteurs de confusion résiduels dans les analyses provenant de l’apport calorique plus élevé et du style de vie moins bon des consommateurs de sodas. Il n’y a pas de relation causale évidente entre la consommation de café et l’hypertension. Toutefois le risque d’hypertension est plus faible chez les non-consommateurs que chez les faibles consommateurs de café. Chez les femmes, la relation entre consommation de café et hypertension suit une courbe en U inversé, avec un risque plus élevé pour 0 à 3 tasses que pour 6 tasses de café par jour.

Cholestérol et homocystéine : le rôle de la préparation

Une méta-analyse de 14 études a montré que la consommation de café bouilli augmente de manière dose-dépendante les concentrations sériques du Low Density Lipoprotéine (LDL)-cholestérol et du cholestérol total.

Cet effet ne se retrouve pas dans le café filtré car les diterpènes (kahwéol et cafestol) responsables de l’effet hypercholestérolémiant du café sont retenus par la filtration. De même, la consommation de quantités relativement élevées de café a été associée positivement à l’augmentation de la teneur plasmatique en homocystéine, elle-même associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires.

Les composés en cause semblent être la caféine et l’acide chlorogénique. Même si on ignore si l’augmentation de la teneur en homocystéine plasmatique due au café augmente réellement le risque cardiovasculaire, une consommation ou une supplémentation adéquate en acide folique prévient l’augmentation de l’homocystéine plasmatique.

Pour conclure…

En conclusion, seule la consommation d’une quantité élevée de café bouilli non filtré (plus de 6 tasses par jour) semble délétère pour le cœur en raison de l’augmentation de LDL-cholestérol due aux diterpènes. Les conseils des autorités de santé sont de maintenir une consommation modérée de café (3 à 4 tasses par jour) qui n’ont aucun effet négatif sur la santé des adultes bien portants ayant une bonne hygiène de vie.

Toutefois, la composante génétique peut faire varier la sensibilité des individus aux conséquences d’une consommation même modérée de café. Ainsi, le risque d’accidents coronariens aigus existe chez le grand consommateur de café, en particulier s’il est prédisposé par d’autres facteurs de risque. Dans ce cas, une réduction de la consommation de café est à conseiller ainsi qu’une amélioration de l’hygiène de vie.

Astrid Nehlig
Directeur de recherche, Inserm U666
Faculté de médecine, Strasbourg


Publié le Jeudi 22 Novembre 2007 dans la rubrique Santé | Lu 10660 fois